À Évry-Courcouronnes, la municipalité peut se féliciter d’avoir adopté, depuis sa fusion en 2019, une démarche de constructions publiques biosourcées. Entre mai et octobre, les écoles ne doivent pas fermer.
Cet été la jeune mais si dynamique agence Tracks a eu le privilège de voir deux de ses opérations d’équipement scolaires, à Mordelles (lauréat de la catégorie apprendre-se divertir du Prix régional de la construction bois Bretagne 2026) et à Nantes (école Joséphine Baker sur l'Ile de Nantes est également Prix Régional de la Construction Bois Pays de la Loire 2026), mises en avant par la grande presse pour leur capacité à accueillir des enfants en pleine canicule dans de bonnes conditions, sans "clim". Pour l’école Missak et Mélinée Manoukian, dans le quartier du Canal à Êvry-Courcouronnes, pas de reportage télé, mais un bon retour de la part de la municipalité.
L'implantation. Au moment du drone, le photographe capte l'ombre portée du plot de Hub architectes. On distingue le triangle du dortoir qui sépare les cours et que couronne un jardin botanique. La toiture en zinc réserve quelques îlots de végétalisation avec panneaux photovoltaïques encore en attente. © Guillaume Amat BD
Une ZAC de plus
Il faut se mettre en tête que les enfants sont le plus souvent logés dans des passoires thermiques, qu’ils ne partent pas en vacances, et que les centres de loisirs sont pour eux des refuges climatiques plus encore que les écoles sans ALSH. L’école Manouchian, c’est un programme mixte avec accueil de loisir typique de ZAC orientée logements, concours remporté en 2021 dans la foulée du succès de l’école La Ruche (Parc Naturel Régional du Gâtinais), mais dans des conditions moins poétiques. Réhabilitation de la Tour H – centre hospitalier – en logements (toujours en cours), construction de plots de logements entourant l’école qui se voir donc aussi de haut.
Entrée principale Nord. La façade nord, en bordure de voie, utilise la brique ajourée comme protection des baies en rez-de-chaussée. © Guillaume Amat BD
Orientation sud à l’ombre des plots
Chez Tracks, Moïse Boucherie aime le plot de logements un peu éloigné de la cour, qui monte haut avec des volets, quelle belle anticipation d’une évolution climatique tellement imprévisible. Mais là où le projet Manouchian fait fort, c’est que son orientation nord-sud, avec les deux cours totalement exposées au sud en attendant la lente croissance d’arbres qui ont subi les cinq canicules de l’été, place une bonne partie de la cour à l’ombre du bloc de logements de hub architectes. Pas suffisant pour le centre aéré au solstice, mais efficace à la rentrée.
Débords de façade sur épines en Douglas en appui sur les façades en BLC. Les briques pleines claires sont rétroventilées. © Guillaume Amat BD
En plein nouveau climat
Une semaine après la rentrée, le 15 septembre, il fait très chaud à Évry et ailleurs, le thermomètre monte à plus de 30 °C. Autour de Montpellier, des écoles ferment avec un thermomètre qui dépasse les 35 °C. À Évry-Courcouronnes, on relève pas mal d’arbres d’alignements morts, y compris des buissons dans les haies. Les plus chanceux, ce sont les enfants de l’école du Parc des Coquibus, en bordure du beau parc. La rénovation et l’extension de l’école assez proche de la mairie était l’une des premières tâches de la municipalité fusionnée, et le premier signe d’un changement d’approche. Un projet démesuré qui concerne le plus grand groupe scolaire du département, avec une transformation en site occupé, loi MOP, précisément ce que la mairie de Paris se refuse désormais de faire, préférant disposer de l’intégralité d’un bâtiment pour le rénover dans de bonnes conditions, plutôt que de tomber dans le come and go des congés scolaires. Surtout s’il s’agit de préparer les écoles à 2050 et pas simplement de leur passer un mur-manteau en PSE.
Les façades en BLC, dissociées de la structure bois, permettent de créer cette générosité de baies avec meneaux de ventilation. © Guillaume Amat BD
Une école sauve l’autre
Coquibus, la première opération majeure de la nouvelle municipalité, par NZI, a brûlé le jour férié du 15 août 2025 juste avant la rentrée. L’école Manouchian était en train de manquer sa mise en service de septembre, mais il ne manquait pas grand-chose. Par ailleurs, les enfants du nouveau quartier Canal n’étaient pas très nombreux encore. Mais il a fallu mettre les bouchées doubles pour accueillir dès novembre 2025 les primaires des Coquibus, une situation qui perdure car les travaux en régie ne sont toujours pas achevés.
Hall d'accueil général Nord devenu hall d'accueil somptueux des maternelles car finalement, l'accès des primaire se fait par leur cour. L'image de Guillaume Amat révèle bien le travail brique + bois. © Guillaume Amat BD
E4C2 ou NF ?
L’opération Manouchian, un peu plus récente que Coquibus, partait d’une table rase et s’est mieux déroulée. Si ce n’est que les parcelles scolaires des ZAC sont toujours trop petites, surtout s’il faut y loger aussi des places de parkings. L’objectif initial d’une école E4C2, le graal des années 2020, a buté sur ce parking qui plombe le C passant de C2 à C1, et le projet s’est rabattu sur les subventions du HQE excellent qui a été, selon Moïse Boucherie, très impactant, pas tant sur le biosourcé maîtrisé mais sur plein d’autres aspects.
Ainsi, l’acoustique doit être 30 % plus performante que le requis habituel, en correction et isolation, qu’ailleurs. Résultat, au-dessus du réfectoire, sans raison tangible puisque les classes sont inoccupées à cette heure du jour, la dalle de 12 cm passe à 18 cm sur des solives massives.
Visite organisée par Tracks et bien fréquentée, 15 septembre 2026. La palisssade Sud en briques pleines spéciales Delta Plus. Au fond la Tour H encore en cours de transformation en logements. À droite le plot Hub Architectes qui fait de l'ombre à la cour. © Jonas Tophoven
5e façade très sollicitée
L’école fait parking et fait parc de verdure pour la ZAC. Les résidents la regardent d’en haut, les arbres sont plantés pour leurs enfants et pour eux. Raison de plus pour enterrer le parking. Et pour soigner la 5e façade ample, de faible déclivité, en zinc avec des îlots de végétalisation qui accueilleront un jour des panneaux photovoltaïques, selon une solution ingénieuse qui leste les panneaux sans ancrage par la réserve d’eau de pluie.
L’eau de pluie, la végétalisation, les panneaux photovoltaïques, la protection solaire, l’isolation, l’agrément visuel : la toiture a aujourd’hui des fonctions multiples.
Si on est déjà à Évry, on jette un coup d'œil du côté de Coquibus par NZI. © Jonas Tophoven
Qui dit débords dit traitement des ep
Stocker l’eau de pluie va devenir selon Moïse Boucherie un must pour les projets futurs et les rénovations. En attendant, Tracks soigne l’évacuation des eaux de pluie récupérées par les chenaux intérieurs des larges casquettes, les "ep" descendent escamotées dans la MOP ou FOB, et pour le préau, elles passent par l’intérieur des poteaux métalliques. Fanny Schneider, en charge comme à l’habitude chez Tracks du projet de bout en bout, jusqu’aux visites post-livraison, adopte une démarche Tracks qui est de désolidariser la façade de la structure.
Les façades de Tracks
Cela veut dire que les poteaux qui portent la structure ne sont pas intégrés à la façade. Selon Moïse Boucherie il y a là un intérêt séquentiel de phasage de lots. La façade de cette école à un étage est une super-façade : ses poteaux en BLC éloignés permettent d’intégrer des baies de dimensions exceptionnelles, de gérer l’anti-déversement du parement en brique, et de supporter les porte-à-faux également en BLC (Douglas) des forts débords de toiture.
Une architecture qui convient aux lamellistes
L’école témoigne du savoir-faire d’Arbonis au bon moment, quand les prix des bois d’ingénierie flambaient. Tracks a collaboré avec une trame régulière même si l’agence ne se focalise par sur la modularité. Le lamelliste a pu sortir ses capacités de production et livrer des structures visibles à connexions cachées, en épicéa pour l’intérieur, Douglas extérieur. Pas de joint de dilatation nécessaire pour la superstructure. Tracks, parangon de la jeune génération d’architectes qui savent concevoir avec l’industrie du bois. Au point que les opérations en conception-réalisation seraient envisageables.
Art brut
Sur les solives, une dalle béton de 12 cm – augmentée pour des questions d’acoustique virtuelle au-dessus du réfectoire –, coulée en place sur CLT en coffrage perdu. Le béton régit plus que brut les noyaux qui servent de contreventement, habitude Tracks. Les circulations accueillent les réseaux sans masquage, on retrouve cette tendance chez SAM aux Groues ou Tectoniques à Colombes, elle est habituelle chez Tracks. Dans les classes, le mobilier intégré en bois, côté couloir escamote les bouches d’aération.
La brique par calcul
La brique blanche périphérique n’a pas requis une ATEX même si, au moment de la conception, la combinaison brique sur structure bois est sortie des techniques courantes. Tracks n’aime pas les ATEX et à la différence de HEMAA pour la Maison Prévert, a privilégié le calcul avec un bureau de contrôle, BTP Consultants, que l’agence affectionne. À certains endroits, on voit les tiges métalliques verticales plaquées qui font fonction d’anti-débord. La paroi est ventilée, à certains endroits, la pose sans joint offre un éxutoire à la ventilation de la façade. L’enceinte a été montée avec d’autres briques claires spécifiques, dotées d’une perforation pour rigidifier l’ensemble de façon masquée – Production spécifique Delta Plus.
Le groupe scolaire à visiter
L’école Manouchian est un modèle anti-caniculaire pour plusieurs raisons :
– les débords sur une implantation nord-sud ou les arbres de la cour vont servir d’ombrage ;
– Les menuiseries avec des meneaux de ventilation nocturne associés à des larges baies permettant également ce type de fonctionnement ;
– Les briques claires ;
– Leur ventilation, avec des brasseurs d’air – en attendant des cours orentiée nord derrière des bâtiments tampon.
La fierté de Tracks
Cependant, pour Tracks, ce n’est pas la fierté première, comme si déjà cela aillait de soi. Ce qui compte, c’est d’avoir pu répondre au programme avec les services principaux de plan-pied, notamment les deux cours de récré séparées. Son truc, c'était de placer le jardin botanique et de pratique à l'étage en couverture du dortoir des maternelles, qui sépare les deux cours. C’est typique de la nouvelle génération des agences : recourir au biogéosourcé est une évidence, mais ce qui compte, c’est faire de l’architecture, notamment en répondant au programme et au besoins du client.
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Guillaume Amat BD