La Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) a recensé moins de 10 000 logements mis en vente au troisième trimestre, selon des chiffres publiés jeudi, du "jamais vu" depuis la création de cette statistique.
"Le logement n'est ni de gauche ni de droite, mais au-dessus de nos têtes pour nous protéger" ainsi que l'a rappelé très justement Pascal Boulanger, le président de la FPI lors de la conférence de presse de la FPI de ce jeudi 13 novembre 2025. Selon lui, "l'heure est grave. Jamais le sort du logement neuf n’aura été aussi incertain. Nous sommes aujourd’hui soumis à une situation qui nous dépasse : tout dépend désormais de la capacité du gouvernement et du Parlement à s’accorder pour offrir à la France une loi de finances. S’il n’y en a pas à la fin de l’année, il n’y aura pas de statut du bailleur privé. Mesdames et Messieurs les parlementaires, ce sujet semble faire consensus. Soyez responsables !"
La construction neuve est confrontée à une grave crise depuis trois ans du fait de l'augmentation des coûts de construction, de la hausse des taux d'intérêt qui a bloqué les projets d'achat immobilier de nombreux ménages et de la fin de mesures de soutien à l'investissement locatif .Au cours des neuf premiers mois de l'année, le nombre de réservations de logements par des investisseurs particuliers a été réduit de moitié par rapport à la même période en 2024, dernière année de la niche fiscale Pinel d'incitation à l'investissement locatif.
Un chiffre deux fois et demi inférieur à une année habituelle
Les promoteurs ont commercialisé 9 962 logements entre juillet et septembre, un chiffre "deux fois et demi inférieur à une année habituelle", relève Didier Bellier-Ganière, le délégué général de la FPI (et par rapport à 2019, les ventes aux investisseurs particuliers ont même été divisées par 6,2, passant de 13 557 à 2 183 en 2025)."Du jamais vu", selon lui, depuis la création de l'observatoire de l'immobilier neuf en 2008. Trimestre après trimestre, les chiffres ne cessent de se dégrader, à tel point que le troisième trimestre 2025 signe un nouveau point bas historique pour le logement neuf : "les mises en vente et les réservations s’effondrent. Jamais un troisième trimestre n’avait connu de telles contre-performances, ce qui présage de la plus mauvaise année depuis la création de l’Observatoire. Depuis 2021, chaque année est pire que la précédente." précise la FPI. Autrement dit, l'espoir n'est pas permis.
Ainsi, de fait, par rapport au T3 2024 :
– les ventes en bloc aux bailleurs sociaux chutent : - 19 % ;
– Les ventes aux particuliers dévissent : - 21 %, avec une différence marquée entre une accession en léger retrait (- 2 %) ;
– Et l'investissement locatif s’évapore littéralement (- 55 %).
Pourquoi tous les segments sont-ils en baisse ? Pour la FPI, la réponse est simple, pour ne pas dire simpliste : parce que l’investissement locatif est le "premier moteur d’une fusée à trois étages... et sans moteur, la fusée ne décolle pas".
L'équation est simple : sans investisseurs particuliers, les opérations ne se lancent pas. Sans opérations, il n’y a ni logements sociaux, ni logements en accession. © Freepik
French paradoxe
Un paradoxe alors que le nombre de permis de construire délivrés augmente depuis le début de l'année, après deux années de faible activité. "Les autorisations repartent mais les mises en chantier restent à un niveau très bas", a commenté Didier Bellier-Ganière. Pour la FPI, qui a interrogé ses membres sur ce décalage entre permis de construire et construction effective, les promoteurs continuent de demander des permis et d'élaborer des projets pour ne "pas insulter l'avenir" et pour "ne pas perdre les équipes", ainsi que l'a expliqué Pascal Boulanger.
Toutefois, face à une faible demande, certains projets ne se concrétiseront pas. Au troisième trimestre, la commercialisation d'une opération immobilière sur cinq a été suspendue ou retirée du marché "parce que la clientèle n'est pas là et que les promoteurs préfèrent arrêter les frais", a expliqué Didier Bellier-Ganière. La sortie de crise n'est toujours pas là pour Pascal Boulanger qui aime préciser que la "crise nourrit la crise".
Pour autant, il n'y a pas d'affondrement des prix : "nous sommes dans des prix classiques", a observé Pascal Boulanger, "l'État se trompe, car les prix ne baissent pas. C'est une erreur de Bruno le Maire de l'avoir dit, et d'ailleurs il l'a reconnu".
Sans statut, point de salut
La FPI le dit et le redit : la création d’un statut du bailleur privé, pérenne et puissant, est "une urgence absolue". Ce statut permettra :
– d’encourager l’investissement locatif ;
– De rétablir la confiance des ménages, tout en augmentant les recettes de l’État : "le statut du bailleur privé rapporte plus à l'État qu'il ne coûte (environ 1,9 milliard de recettes)", c'est une décision politique qui "débloquerait tous les marchés" explique Pascal Boulanger, chiffres à l'appui ;
– et bien évidement de pouvoir loger l’ensemble des Français.
En résumé, pour Pascal Boulanger, "il faut une solution, et nous l'avons dans le rapport Daubresse-Cosson. Il ne reste plus qu'à se retrousser les manches". Il faut agir simultanément pour le logement social et pour le logement privé car sans cela, "il n’y aura pas de sortie de crise", un espoir fragile comme un fil de soie, suspendu à une réalité institutionnelle qualifiée de "cruelle". Sans adoption du projet de loi de finances pour 2026 avant la fin de l’année, le statut du bailleur privé disparaîtra : "ce serait un échec collectif et une catastrophe pour tous nos concitoyens, car si l’élan politique est là, il manque encore la dernière étape : celle de la responsabilité et de l’aboutissement" conclut Pascal Boulanger.
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