Après une semaine marquée par la fermeture de milliers d'établissements scolaires en raison de la canicule, l'État, EDF, la Banque des Territoires, ACTEE et leurs partenaires débloquent plus de 130 millions d'euros.
Alors que la vague de chaleur historique a profondément perturbé la fin de l'année scolaire, avec près de 3 500 établissements fermés et environ 10 000 ayant dû adapter leurs horaires lors de la journée la plus chaude de l'épisode caniculaire, les pouvoirs publics passent à l'action. Plus de 130 millions d'euros seront mobilisés pour équiper rapidement les écoles, crèches et centres de loisirs de solutions de rafraîchissement, tout en lançant un important programme de diagnostic et d'adaptation du patrimoine scolaire.
Cette mobilisation intervient alors que les établissements scolaires français apparaissent particulièrement vulnérables face aux épisodes de chaleur extrême. Durant cette dernière canicule, de nombreux parents avaient eux-mêmes improvisé des protections en appliquant du blanc de Meudon sur les vitrages ou en suspendant des couvertures de survie aux fenêtres afin de limiter les surchauffes des salles de classe. © Le Télégramme
EDF s'engage
Le premier volet repose sur un engagement d'EDF, qui consacre 80 millions d'euros à l'installation de systèmes de rafraîchissement. Jusqu'à fin septembre 2026, plus de 100 000 équipements – ventilateurs, brumisateurs, climatiseurs mobiles ou fixes – pourront être financés dans plus de 10 000 établissements. L'aide prendra la forme d'une prime de 400 euros par équipement, dans la limite de dix appareils par site. Le solde de cette enveloppe financera des primes forfaitaires de 10 000 euros destinées aux établissements souhaitant engager des projets de rafraîchissement plus durables, avec un dispositif ouvert jusqu'à fin juin 2027.
"Aujourd'hui, alors que des vagues de chaleur touchent notre pays, nous avons souhaité agir concrètement en aidant les établissements scolaires, les crèches et les centres de loisirs à s'équiper, à la fois avec des solutions de rafraîchissement rapidement disponibles et avec des aménagements durables", explique Bernard Fontana, le président-directeur général d'EDF.
Un second plan de 50 millions d'euros pour transformer les écoles
En parallèle, la Banque des Territoires, La Banque Postale et ACTEE déploient un programme complémentaire de 50 millions d'euros destiné à accompagner l'adaptation climatique de 12 500 établissements scolaires. L'objectif est double : permettre aux collectivités de disposer rapidement d'un diagnostic technique, puis financer des travaux dans les écoles les plus exposées aux fortes chaleurs.
Le programme s'articule autour de deux volets :
– un diagnostic entièrement financé pour jusqu'à 12 500 écoles et bâtiments éducatifs, afin d'identifier les travaux prioritaires ;
– une aide forfaitaire aux travaux pour 2 500 établissements particulièrement vulnérables, permettant de financer rapidement des protections solaires, des ombrières, des brasseurs d'air, des dispositifs de ventilation ou d'autres solutions passives.
Selon le ministre de l'Économie Roland Lescure, les premières écoles éligibles seront sélectionnées dès la semaine prochaine, en ciblant celles qui ont été les plus durement touchées pendant la canicule. Pour les établissements nécessitant des interventions plus importantes, les partenaires indiquent que des travaux pourront être engagés avant l'été 2027.
Lorsque les diagnostics le justifieront, des pompes à chaleur réversibles, capables d'assurer également un rafraîchissement en période estivale, pourront être installées afin de garantir au moins un espace tempéré pour les élèves et les personnels. © Magnific
Des solutions low-tech privilégiées
Plutôt que de généraliser la climatisation, ACTEE défend une approche fondée sur des solutions passives ou faiblement énergivores, développées dans le cadre d'un programme de recherche lancé en 2025. La méthode combine plusieurs leviers : protections solaires extérieures, brasseurs d'air, ventilation nocturne ou encore amélioration des apports d'air. Selon les premiers retours d'expérience, ces aménagements permettent d'améliorer sensiblement le confort thermique sans recourir systématiquement à une climatisation. "Nos mesures sur le terrain le montrent : avec des aménagements simples et des investissements modiques (protections solaires, brasseurs d'air, ventilation nocturne) nous pouvons faire gagner jusqu'à 7 °C de confort ressenti dans une salle de classe. L'enjeu, aujourd'hui, est de massifier cette approche : c'est tout l'objet de cet accompagnement, qui doit permettre d'en faire bénéficier rapidement un grand nombre d'écoles", souligne Guillaume Perrin, le directeur d'ACTEE.
Les expérimentations conduites dans une trentaine d'écoles pilotes montrent des gains de confort compris entre 5 et 10 °C, grâce à la combinaison de protections solaires, de ventilation naturelle et de brassage de l'air. Les coûts restent relativement contenus, entre 10 000 et 40 000 euros par établissement, selon les configurations. Ainsi, par exemple, à Grabels (Hérault), les mesures réalisées font état d'une baisse de 4 °C de la température intérieure et d'un gain de 7 °C de confort ressenti tandis qu'à Barberaz (Savoie), la température ressentie est restée limitée à 27 °C lors du pic de chaleur du 24 juin 2026, contre 31,5 °C un an auparavant.
À Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes), les aménagements ont permis d'améliorer le confort de 6 à 7 °C. © Alex Bonnemaison
Un enjeu durable pour les collectivités
Au-delà de la réponse à l'urgence, les partenaires présentent cette opération comme une première étape vers l'adaptation du patrimoine scolaire aux effets du changement climatique : ces "mesures d'urgence avec un fort effet de levier de la Banque des Territoires doivent permettre aux collectivités d'agir rapidement face aux vagues de chaleur à venir. Notre objectif est de proposer des solutions simples, opérationnelles et rapides pour que les écoles les plus impactées puissent engager leurs travaux avant l'été 2027. C'est un enjeu crucial, de santé publique et de continuité de l'action éducative", estime Antoine Saintoyant, le directeur de la Banque des Territoires.
Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Alex Bonnemaison