Logement, emploi, rénovation : le bâtiment replonge dans la tempête

Emploi en recul, logement neuf au plus bas, rénovation énergétique fragilisée : le secteur du bâtiment s’enfonce dans la crise et redoute les conséquences du conflit au Moyen-Orient.

Le secteur du bâtiment espérait avoir touché le fond. Après trois années de recul quasi ininterrompu, les premiers mois de 2026 laissaient entrevoir un léger mieux... Las, cet espoir aura été de courte durée ! En effet, la remontée des tensions géopolitiques et le durcissement des conditions économiques assombrissent à nouveau les perspectives du secteur. De fait, dans son dernier point de conjoncture, la Fédération française du bâtiment (FFB) – conférence de presse du mardi 23 juin 2026 – dresse un constat particulièrement sombre : activité en recul, emploi fragilisé, marché du logement toujours déprimé et trésoreries sous pression.

 

 

Une crise qui s'installe durablement

L'année 2025 avait déjà confirmé l'ampleur du ralentissement puisque le chiffre d'affaires du bâtiment s'est établi à 193 milliards d'euros, en recul de 5 % hors effet prix. Surtout, la profession a perdu près de 19 000 salariés sur un an et plus de 42 000 en trois ans.

Le secteur compte aujourd'hui 450 000 entreprises, dont près de 95 % sont des structures artisanales de moins de dix salariés. Malgré leur poids économique et territorial – elles sont présentes dans 88 % des communes françaises –, elles se retrouvent particulièrement exposées à la contraction de l'activité.

La construction neuve continue notamment de perdre du terrain. Elle ne représente plus que 39 % du chiffre d'affaires global du bâtiment, contre plus de 50 % au début des années 2010. Quant au logement neuf, sa contribution est tombée à seulement 20 % de l'activité totale du secteur.

Pour la FFB, la situation commence à rappeler les grandes difficultés traversées par le bâtiment au début des années 1990 : le "recul d'activité de plus de 12 % en volume entre 2022 et 2025 ramène le bâtiment à proximité de la violente crise des années 1990", alerte la fédération.

 

 

Le logement neuf reste très loin des besoins

Malgré un rebond observé depuis la fin de l'année dernière, les chiffres restent très insuffisants pour parler de reprise. Le rythme annuel des mises en chantier est estimé à 321 000 logements sur la base des quatre premiers mois de l'année. Cela représente encore 35 000 logements de moins que la moyenne observée sur les quarante dernières années.

Les ventes de maisons individuelles progressent à peine, tandis que celles des promoteurs reculent encore. Plus préoccupant encore, les mises en vente de logements neufs s'effondrent de 31 % sur un an pour atteindre à peine 11 000 unités au premier trimestre, soit moins de la moitié de leur moyenne historique. "On touche aux plus bas historiques sur le segment des particuliers", souligne la FFB.

 

Longtemps considérée comme le principal relais de croissance du secteur, la rénovation montre à son tour des signes d'essoufflement. L'activité d'amélioration-entretien enregistre son sixième trimestre consécutif de baisse : sur les trois premiers mois de 2026, elle recule de 2,6 % en volume par rapport à la même période un an plus tôt. La rénovation énergétique apparaît encore plus affectée avec une baisse de 3,4 %, atteignant même 4,1 % dans le logement. Cette évolution intervient alors que le gouvernement a annoncé une réduction des crédits alloués à MaPrimeRénov' et au Fonds vert, une décision qui passe mal auprès des professionnels. © Magnific

 

 

L'emploi et les trésoreries sous pression

Les conséquences de cette crise prolongée se répercutent directement sur l'appareil de production. Au premier trimestre 2026, le bâtiment a encore perdu 11 000 emplois salariés sur un an, tandis que depuis la fin de l'année 2022, près de 55 000 postes ont disparu. Dans le même temps, les trésoreries continuent de se tendre. Les entreprises de plus de dix salariés signalent une dégradation de leur situation financière, particulièrement marquée dans le second œuvre.

Cette fragilité est accentuée par plusieurs facteurs :

– la hausse des coûts des matériaux, avec notamment des augmentations de 54 % pour le bitume et de 50 % pour le PVC ;

– La remontée des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient ;

– Des délais de paiement toujours trop longs, notamment dans la commande publique ;

– Un accès au crédit immobilier qui reste contraint malgré une légère détente observée ces derniers mois ;

– La réduction progressive de certains dispositifs de soutien à l'emploi et à l'apprentissage.

 

Même si les défaillances d'entreprises diminuent légèrement sur les cinq premiers mois de l'année, elles demeurent à un niveau historiquement élevé avec plus de 13 000 faillites projetées sur l'ensemble de 2026.

 

 

Le conflit au Moyen-Orient change la donne

L'un des principaux éléments de rupture identifiés par les professionnels concerne l'impact de la crise géopolitique au Moyen-Orient puisque l'inflation est remontée à 2,4 % en mai, sous l'effet notamment d'une hausse de 16,6 % des prix de l'énergie. Dans le même temps, les taux obligataires sont repartis à la hausse et le crédit immobilier montre à nouveau des signes de fragilité. Pour la FFB, ces évolutions risquent de freiner davantage les décisions d'investissement des ménages comme celles des collectivités et des entreprises. Le non-résidentiel commence d'ailleurs à montrer des signes de faiblesse. Si les surfaces mises en chantier progressent encore légèrement, les autorisations reculent déjà de 4,4 %, notamment dans les bâtiments administratifs.

Face à cette situation, la Fédération française du bâtiment appelle l'État à agir rapidement. L'organisation plaide notamment pour le maintien du prêt à taux zéro, la préservation de la réduction de loyer de solidarité, un soutien renforcé à l'investissement locatif et la relance des dispositifs de rénovation énergétique. Elle réclame également le maintien des allègements de charges sur les bas salaires, un soutien accru à l'apprentissage et une simplification de plusieurs réglementations jugées pénalisantes pour l'activité.

 

Au-delà du constat comme des revendications, la fédération, avec ici Frédéric Carré, le tout nouveau président de la FFB, défend une idée simple : sans redressement du bâtiment, la croissance française restera durablement pénalisée. Une conviction qu'elle résume avec deux formules chocs : "rien ne se fera sans le bâtiment" et "la construction est un remède aux maux de la France" parce que lorsque le bâtiment vacille, c'est toute une partie de l'économie française qui ralentit avec lui. © Laure Pophillat

 


Source : batirama.com / Laure Pophillat / © FFB

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