Recrutement : les paradoxes du métier de carreleur, vus par Denis Estève

Recrutement : les paradoxes du métier de carreleur, vus par Denis Estève

Les entreprises de carrelage sont à la peine pour recruter. Denis Estève, chef d’entreprise, explique ce qui a changé dans le métier et pourquoi une campagne de communication est nécessaire.





Photo : Âgé de 53 ans, Denis Estève dirige La Société des Revêtements, une PME familiale de neuf personnes, basée à Neuilly-sur-Marne (93) et fondée par son père en 1974. Il préside également la Chambre syndicale des entrepreneurs de Revêtements Carrelage Marbre-Mosaïque FFB Grand Paris et il est secrétaire de l’UNECP-FFB.

 

La profession lance une campagne de communication « Devenir carreleur ». « Cette campagne a pour objectif de redorer le blason du métier et de le promouvoir auprès de tous ceux qui veulent changer d’orientation » explique Denis Estève, dirigeant de la Société des Revêtements. Voici son interview.

 

Batirama : Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez pour recruter ?

 

Denis Estève : Nous sommes confrontés à un paradoxe : nos Centres de formations des Apprentis (CFA) sont bien remplis mais, à l’échelle nationale, le nombre de jeunes carreleurs qui en sort diplômés est faible. Prenons l’exemple de Blanquefort (33), le deuxième CFA de France. Il accueille 1 100 élèves dont 30 en section Carreleur. Mais, durant leur formation, 15 élèves se réorientent et 15 seulement sont diplômés en fin de cursus. C’est trop peu pour combler les besoins.

 

Du côté des entreprises d’intérim, on nous propose des profils de maçons ou de plâtriers ayant fait un peu de carrelage mais pas de carreleurs vraiment qualifiés. Les rares qui le sont préfèrent souvent rester en intérim, pour des raisons de convenance personnelle, plutôt que d’intégrer une entreprise malgré les propositions qui leur sont faites.

 

Enfin, du côté de Pôle Emploi, on ne trouve pas de main-d’œuvre qualifiée : tous les bons carreleurs sont déjà au travail. Ajoutons à cela que notre métier change : nous intégrons sans cesse de nouveaux produits (colles, carrelages de nouvelles dimensions…) et de nouveaux outillages auxquels nos carreleurs doivent se former en interne pour rester performants. L’équation est complexe…

 

Quelle est la situation actuelle des entreprises de carreleurs ?

 

Denis Estève : Nos carnets de commandes sont relativement bien remplis mais la situation varie selon l’implantation géographique des entreprises. L’un de mes collègues qui est délégué régional de l’UNECP-FFB dans le Puy-de-Dôme me disait récemment qu’il n’avait pas de travail dans sa région. Mais les entreprises implantées dans les grandes métropoles ou en région parisienne ont une visibilité bien meilleure.

 

En Île-de-France, le Grand Paris Express nous donne de l’élan : nous avons du travail jusqu’en 2023, voire jusqu’en 2024. Les entreprises de carreleurs qui ont une certaine notoriété sont sur-sollicitées. Nous ne sommes que 6 à 8 à répondre régulièrement aux sollicitations des grands groupes comme Eiffage ou Vinci. Cette année, j’ai signé pour 30 à 40 millions d’euros de devis de carrelage : c’est énorme ! J’ai du travail pour toute l’année 2022.

 

S’agissant des effectifs de carreleurs, ils décroissent depuis plusieurs années. En 1980, La Société des Revêtements employait 40 carreleurs. En 2021, ils ne sont plus que cinq, pour un âge moyen de 50 ans. Nos vieux compagnons sont partis à la retraite. Conséquence : nous assurons encore notre production “fil rouge” en direct, soit 20 % de notre activité.

 

Et nous sous-traitons 80 % de nos contrats. Les carreleurs sous-traitants sont majoritairement d’origine turque, avec une moyenne d’âge de 35 ans. Le plus souvent, ils travaillent à la tâche : c’est physique. Il faut la santé.

 

Lorsque vous êtes jeune, vous pouvez faire de la chape toute une journée et poser vos carreaux à genoux. C’est moins possible lorsqu’on atteint la cinquantaine… Nous faisons en sorte que le côté “ouvrageux” du métier n’affecte pas trop nos gars en variant les tâches. Nous automatisons aussi toute la partie logistique du métier de carreleur à l’aide de transpalettes électriques, de chariots, de tabourets à roulettes très ergonomiques, de ventouses… Mais on ne peut pas encore automatiser la pose des carreaux qu’il faut positionner un par un…

 

Qu’attendez-vous très concrètement de la campagne nationale lancée par l’UNECP-FFB ?

 

Denis Estève : Cette campagne a pour objectif de redorer le blason du métier et de le promouvoir auprès de tous ceux qui veulent changer d’orientation. Elle va durer plusieurs années : nous espérons susciter l’intérêt de nombreux candidats.

 

Mais, sans attendre, nous allons aussi agir entre sociétés de carreleurs pour faire face aux demandes fortes du marché en nous entraidant les uns les autres pour éviter les surcharges de travail, par exemple en mutualisant les ressources pour faire face à de grosses demandes de production. Nous imaginons pouvoir fonctionner sous forme de groupements d’entreprises, d’autant que certains marchés interdisent d’ores et déjà de faire appel à la sous-traitance.

 

Précisément, comment les nouveaux candidats seront-ils encadrés pour apprendre le métier si vous manquez de carreleurs chevronnés ?

 

Denis Estève : Nous manquons avant tout d’hommes : du débutant au qualifié. Certes, les carreleurs chevronnés sont moins nombreux mais ils sont bien là. Grâce à leur concours, nous allons pouvoir former les nouveaux carreleurs sur chantier, en veillant à leur confier des travaux qui les remplissent de valeurs positives.

 

Tout part de l’envie de la personne : celle qui n’est pas rebutée par le travail physique peut réussir. Le métier de carreleur reste un corps d’état architectural. Lorsque vous réalisez des salles de bains en marbre, très graphiques, pour le compte de grands groupes hôteliers et que vous regardez votre travail terminé, vous savourez le plaisir d’avoir bien accompli votre tâche. Et vous êtes fier du résultat !

 


Source : batirama.com/ Jacques Le Corre

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