Il y a 50 ans, les cinq villes nouvelles autour de Paris n’avaient pas en tête les enjeux climatiques auxquels elles doivent désormais faire face. La donne a changé. Exemple à Évry-Courcouronnes.
On sait maintenant qu’il y a cinquante ans, les compagnies pétrolières étaient au parfum ce qui allait se passer notamment leur faute et que la question de la création de l’effet de serre est remontée jusqu’à la Maison Blanche de Carter. Mais en France, la question n’était pas à l’ordre du jour. Quand on pense que la terre du trou des Halles a été acheminée par camion jusqu’à Evry pour faire la colline du Parc des Loges, par camions ! Il y a quelques mois, l’agence Hemaa avait attiré l’attention sur cet antécédent, livrant un pôle d’accueil de loisirs et sportifs qui parvenait tout de même à réutiliser les terres d’excavation du Grand Paris Express pour un pisé dont les performances thermiques, loin d’être usuelles, demandent encore une prise en main.
L'école Manouchian par Tracks crée de l'apaisement à l'entré d'un quartier Horizons en plein remodelage. © Jonas Tophoven
Le narratif et l’audace, entre autres performances de ce pôle enfance et sportif, méritaient bien le Prix de la première œuvre de l’Equerre d’argent 2025, pour une agence pourtant déjà lancée en flèche. À preuve, la réalisation, à 200 m de là, de la Maison des Services Publics Jacques Prévert, un original regroupement de services publics pour désenclaver les quartiers au sein desquels la population de la ville nouvelle s’est recroquevillée. En soit, la décision d’urbanisme communal menant à ce projet est déjà digne d’attention. Peut-être correspond-elle au travail qu’elle a demandé à la jeune agence d’architecture SAFA, pour réaménager à la fois la salle du conseil municipal et la salle des mariages attenante ? Et que dire de la réhabilitation du quartier Horizons qui hébergeait jusqu’en 2010 l’hôpital Louise Michel, où la nouvelle école Missak et Mélinée Manouchian achevée en urgence par l'agence Tracks a pu reloger l’école des Coquibus (NZI) partiellement brûlée en plein été 2025 juste avant son ouverture ?
Une urbanité entravée
L’école de Tracks a été fermée comme tant d’autres au pic de la dernière canicule, mais selon ses occupants, elle a assez bien résisté grâce à ses briques blanches, ses très larges débords de toiture. Autre étoile fulgurante de la nouvelle génération des architectes du changement climatique, Tracks peut faire état de deux articles, sur Libération et Ouest-France, faisant état de la chaleur soutenable de ses deux nouvelles écoles sur l’Île de Nantes (par ailleurs Prix Régional de la Construction Bois) et à Mordelles près de Rennes.
Transformation de la tour H de l'ancien Hôpital Louise Michel en logements. © Jonas Tophoven
Après les années de fondation, et des années de stagnation, la ville se reconstruit sur la ville avec de nombreux enjeux. Malgré la disposition de la gare RER non loin de la mairie, la place des droits de l’Homme et du Citoyen ne dispose d’aucun café, juste de la façade fade d’un hôtel Ibis. C’est peu engageant, face à la splendide cathédrale de la Résurrection, en briques rouges, de Mario Botta, qui semble avoir traversé sa première trentaine d’années sans coup férir. Au contraire, l’œuvre semble devenir plus que jamais le symbole d’Évry rattaché à Courcouronnes : un bâtiment élégant circulaire en brique auréolé d’arbres. Tout un programme de résilience.
Offensive climatique
Stagnation ? En tout cas, depuis la fusion avec Courcouronnes, Évry se repense plus vert sous l’égide de l’ancien maire de Courcouronnes, Stéphane Beaudet, qui a remporté les élections municipales et entame donc un 5e mandat, le second à la tête du chef lieu de l’Essonne ; il préside la comcom Grand Paris Sud et l’AMIF, association des maires d’Île-de-France. Un poids lourd régional qui a vu la construction de cette ville nouvelle qui regorge désormais de pépites architecturales de type brutaliste et rationaliste, et va accompagner son adaptation. On a eu Colombes, la ville de la vague verte de 2020, avec des constructions et rénovations d’écoles confiées à Tectoniques, Hemaa, Tracks, mise en exergue dans le cadre des visites du 15e Forum International Bois Construction. On retrouve le carré d’as Hemaa et Tracks à Évry-Courcouronnes, et SAFA, en commençant par NZI qui, après le succès de la transformation des studios de Canal + en logements étudiants (Prix Régional de la Construction Bois) et parallèlement à la transformation du garage de la rue Nollet à Paris en logements (PRCB 2026), aborda le premier le virage biosourcé de la ville avec, excusez du peu, la construction de la plus grande école du département, les Coquibus.
La cour intérieure de la Maison des services publics Jacques Prévert (agence HEMAA). © Jonas Tophoven
Une ville nouvelle qui reste nouvelle
La ville nouvelle n’a pas empêché l’asphyxie de la région parisienne, mais comme pour tous ces grands projets, les remodelages sont perpétuels et après 50 ans, on entre dans une phase d’adaptation respectueuse de l’urbanisme moderniste dans ce qu’il avait d’humain, et inventif pour exploiter les espaces de ces villes afin de les adapter. La comcom Grand Paris Sud n’est pas mal dotée avec la Seine et de grandes forêts. Avec son patrimoine architectural moderne et contemporain, Évry-Courcouronnes devient une destination touristique. Mais il faudrait un café ou un salon de thé biogéosourcé sur la Place des Droits de l’Homme et du Citoyen !
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven