SIBCA : décarboner avant un big bang réglementaire ?

La 5e édition du Salon de l’Immobilier Bas Carbone, le SIBCA, pour la seconde fois consécutive au Grand Palais, sonne la rentrée dans un contexte particulier.

Le salon-congrès SIBCA, parrainé depuis le début par le climatologue (ex-GIEC) Jean Jouzel, a lieu au moment où l’ONU avertit que l’on va dépasser l’augmentation de températures planétaires de 1,5 °C. Pourtant, le GIEC a contribué, notamment dans le cadre de l’Accord de Paris, à souligner à quel point cette limite est capitale, pour empêcher des bouleversements incontrôlables. En termes de bouleversements incontrôlables, le premier débat des candidats à la présidentielle, au MEDEF le 27 août, indique qu’une bonne partie du spectre politique veut remettre en cause l’atténuation dans le bâtiment français, donc la limitation des émissions de GES à la construction.

La semaine précédent le débat, la France sortait de sa cinquième canicule, avec un quart des cours d’eau asséchés, des mégafeux en France et partout en Europe, un scénario cauchemar qu’on n’attendait pas si vite.

 

Le Grand Palais, magnifique explicitation de l'effet de serre. © Jonas Tophoven

 

 

Le Bâtiment en question

Pour le Bâtiment, la facture est sévère. On estime qu’une bonne partie des logements disposant d’un DPE A ou B sont de fait des bouilloires thermiques. Les logements prétendument vertueux n’abritent plus la population comme ils le devraient et surtout, le manque de refroidissement nocturne prolongé conduit à les climatiser sous une forme ou une autre, avec de graves conséquences pour l’approvisionnement en énergie et la vie urbaine conviviale commune.

Et pour compléter le tableau, les difficultés financières de la France font craindre un relèvement des taux d’intérêt qui pourrait mettre à mal le pénible petit redressement du marché de l’immobilier de logements.

 

 

Le SIBCA université d’été

Pour l’immobilier français, la situation est catastrophique, à l’image de la catastrophe climatique que traverse le pays. Et pourtant, le SIBCA a réussi son pari de multiplier les conférences – 180 conférenciers – et les auditoriums (sept) pour attirer un auditoire nombreux et attentif, intéressé par les thèmes proposés ou par la carrure ou l’engagement des "speakers".

Il y a pour cela plusieurs grilles de lecture.

 

 

Le SIBCA, agitateur d’un secteur en quête de solutions

La première, c’est que les événements donnent un coup de pied dans la fourmilière. Le monde de l’immobilier sort de sa torpeur, cherche des solutions, s’anime, et le SIBCA profite de son positionnement engagé – le bas carbone – face à des manifestations comme le SIMI ou le MIPIM (dont l’animation prochaine reste encore à évaluer). Au SIMI, on buvait du champagne en pleine crise financière, en 2008. 

 

Philippe Madec intervient dans un débat de l'Agora bois-biosourcée, salle pleine. © Jonas Tophoven

 

 

La perspective d’une déréglementation

La seconde explication, plus sournoise, est que la perspective d’une destruction de la RE2020 et d’une non prise en compte de la prochaine directive européenne sur l’équilibrage énergétique des logements – comme le souligne dans les allées le confrère Pascal Poggi – va permettre de mieux monnayer des gains de stockage ou de non production de GES. Plus la réglementation est permissive, plus les efforts sont valorisables. À moins qu’une dérégulation de type trumpiste ouvre la vanne du foncier et de la construction à bas prix, donc d’une reprise en principe forte du marché de l’immobilier.

 

 

Derrière les tabous

Il est possible que ces options se profilent au gré des interventions de conférenciers de haut vol qu’il faut savoir décrypter, sachant que miser sur la fin de la réglementation carbone, même si elle favoriserait éventuellement un label comme BBCA qui sous-tend la manifestation, représente aujourd’hui un tabou dans la profession, malgré les déclarations il est vrai très récentes de certaines candidats à la présidence de la République.

En cinq années de développement, le SIBCA ne s’est jamais démarqué par du cynisme et le parrainage de Jean Jouzel est un signe fort. Tout comme le terme même de décroissance reste un tabou, même au Forum International Bois Construction.

 

Étude prospective sur la construction en 2050 menée pour le groupe Liébot par et avec François-Gabriel Perraudin, salle pleine. © Jonas Tophoven

 

 

Montrer des solutions

De sorte que la réponse possible à donner au succès de la 5e édition, en termes de gestion du programme de conférences notamment, se situe sur deux plans. Premièrement, le SIBCA ne joue pas la surenchère des scénarios catastrophiques mais insiste sur des professionnels qui montrent des solutions (en faisant penser qu'il y a des solutions).

Deuxièmement, il existe peut-être un effet retard dans ce milieu de l’immobilier, et la catastrophe de l’été 2026 fait office de déclencheur pour que tout le monde s’intéresse à la décarbonation.

 

 

La décarbonation comme axe d’investissement

Et il y a sans doute aussi une autre explication fondamentale à la bonne synergie enregistrée pour la 5e édition de ce salon. Tout simplement, la décarbonation industrielle est en marche. Le label BBCA, le calcul E+C- puis la RE2020 ont engagé en France un mouvement général dont on perçoit les conséquences. La France devient l’épicentre européen de la recherche de solutions constructives bas carbone, non seulement par le bois et les biogéosourcés, mais pour le béton, l’acier, l’aluminium… Et aussi, désormais, pour les équipements. Certes, certaines solutions sont internationales comme la captation du carbone des cimenteries, pratiqué par Heidelberg Materials en Norvège – et qui doit arriver en France –, ou la certification du carbone stocké dans la structure des ouvrages en bois (Suisse, Timber Carbon), sans parler de l’initiative événementielle néerlandaise Built by nature, sponsorisé par un mécène néerlandais, et qui tente une implantation en France en association avec l'organisme de labellisation BBCA.

 

Séquence du mercredi fin d'apprès-midi, salle des Grands Débats, "La construction bois au prix du marché, info ou intox ?" avec Stéphane Miget, modérateur. © Jonas Tophoven

 

 

Big bang ?

Sur le principe, un détricotage réglementaire sur le carbone semble prendre les industriels à contre-pied et ouvrir le marché à tous ceux qui n’ont pas misé sur la R&D climatique. C’est de la pure idéologie. Car on entend que le marché du Bâtiment n’évolue que sous la contrainte réglementaire, pas en génération spontanée, surtout s’il s’agit d’améliorer le bien-être et l’action sur le climat. Le monde industriel du Bâtiment s’est habitué à une logique progressive depuis la première crise pétrolière des années 70, allant vers la sobriété énergétique, et vers la sobriété carbone. Il s’est adapté au renforcement progressif des RT puis de la RE. Et pourtant, aussi contre-intuitif que cela paraisse, il est possible que les investisseurs des nouvelles technologies bas carbone ne soient pas effarouchés par un possible big bang réglementaire, favorisé par la perte de fiabilité des repères normatifs actuels, comme le DPE. Par cette crise de légitimité où est entrée la réglementation du Bâtiment 18 ans après le Grenelle de l’environnement. Ce serait une possibilité de remise à plat, et comme la question du carbone restera prégnante, les solutions qui contribuent effectivement à une atténuation en sortiraient peut-être grandies.

 

 

La formule SIBCA portée par l’écroulement climatique

En tout cas, le fruit SIBCA ne semble pas tenu par le fil de la RE2020 et ses organisateurs, avec Built by nature, peuvent se demander s’il n’est pas l’heure d’essaimer aux quatre coins de l’Europe et du monde, pour le profit de la planète.         

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven

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