Une enquête de la CAPEB auprès de 2 200 entreprises artisanales montre que les aléas climatiques bouleversent l’organisation des chantiers et renforcent le besoin d’adapter le parc bâti.
À l'occasion des Rencontres des Métiers du Bâtiment by CAPEB 2026, qui se sont tenues à Marseille, au Parc Chanot, les 24, 25 et 26 juin 2026, et lors d'une conférence de presse, la CAPEB est revenue sur les premiers résultats d'une enquête menée auprès de plus de 2 200 entreprises artisanales. Si les fortes chaleurs affectent directement les conditions de travail sur les chantiers, elles accélèrent aussi l'évolution des besoins en rénovation du parc immobilier. Pour l'organisation professionnelle, l'adaptation du bâti et celle des entreprises devront désormais avancer de concert.
La chaleur, risque majeur sur les chantiers
Les épisodes climatiques extrêmes ne relèvent plus de l'exception pour les artisans du bâtiment. La CAPEB estime que la canicule actuellement en cours illustre une évolution durable des conditions d'exercice du secteur, qui voit dans ces événements le révélateur des limites du parc immobilier français comme de l'organisation actuelle des chantiers.
L'enquête réalisée entre mai et juin 2026 auprès de plus de 2 200 entreprises artisanales confirme cette évolution. Près de 91 % des répondants déclarent être exposés aux épisodes de chaleur, tandis que sept entreprises sur dix estiment que les aléas climatiques se sont intensifiés au cours des cinq dernières années.
Pour la CAPEB, ces phénomènes caniculaires ne constituent plus un risque ponctuel mais un paramètre structurel auquel devront désormais s'adapter les entreprises comme les bâtiments. © Moselle TV
L'organisation des chantiers davantage touchée que les équipements
L'étude montre que les principales conséquences des aléas climatiques ne concernent pas les matériels ou les locaux des entreprises : 81 % des répondants indiquent n'avoir subi aucun dommage sur leurs bâtiments ou leurs équipements. En revanche, les perturbations toouchent l'activité :
– près de 58 % des entreprises déclarent avoir enregistré des retards de chantier liés aux conditions météorologiques ;
– Plus d'une entreprise sur deux fait état d'horaires de travail modifiés (55 %) ou d'une fatigue accrue des équipes, pouvant aller jusqu'à des arrêts de travail ou une démotivation (53 %).
– Enfin, 62 % des dirigeants évoquent une hausse de leur niveau de stress et près d'un sur deux estime que les épisodes climatiques désorganisent fortement son activité quotidienne.
Tous les métiers ne sont toutefois pas exposés de la même manière. Les activités de maçonnerie et de carrelage apparaissent parmi les plus vulnérables, tandis que les entreprises d'électricité ou de plomberie-chauffage déclarent des impacts plus limités.
Les entreprises adaptent déjà leurs pratiques
Face à ces nouvelles contraintes, les artisans n'ont pas attendu pour faire évoluer leurs méthodes de travail. Sept entreprises sur dix ont déjà modifié leurs horaires afin d'éviter les périodes les plus chaudes de la journée. Beaucoup s'appuient également sur des applications de suivi météorologique afin d'anticiper les conditions d'intervention.
"On n'est pas non plus trop bêtes", explique Jean-Christophe Repon, le président de la CAPEB lors de la conférence de presse, "on a déjà pensé à adapter nos horaires". Toutefois, selon lui, les contraintes demeurent car, par exemple, il faut un arrêté prréfectoral pour débuter un chantier à 6h. Concernant la pertinence des arrêtés canicule, le président de la Confédération prércise que "si on travaille à mi–temps, ça va être compliqué, plus que ça ne l'est déjà". © Laure Pophillat
De fait, la CAPEB considère qu'un accompagnement plus structuré sera nécessaire afin d'aider les TPE à intégrer durablement le risque climatique dans leur fonctionnement.
Les besoins des maîtres d'ouvrage évoluent également
L'enquête met également en évidence une évolution progressive de la demande adressée aux entreprises artisanales. Les interventions après sinistre demeurent importantes, notamment pour la remise en état des toitures. Mais les entreprises constatent aussi une montée des demandes visant à améliorer la résilience des bâtiments face aux fortes chaleurs. Les travaux destinés à renforcer le confort d'été, les opérations d'isolation ou encore les interventions sur les systèmes de chauffage figurent parmi les besoins les plus fréquemment cités.
Pour la CAPEB, cette évolution confirme l'émergence d'un marché de l'adaptation climatique du bâti, qui devra encore se structurer afin de transformer ces intentions en programmes de travaux.
Adapter les dispositifs de protection des entreprises
Si la protection de la santé des salariés reste, selon la CAPEB, une priorité absolue, l'organisation estime que les conséquences économiques des interruptions de chantier ne peuvent pas être supportées uniquement par les entreprises artisanales. Face à la multiplication des épisodes de fortes chaleurs, elle demande une adaptation des dispositifs existants, notamment du régime des intempéries et de l'activité partielle, afin de permettre aux TPE de couvrir les heures non travaillées comme de préserver leur trésorerie.
"La santé des salariés n’est pas négociable. Lorsque les conditions climatiques imposent de ralentir ou d’interrompre un chantier, les entreprises doivent pouvoir le faire sans mettre en péril leur équilibre économique. Si la société impose ces adaptations, elle doit aussi en partager les conséquences", souligne Jean-Christophe Repon. Le président de la Confédération prércise que "si on travaille à mi-temps, ça va être compliqué, plus que ça ne l'est déjà". © Laure Pophillat
Pour la CAPEB, la rénovation passe par des interventions progressives
Au-delà de la gestion des épisodes climatiques, la CAPEB voit dans cette évolution un argument supplémentaire en faveur d'une adaptation accélérée du parc immobilier. L'organisation réaffirme sa préférence pour une rénovation menée par étapes, à travers des mono-gestes cohérents – isolation de la toiture, remplacement des menuiseries, amélioration de la ventilation ou régulation thermique – plutôt que par des rénovations globales jugées souvent difficiles à financer pour une partie des ménages.
Sur ce point, la présidente de la CAPEB des Bouches-du-Rhône, Patricia Blanchet-Bhang, à droite sur la photo, prend pour exemple le nouveau bâtiment de la CAPEB 13, dans les quartiers Nord de Marseille, qui a été rénové sans climtisation et avec des matériaux nobles, rappelant que "les artisans savent faire" et qu'il faut penser à eux pour la "rénovation des écoles, par exemple". Elle lance un appel à la ville de Marseille afin de penser aux artisans pour lesdites rénovations. © Laure Pophillat
De son côté, la CAPEB rappelle également que les équipements techniques ne peuvent produire pleinement leurs effets sans amélioration préalable de l'enveloppe du bâtiment. "Face à la montée des aléas climatiques, nous devons privilégier une rénovation par étapes, fondée sur des mono-gestes cohérents réalisés dans le bon ordre. Cette approche, simple et efficace, permet d'adapter durablement les logements en s'appuyant sur les artisans du bâtiment. Les pompes à chaleur ont toute leur place, mais elles ne remplacent pas les travaux sur l'enveloppe du bâtiment, dont dépend leur performance", conclut Jean-Christophe Repon.
RGE : la réforme est actée, ce qui change (vraiment) pour les artisans
La conférence de presse a également été l'occasion de revenir sur la réforme du label RGE, entrée en vigueur avec la publication de l’arrêté du 23 juin 2026. Attendue de longue date par les entreprises artisanales, la réforme du dispositif Reconnu garant de l’environnement (RGE) est désormais officielle : l’arrêté du 23 juin 2026, publié au Journal officiel, introduit plusieurs mesures destinées à faciliter l’accès à la qualification, tout en maintenant un niveau de contrôle sur les travaux réalisés.
Une réforme réclamée depuis plusieurs années
La réforme du dispositif RGE franchit une étape décisive avec la publication, au Journal officiel, de l’arrêté du 23 juin 2026 modifiant celui du 1er décembre 2015 relatif aux critères de qualification des entreprises. Cette évolution, défendue de longue date par la Confédération, est l'aboutissement de plusieurs années de concertation entre les pouvoirs publics, les organismes de qualification et les représentants de la filière du bâtiment.
Pour l'organisation professionnelle, cette révision répond à une difficulté désormais largement identifiée : au fil des années, le dispositif RGE s'était complexifié au point de constituer un frein pour de nombreuses entreprises artisanales souhaitant accéder au marché de la rénovation énergétique. Dans un contexte où près de cinq millions de logements sont considérés comme des passoires thermiques, la CAPEB rappelle que seules 54 000 entreprises disposent aujourd'hui de la qualification RGE, un volume jugé insuffisant pour répondre aux besoins du marché.
La qualification RGE désormais accessible par la VAE
La principale évolution introduite par l'arrêté concerne la création d'un accès à la qualification RGE par la validation des acquis de l'expérience (VAE). Concrètement, les entreprises pourront désormais obtenir la qualification en s'appuyant sur leur expérience professionnelle, sans suivre le parcours classique de formation, à condition de présenter trois chantiers conformes qui feront chacun l'objet d'un audit.
Pour les représentants des artisans, cette évolution vise à mieux reconnaître les compétences acquises sur le terrain et à faciliter l'entrée dans le dispositif des entreprises déjà expérimentées.
L'attestation chantier est pérennisée
Autre évolution majeure : l'attestation chantier devient un dispositif permanent. Jusqu'à présent expérimentée, cette procédure permet à une entreprise non titulaire de la qualification RGE de réaliser ponctuellement des travaux ouvrant droit aux aides publiques. Le dispositif est maintenu sous réserve d'un audit systématique des travaux réalisés, afin de garantir leur conformité.
Cette mesure doit permettre à davantage d'entreprises artisanales d'intervenir sur le marché de la rénovation énergétique sans devoir engager immédiatement une démarche complète de qualification.
Des audits allégés pour les petites entreprises
L'arrêté introduit également une adaptation du régime des contrôles pour les entreprises réalisant un faible volume de travaux. De fait, les artisans effectuant moins de dix chantiers par an dans une même famille de travaux ne seront désormais soumis qu'à un seul audit sur une période de quatre ans, contre un rythme plus soutenu auparavant. Pour la CAPEB, cette simplification doit réduire la charge administrative comme financière pesant sur les très petites entreprises, sans remettre en cause les exigences de qualité des travaux.
Au-delà des mesures techniques, l'organisation professionnelle estime que cette réforme doit permettre d'augmenter le nombre d'entreprises qualifiées RGE et, par conséquent, d'accélérer le rythme des rénovations énergétiques. Elle considère que l'accès au label constitue un enjeu majeur pour les artisans, dans la mesure où il conditionne l'accès à la plupart des dispositifs d'aides destinés aux particuliers. "La publication de cet arrêté constitue une victoire très importante pour la CAPEB et pour les entreprises artisanales du bâtiment. Depuis le début, nous avons porté avec constance et détermination la nécessité de simplifier le dispositif RGE afin qu'il corresponde enfin à la réalité des petites entreprises. Le RGE via la VAE transforme l'expérience en reconnaissance effective et simplifie concrètement l'accès des artisans à la qualification, condition essentielle pour participer pleinement à la dynamique de rénovation énergétique", déclare Jean-Christophe Repon.
Toutefois, si la réforme est désormais actée, la CAPEB entend rester attentive à ses conditions d'application.
Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Laure Pophillat