La FFB abaisse sa prévision pour 2026 et anticipe désormais un recul de 0,3 % de l’activité du bâtiment. Logement neuf, rénovation, emploi et trésoreries se dégradent. 2027, année noire ?
La Fédération française du bâtiment abaisse sa prévision pour 2026 et anticipe désormais un recul de 0,3 % de l’activité du bâtiment en volume, ainsi qu'elle l'a annoncé lors de sa conférence de presse de rentrée – ce mardi 15 septembre 2026.. Tous les principaux marchés se dégradent, tandis que les entreprises voient leurs marges se contracter et que l’emploi continue de reculer : "le bâtiment va mal, voire très mal, tous les segments de notre activité sont dans le rouge", a relevé Frédéric Carré, le président de la FFB.
Pour la Fédération, le projet de loi de finances 2027 devra impérativement soutenir le logement, la rénovation et l’investissement.
Le rebond du logement neuf ne résiste pas aux indicateurs avancés
Le logement neuf constitue le principal point d’alerte. Certes, les mises en chantier affichent encore une progression de 26,4 % sur les sept premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. Mais cette hausse intervient après plusieurs années d’effondrement et ne traduit pas, selon la FFB, une véritable reprise du marché.
En rythme annuel, seulement 302 000 logements sont actuellement commencés. Le niveau reste ainsi plus de 50 000 unités sous la moyenne des quarante dernières années. La Fédération estime par ailleurs que le volume annuel devrait repasser sous les 300 000 logements en 2026, très loin des quelque 420 000 logements nécessaires pour répondre aux besoins identifiés.
Les autorisations de construire reculent de 8 % sur les trois derniers mois à fin juillet, avec une chute particulièrement marquée dans le collectif (- 16,6 %). Sur sept mois, elles stagnent déjà (- 0,2 %). Le mouvement est également visible en amont. Les ventes des promoteurs reculent de 2,9 % au premier semestre 2026, après une baisse de 34,1 % entre 2022 et 2025. Les ventes aux particuliers restent proches de leurs plus bas historiques, tandis que les ventes aux investisseurs institutionnels diminuent de 8,3 %. Dans le même temps, les mises en vente nouvelles destinées aux particuliers chutent de 13,2 %. Autre signal d'alarme : après leur rebond de 2025, les ventes de maisons individuelles se retournent à leur tour. Elles diminuent de 5,8 % sur les sept premiers mois de 2026 et même de 19,3 % sur les trois derniers mois.
Pour la FFB, le diagnostic est limpide : le rebond des mises en chantier observé en 2026 repose sur des autorisations et des décisions prises antérieurement. Il ne préfigure pas une nouvelle phase de croissance. La dégradation des ventes, des permis et du crédit immobilier laisse au contraire présager un nouveau recul des mises en chantier en 2027. "2027 est déjà quasiment écrit, raison pouor laquelle il faut réagir très rapidement" a averti Frédéric Carré, ici en photo. © PP
La production de crédit immobilier destinée au neuf à destination des ménages recule ainsi de près de 20 % sur un an à fin août. Les taux des crédits immobiliers atteignent 3,31 % en moyenne en juillet-août, tandis que la remontée des taux obligataires et le nouveau resserrement monétaire de la BCE font craindre une poursuite de la dégradation.
Dès lors, la FFB estime que l’objectif de 2 millions de logements supplémentaires d’ici 2030, inscrit dans le plan "Relance logement", ne pourra pas être atteint dans ces conditions. "On continue de s'enfoncer dans la crise, on est en train de dévisser et on ne sait pas jusqu'où on va aller", a de nouveau alerté Frédéric Carré.
Le constat n’est guère plus favorable pour le non-résidentiel neuf : les surfaces commencées ne progressent que de 1,2 % sur les sept premiers mois de l’année, à un niveau annuel d’environ 21 millions de m2. Plus inquiétant encore, les autorisations reculent de 6,7 % sur un an. Les locaux administratifs s’effondrent de 29,9 %, notamment sous l’effet du contrecoup des élections municipales et du ralentissement des nouveaux projets des collectivités. Et les autres segments ne compensent pas cette baisse ... Pour la FFB, la commande publique ne joue donc plus son rôle contracyclique. Le mouvement devrait conduire à une nouvelle baisse des surfaces commencées puis de l’activité du non-résidentiel neuf en 2027. © PP
La rénovation énergétique décroche à son tour
Le retournement est désormais également manifeste dans l’amélioration-entretien, qui représente environ 60 % de l’activité du bâtiment. Au deuxième trimestre 2026, l’activité recule de 3,3 % sur un an en volume. Il s’agit du septième trimestre consécutif de baisse, avec - 3,1 % dans le logement et - 3,7 % dans le non-résidentiel.
La situation est encore plus dégradée dans la rénovation énergétique puisque l’activité chute de 4,3 % sur un an, dont - 4,5 % pour le logement. Il s’agit, hors période Covid, de la plus forte baisse enregistrée depuis le début de la série en 2018. Le non-résidentiel, qui résistait jusque-là, bascule également dans le rouge avec un recul de 3,5 %. La FFB pointe notamment les effets des incertitudes entourant les aides à la rénovation énergétique et le rabotage du Fonds vert. Avec 3,9 millions de passoires énergétiques, "les besoins en rénovation énergétique sont immenses, c'est incompréhensible que ce segment baisse", explique Frédéric Carré.
Les perspectives ne permettent pas d’espérer un redressement rapide : les chefs d’entreprise interrogés par le réseau des CERC anticipent encore une baisse de 2,8 % de l’activité entre les troisièmes trimestres 2025 et 2026.
Les entreprises perdent sur tous les tableaux
À la baisse d’activité s’ajoute désormais une pression accrue sur les coûts. Entre février et juin, le poste "matériaux" a augmenté de 4,3 %, soit 3,3 fois plus vite que l’inflation générale. Certains produits affichent des hausses bien plus fortes :
– + 35 % pour le bitume et le gazole non routier ;
– Plus de 20 % pour le gazole à la pompe, les produits PVC et les plastiques alvéolaires ;
– Et près de 10 % pour les profilés en matière plastique, les produits acier et les panneaux en bois.
Cette situation pèse directement sur les marges, alors que les entreprises ont de plus en plus de difficultés à répercuter ces hausses à leurs clients. Le taux de marge opérationnelle dans la construction a ainsi perdu 1,5 point depuis la fin de 2025. Les délais de paiement restent également préoccupants. Ils dépassent toujours leur moyenne de long terme aussi bien pour les clients publics que privés, alors que les trésoreries sont déjà fragilisées par le recul de l’activité comme la hausse des coûts.
Les défaillances diminuent légèrement, de 4 % sur les huit premiers mois de 2026, mais restent à un niveau élevé. La FFB table sur environ 12 000 entreprises concernées sur l’ensemble de l’année. Surtout, le mouvement touche désormais davantage les entreprises structurées : les procédures collectives progressent de 30 % pour les entreprises de 20 à 49 salariés et de 21,1 % pour celles de 50 salariés et plus.
20 000 emplois menacés en 2026
L’emploi constitue l’autre conséquence directe de cette dégradation : le bâtiment a perdu 14 200 postes au premier semestre 2026 par rapport au premier semestre 2025, dont 16 600 salariés. Le recul des salariés et de l’intérim n’est que partiellement compensé par la progression de 5 900 travailleurs non salariés. Sur un an, l’emploi total dans le bâtiment recule de 0,9 %, soit 15 200 postes au deuxième trimestre.
La FFB anticipe désormais une accélération du mouvement au second semestre, qui porterait les pertes à 20 000 postes sur l’ensemble de 2026. Sur quatre ans, près de 60 000 emplois auraient ainsi disparu dans le secteur. © PP
La Fédération alerte également sur la situation des jeunes et des alternants, dont l’emploi recule davantage dans un contexte où les entreprises anticipent une baisse de 16,4 % de leurs embauches en 2026, contre 6,5 % pour l’ensemble de l’économie.
Les propositions de la FFB pour sortir de la crise
Pour la Fédération, le projet de loi de finances 2027 constitue désormais le principal levier afin d'éviter une nouvelle dégradation. Elle demande notamment :
– l’amélioration du dispositif "Jeanbrun", notamment dans l’existant, ainsi que son extension à la maison individuelle neuve ;
– Le lancement de l’Anru III pour soutenir le renouvellement urbain ;
– L’absence de nouveau rabotage du PTZ et de relèvement de la RLS ;
– Le maintien des engagements budgétaires en faveur de MaPrimeRénov’, des certificats d’économies d’énergie et du Fonds vert ;
– L’assouplissement des règles du Haut Conseil de stabilité financière, notamment du plafond de taux d’effort de 35 %, afin de faciliter l’accès au crédit immobilier ;
– La suspension des prochaines étapes de la RE2020 prévues en 2028 et 2031, le temps notamment de mieux prendre en compte le confort d’été ;
– Le maintien d’un budget stable pour l’apprentissage et les aides associées ;
– Une mise en œuvre de la facturation électronique adaptée aux spécificités du bâtiment, notamment aux acomptes, situations de travaux, retenues de garantie et sous-traitance ;
– Et, enfin, une refonte de la REP bâtiment, que la FFB juge trop coûteuse et insuffisamment efficace.
La Fédération demande également que les négociations autour du prochain cadre quinquennal d’Action Logement privilégient l’investissement dans les territoires, dans le neuf comme dans la rénovation. Enfin, Frédéric Carré compte sur le projet de loi de finances 2027 pour apporter de nouvelles mesures de soutien au secteur. Satisfait que "le logement s’invite dans les débats pour la présidentielle", le président de la FFB entend par ailleurs rencontrer l’ensemble des candidats.
Source : batirama.com / Laure Pophillat / © PP