À la veille du Forum International Bois Construction

Le Forum International Bois Construction se réunit (25-27 février 2026) au Grand Palais à Paris, tandis que les acteurs de la nouvelle construction climatique abordent les enjeux carbone de 2030 dans le brouillard.

En 2018, l’ONU estime que le Bâtiment représente le principal émetteur de GES de la planète. Mais partout, les gouvernements produisent des camenberts où la part est bien moindre. Car partout, le Bâtiment est un moteur économique et les pressions sont trop fortes. Par ailleurs, ce domaine du Bâtiment est diffus, il représente en fait toute l’empreinte carbone liée à ce domaine, donc l’usage énergétique, la rénovation, qui sait l’ameublement, les transports dédiés, voire engendrés, l’industrie des matériaux...

L’empreinte carbone de l’activité de construire et de rénover n’est pas clairement énoncée, et elle n’est pas facile à déterminer. Ainsi, quand l’urgence climatique, il y a plus de dix ans, a enjoint la France à rénover énergétiquement ses passoires, l’un des problèmes les plus ardus était la comptabilisation de ces travaux (engendrant le crédit carbone). A contrario, la mise en place de la RE2020 ne témoigne pas d’une volonté d’occultation de l’empreinte carbone de l’activité de construction neuve. Sauf qu’il s’agit d’une démarche unique en Europe sous cette forme, et plutôt mal accueillie en France par les organisations professionnelles du secteur.

 

 

Pas de boussole

À quatre ans des engagements de 2030, le Bâtiment français ne dispose pas de boussole, malgré le travail de fond mené par l’IFPEB depuis des années pour préparer l'industrie du Bâtiment à la RE2020. Impossible de dire combien le secteur de la construction, celui de la rénovation et celui de la viabilisation induite devraient économiser pour faire leur part dans un challenge à vrai dire intenable : réduire les émissions d’environ 100 Mt, soit - 30 %.

La catégorie officielle "Bâtiment" est essentiellement impactée par l’énergie de consommation (chauffage), et fluctue selon les saisons et les hivers. Il n’y a quasiment aucune corrélation avec le marché de la construction proprement dite. S’ajoute la part de la production industrielle pour le Bâtiment, noyée dans une autre catégorie. La SNBC3 révisée en catastrophe et toujours pas précisée ne permet pas une réponse simple à la question évidente : quelle est la part de la construction et de la rénovation dans l’effort pour atteindre les engagements de carbone de la France en 2030 ?

 

Soixante personnes réunies le 30 janvier 2026 à Saint-Hilaire en Vendée pour le prémontage du Quadrilogue conçu par l'agence Barreau et Charbonnet, temple de la Tribune des Innovations au Forum du Grand Palais. © Jonas Tophoven

 

 

La construction émissive résiste

D’ailleurs, on se demande si ces engagements sont encore pris en sérieux. La mise en place du premier palier carbone de la RE2025, l’an dernier, était une obligation légale, tolérée par le gouvernement dans un silence glacial, sinon l’annonce d’une étude sur la RE2020 dont les recommandations sont apparues à la mi-2025, avec une détérioration des objectifs carbone à la clé, selon l’IFPEB. Tout de même, les colonnes de ont fait le point et l’aspect positif est la généralisation de la RE2020 en juin 2026 pour le neuf (avec un gros retard). Reste à mesurer l'empreinte carbone d'opérations de réhabilitation exemplaires comme celles présentées dans l'atelier B4 le matin du jeudi 26 février, dont la transformation de parking en hôtel à Pantin sous l'égide d'aavp (voir photo d'ouverture). En tout cas, ces opérations montrent comment le bois apporte une flexibilité dans l'intervention de réhabilitation, mais crée de l'architecture. 

 

 

La logique climatique du Forum

Ce n’est pas la première année que le Forum International Bois Construction se focalise sur le climat, ou plus précisément sur les réponses que la construction doit apporter face au climat. C’est de bonne guerre puisque le bois se prévaut depuis le sommet de Kyoto de stocker du carbone, et que la RE2020 a intégré grâce à l’action d’Arthur Helloin de Ménibus la notion de carbone biogénique.

Baisser l’empreinte carbone de la construction, c’est recourir au bois et aux produits biosourcés, voire géosourcés, et au réemploi, à grande échelle. Le gouvernement le sait depuis au moins vingt ans. La RE2020 avait pour objet de conduire le Bâtiment français à une empreinte carbone réduite, poussant les filières de matériaux concurrentes à faire des efforts de décarbonation. On constate des efforts de la part de la filière métallique, du béton, de la brique, même si l’inertie est grande et que le manque d’entrain des autres pays européens, tout comme l’instabilité politique française, fragilise ces initiatiives.

 

Préparation du montage à blanc du pavillon d'accueil jouxtant le Mur du climat à l'entrée du Grand Palais, une conception AR+TE (Carlos Barba) qui s'inscrit totalement dans le réemploi. © AR+TE

 

 

La construction bois menacée

Pour ce qui concerne le bois, la filière assiste à une remise en cause profonde menée par les sapeurs-pompiers. Depuis 2021, la doctrine des sapeurs-pompiers de la préfecture de police de Paris met hors-jeu la réglementation officielle, bientôt cinq ans ! Certes, cela a conduit à des négociations, mais l’arrêté ERP attendu depuis des années a été retoqué par les organisations professionnelles en décembre dernier. Il était question que le gouvernement passe en force, mais à la veille du Forum, rien ne semble bouger. Le Forum organise avec de plus en plus de visibilité une action "agit prop’" pour la construction et la rénovation bois au sens large, et chaque année, bien malgré elle, elle se doit de thématiser la protection incendie, sans qu’il soit possible de donner aux acteurs du Bâtiment une orientation claire. À la longue, cela est tout simplement destructif.

Par ailleurs, l’épicéa qui est l’essence première de la construction bois française – désormais avec le Douglas – dépérit, tandis que les zones de production européenne abondent de matière première, notamment quand elles interviennent en coupes sanitaires. On peut donc prévoir une pression commerciale internationale intense sur le bois d’ingénierie, difficile à contenir par les investissements massifs financés en partie par l’emprunt européen NextgenerationEU, afin de doter la France d’une industrie du bois à la hauteur des enjeux émissifs de la construction.

 

Démontage de l'estrade Weisrock sur le parvis de Notre-Dame. Comme pour l'Expo d'Osaka et ses précédentes, la conception pour ré-usage doit encore progresser, et les circuits de réemploi du bois ne sont pas au point. Pour autant, le réemploi est le grand thème du Forum 15. © Jonas Tophoven

 

 

Signaux contradictoires

À la veille du 15e Forum qui rassemble comme jamais le monde de la construction bois élargi au Grand Palais, le groupe Lefebvre adresse un signal déroutant en abandonnant le marché structurel pour ses éléments en hêtre collé. Ses installations sont à la pointe, mais le marché ne semble pas vouloir absorber ses poteaux et poutres en hêtre collé, à la différence d’autres produits d’aménagement ou Manubois dispose d’une reconnaissance internationale. Heureusement, le groupe Thébault arrive au Forum avec un contre-signal. Principal fruit de la démarche volontaire française pour muscler l’industrie française de la construction bois, la nouvelle unité de production de LVL de sapin pectiné équipe à la fois l’auditorium principal de l’événement (le Pan’auditorium version 2 par l’agence Karawitz), et le Quadrilogue conçu par l’agence Barreau et Charbonnet pour abriter la 4e Tribune des Innovations.

 

 

Mouvement sociétal

En complément, l’exposition des 124 agences sur la Galerie de l’architecture bois/biosourcée du 21e siècle est une démonstration de force : la nouvelle architecture climatique est biogéosourcée. Par ses multiples propositions de conférences, par ses émergences qui font du Forum une exposition de la construction bois actuelle, par ses pitchs, l’événement témoigne d’une prise en main citoyenne qui coïncide avec la situation sociétale. Les gouvernements avaient conscience des enjeux climatiques et ils ont agi depuis vingt ans, mais maintenant, on les sent débordés, inconstants, perplexes. C’est à ce moment que la société civile prend le relais.

 

 

La mandature 2030

De tout bord, les édiles de la nouvelle mandature municipale ne peuvent pas nier que la température mondiale a franchi la barre fatidique de 1,5 °C, que la France s’est engagée dans l’Accord de Paris à atteindre un cap d’émissions en 2030 (au milieu de la mandature municipale), et qu’il existe de multiples ressorts locaux pour y parvenir, sans se défausser au profit d’un pouvoir national affaibli. C’est le sens de la première journée du Forum : mettre en relief le travail des municipalités lors de la dernière mandature, peu importe de quel camp politique, afin de stimuler un décuplement des efforts dans la mandature à venir. Les médias sont focalisés sur l’infamie, ou les catastrophes, et pourtant, les faits sont là et les citoyens savent qu’ils ne peuvent pas mettre la tête dans le sable. Pour eux, le Forum montre qu’il existe non seulement des solutions, mais aussi des acteurs capable de les porter tout de suite.

 

 

L’appel du Forum

Le 15e Forum n’est pas une manifestation corporatiste où le bois est portée par l’urgence climatique est s’assoit à la grande table du Bâtiment. C’est plutôt l’expression de la volonté citoyenne des acteurs de la construction, à tous les niveaux. L’investissement personnel déployé par des centaines de professionnels est sans commune mesure. Il témoigne aussi d’une volonté d'aller de l'avant.

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © C.LALLEMENT

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