La construction en chanvre contribue fortement à la dynamique de la filière du chanvre industriel et tient ses promesses de confort comme de sobriété énergétique dans le neuf et la rénovation.
Le 3e congrès national organisé par InterChanvre, l’interprofession du chanvre industriel, a rassemblé les 12 et 13 janvier la fine fleur des acteurs de la filière à l’Académie du Climat (Paris 4e).
Pour ne retenir que la thématique Construction (les multiples usages du chanvre se déclinent aussi en objets design, textiles innovants et produits alimentaires et plasturgiques), il a été beaucoup question de béton de chanvre, projeté ou préfabriqué, et un peu de laine de chanvre isolante et d’enduit chaux-chanvre.
Construire en chanvre dans les règles
Avec la 3e version des Règles Professionnelles, parue en juillet 2024, la construction en béton de chanvre s’est élargie à tous les types d’ERP et au logement collectif jusqu’à R+8, avec un plancher bas du niveau le plus haut à 28 m de hauteur. Elle offre la possibilité d’une garantie décennale, des prescriptions techniques détaillées et impose une formation des pros.
Devenir Pro-chanvre
Point clé du développement sécurisé de la construction en chanvre, la formation Pro-chanvre, conçue et dispensée par les formateurs de l’association Construire en Chanvre, a permis de former plus de 2 750 pros ces trente dernières années. Les formules sont régulièrement adaptées à l’évolution des pratiques.
Les maîtres d’œuvre se forment sur quatre jours, selon un nouveau format pédagogique validé par l’AQC, qui fait la part belle à la pratique. Cette formation transversale s’adresse aussi aux maîtres d’ouvrage, bureaux d’études, bureaux de contrôle et porteurs de projets. "En 2025,128 stagiaires ont suivi l’une des 15 sessions de formation et pour 2026, les perspectives de formation sont positives, en particulier autour de Paris", indique Mathis Rager, architecte-formateur et responsable des formations.
Pour les applicateurs, Pro Chanvre propose trois modules :
– le premier donne en une journée les bases pour construire en chanvre, prérequis pour le Module 2;
– Sur deux jours, le Module 2 approfondit les connaissances sur les bétons de chanvre et éléments de conception ;
– Enfin, le troisième module, d’une journée, forme à prescrire et à superviser la réalisation d’ouvrages en chanvre.
Pour assurer le renouvellement de leur attestation, les artisans et maîtres d’œuvre ayant suivi une formation Construire en Chanvre devront l’actualiser avec la "Formation RP3 - Construire en Chanvre selon les Règles Professionnelles 2024" : deux heures en e-learning, conclues par une évaluation qui permet d'obtenir une attestation de suivi à présenter à son assureur.
Par ailleurs, l’association va compléter sa collection d’ouvrages par une synthèse des connaissances qui devrait paraître aux Editions Eyrolles à l’automne prochain. Une "Bible" attendue par les adeptes qui veulent garder sous le coude l’essentiel des informations !
Les formations Pro Chanvre. © Prochanvre
D’autres gages pour permettre l’assurabilité des ouvrages
Outre leur bonne mise en œuvre, la qualité des ouvrages contenant du béton de chanvre est liée à la qualité des matières premières utilisées. Au-delà des chènevottes labellisées et des couples liant-granulat validés au sens des Règles Professionnelles (la liste a été mise à jour en janvier 2026), le travail de qualification des matières se poursuit, afin d’élargir le choix et permettre d’utiliser à terme de nouveaux types de chènevotte et de nouveaux liants, notamment à base de terre.
Autre point positif : la conformité au feu des façades à ossature bois remplies de béton de chanvre selon les RP 2024 et les références réglementaires en vigueur en 2025 a été confirmée par une nouvelle appréciation de laboratoire (CERIB/FCBA) qui étend le domaine d’application aux murs porteurs à ossature bois.
Vincent Hannecart, DG de Cavac Biomatériaux, explique qu'il "faut faire évoluer les réglementations pour intégrer la gestion de l’humidité dans les parois". © EJH
Des performances à valoriser
Sans parler de l’intérêt environnemental et économique d’une culture sans irrigation ni phytosanitaire, les atouts du chanvre dans la construction sont multiples, notamment ses caractéristiques thermiques, hygrothermiques, mécaniques, d’affaiblissement acoustique, de comportement au feu, de légèreté, etc.
Intérêt de la solution constructive en béton de chanvre. © Source Interchanvre
Comprendre le comportement hygrothermique du béton de chanvre
"Le confort et la consommation énergétique sont des sujets plus complexes que la seule prise en compte de la résistance thermique de la paroi en béton de chanvre", explique Guillaume Delannoy, responsable développement industriel et étude au FRD-CODEM. Ce Centre de Ressources Technologiques dédié aux écomatériaux et matériaux biosourcés étudie les phénomènes thermiques dans les ouvrages et les matériaux (transfert de chaleur, de vapeur d’eau et d’eau liquide, comportement thermo-hydrique). "Pour rendre compte des propriétés hygrothermiques du matériau et arriver à modéliser finement ses performances réelles, nous devons notamment caractériser l’inertie, la diffusivité* et le déphasage thermique".
Parmi les programmes d’études en cours, le projet Pythagore s’attache à caractériser les matériaux, en testant les principaux liants et blocs du marché français : il étudie des parois en conditions contrôlées (essais statiques et dynamiques) et en conditions extérieures. L’instrumentation de bâtiments existants aide aussi à développer des protocoles de modélisation destinés aux bureaux d’étude. L’objectif est de valoriser les performances hygrothermiques du béton de chanvre pour in fine faire intégrer ses particularités dans les calculs réglementaires.
Pour Guillaume Delannoy, la "diffusivité thermique, vitesse à laquelle se propage la chaleur dans le béton de chanvre, est par exemple 10 fois plus faible que dans un béton standard, ce qui amortit fortement la diffusion de la chaleur extérieure en été." © EJH
La préfabrication hors-site prend de l’ampleur
Préfabriquer des blocs en béton de chanvre dans un premier temps, puis des murs entiers en bois-béton de chanvre a permis d’accélérer la construction, en facilitant la conception du projet pour le maître d’œuvre et en simplifiant la mise en œuvre. Outre le fait de s’affranchir des aléas climatiques par le séchage en atelier, la préfabrication permet d’améliorer les conditions de travail et de sédentariser l’emploi des salariés du bâtiment.
Le mur ossature bois-béton de chanvre, symbole d’une révolution constructive bas carbone
Depuis le démarrage de la première usine française de panneaux préfabriqués en béton de chanvre de Wall’up Préfa, en juillet 2021, la capacité de préfabrication, qui restait jusque-là cantonnée à quelques ateliers artisanaux, a pris son envol et atteindra 70 000 m2 de façade par an à terme.
Les murs HempSYS et HempDUB de Wall’up Préfa affichent une émission de 2,98kg eq CO2/m2 de produit. Un impact carbone calculé depuis la plantation du chanvre jusqu’au transport des murs et à leur levage sur chantier. Wall'up Préfa a pour ambition d’être carbone positif d’ici 2028.
Jouxtant la chanvrière Planète Chanvre, en Seine-et-Marne, l’usine sera augmentée d’une seconde unité qui permettra de tripler sa capacité. © EJH
Isolation Thermique par l’Extérieur et rénovation : le sujet de demain
La laine de chanvre est désormais un classique en tant qu’isolant rapporté en intérieur et à l’extérieur pour les murs, toitures et planchers. Utilisée pure ou en mélange avec d’autres fibres biosourcées comme le lin ou le coton, elle a été développée ces quinze dernières années sous forme de panneaux semi-rigides, notamment par Biofib Isolation (qui produit aussi de la chènevotte). Cet isolant est reconnu pour sa bonne tenue mécanique dans le temps et son pouvoir de régulateur hygrothermique dans la paroi.
Pour gagner ses galons, l’ITE en béton de chanvre, pratique plus récente, nécessite encore quelques preuves scientifiques.
Dans la perspective d’intégrer l’ITE en béton de chanvre dans les règles professionnelles, le projet Ne-c-c’ITE mène jusqu’en 2028 des essais Air Eau Vent, pluies battantes, feu et durabilité. Sont par ailleurs collectés les retours d’expérience sur les projets d’ITE chanvre menés sur le territoire en technique non courante. La perspective d’apporter une isolation au bâti existant, notamment, est très intéressante.
Confort et économies de chauffage dans le neuf et l'existant
Filière mature et prometteuse, la construction chanvre est aujourd’hui tirée par une vingtaine de bailleurs sociaux, particulièrement intéressés par un surcoût de construction faible et largement compensé à terme par les économies d’énergie réalisées (une étude du Cerema a montré que la prise en compte des transferts couplés de chaleur et d’humidité dans les murs en béton de chanvre permettent de réduire jusqu’à 70 % le besoin en chauffage estimé dans le cas d’un bâtiment très performant thermiquement).
De grands groupes intègrent de plus en plus le chanvre. Par exemple, dans le cadre de sa démarche WeWood (construction bois et biosourcé en France), Bouygues Bâtiment France Europe a commencé à en 2021 et mène 5 projets en conception-réalisation en 2025-2026, en neuf et réhabilitation. Leur équipe évalue quatre modes constructifs :
– FOB et MOB préfabriqués en béton de chanvre ;
– FOB et MOB avec béton de chanvre projeté sur chantier ;
– Béton de chanvre projeté sur bâti en réhabilitation ;
– Et maçonnerie de béton végétal en remplissage de façade.
Des maisons individuelles aux ERP, en passant par le tertiaire et le logement collectif, la construction en chanvre apporte non seulement des performances techniques mais aussi une grande liberté architecturale dans toutes les typologies de bâti, comme le montrent les dossiers de candidature au 2e Prix National de la Construction en Chanvre, dont les lauréats seront révélés lors du prochain Forum Bois Construction le 26 février prochain. Une alléchante sélection de projets dont Batirama a eu connaissance en tant que juré du PNCC. Nous en reparlerons !
Le process de préfabrication des murs hors site. © Wallup
La filière chanvre en bref
La filière française se développe régulièrement depuis les années 2000.
1er producteur européen et 2e mondial derrière la Chine, la France compte 1 850 agriculteurs producteurs : plus de 24 635 hectares, soit 46 % des surfaces cultivées en chanvre en Europe, avec un triplement des surfaces cultivées en dix ans.
Ces cinq dernières années, les sept chanvrières industrielles ont investi plus de 200 millions d’euros afin de doubler la capacité de première transformation de la paille de chanvre à l’horizon 2030 (séparation mécanique de la fibre et de la chènevotte, granulat obtenu en broyant le bois central de la tige). Quatre nouvelles chanvrières sont en projet.
Étape de rouissage de la paille de chanvre. © EJH
Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson / © EJH