Le marché français couvert par les membres en partie internationaux de l’Association des Industriels de la Construction Biosourcée (AICB) frise désormais les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Quand le baromètre a été inauguré l’an dernier, il était un peu difficile de dessiner une évolution tangible du marché des biosourcés, car le début de la décennie a été marqué par des à-coups notamment sur l’évolution du volume du marché de l’isolation depuis la pandémie. On avait bien les chiffres de l’AICB au moment où l’association a quitté l’UIMC en 2016 pour rejoindre l’UICB désormais rebaptisée UICCB. Mais ce n’était pas le même périmètre. On pouvait se demander si ce baromètre ne suivrait pas la fâcheuse tendance de l’Enquête nationale construction bois, censée au départ étayer les progressions du secteur alors qu’elle n’a cessé d’illustrer ses déboires sur le ton du "marché qui résiste dans un contexte difficile".
Le matériau de base bois domine l'offre isolants de l'AICB. © AICB
Chiffrer un marché trop diffus
Le risque était d’autant plus grand que le baromètre mélange des torchons (de Mélisse) et des serviettes avec des segments parfois tellement peu représentatifs comme le béton du bois, dont la progression illustre celle de son unique adhérent à l’AICB, CCB Greentech. Pas de quoi faire l’affiche avec les bétons dit "biosourcés" qui progressent en deux ans de 0,6 à 0,9 mio d’équivalent 100 mm en m2, soit 50 %. Ce qui est d’ailleurs un peu normal avec le lancement de nouvelles lignes de production dédiées chez les préfabricateurs du béton. La palette des matériaux couverte par l’AICB est vaste :
– ouate cellulose,
– fibre de bois,
– cotons recyclés,
– chanvre lin jute,
– chanvre,
– herbe,
– paille via Profibres chez Cavac.
La coopérative se diversifie continuellement et il est plausible que son directeur Vincent Hannecart assume la position de président de l’AICB.
Les parts de marché volumique grimpent
L’ambition de peser 10 % du marché était un peu trop perceptible dans les premiers essais de communication de l’AICB, mais maintenant, le baromètre s’étoffe avec une indication de la part de marché isolation en volume équivalent 100 mm (8,2 % contre 7,5 % en 2024 et 6,4 % en 2023). À ce rythme, le périmètre AICB va vers 10 % du marché isolation en volume avant 2030. 10 % en pdm isolation + bien 100 mio de CA + qui sait 50 mio d’équivalents 100 mm en m2, ce sont des objectifs tangibles.
La ouate de cellulose reste une valeur sûre. © Ecima
Le monde des écomatériaux se déploie
Le baromètre s’enrichit cette année d’une ventilation régionale calculée selon les m2 équivalents 100 mm, qui trahit de lourdes inégalités entre l’AuRA à 20 % et la Normandie à 3,3 %.
L’AICB a beau jeu de considérer qu’elle représente l’essentiel des volumes, tandis que le RFCP pour la paille ou la filière chanvre (projection) ont encore bien du mal à chiffrer leur marché. Il faudrait creuser. Notamment dans le cadre de la nouvelle Alliance Ecomatériaux que l’AICB a co-signée en février au dernier Forum International Bois Construction.
Forte progression du LDF
La cellulose, le flex, le panneau, le béton de bois : le bois est hégémonique comme matière de base à l’AICB, ce qui explique son affiliation à L'UICCB. La matière bois permet aujourd’hui, mieux que les autres matières naturelles, une industrialisation. Il semble bien que les différents matériaux-phares à base de bois, fibre de bois et cellulose, maintiennent leurs positions. L’entrée en service des unités de LDF de Steico, Gutex, et Pavatex – ce que le baromètre appelle des isolants rigides –, fait que le baromètre indique 3,5 mio d’équivalent 100 mm en 2025, un doublement les 1,6 moi de 2023 – mieux que le béton de bois. Les lignes pourtant ne semblent pas encore bouger avec une prédominance du flex, et c’est embêtant car le flex dit semi-rigide dans le baromètre est un produit de bataille à plus faibles marges, directement confronté aux laines minérales, tandis qu’en France, tout le monde se demande encore comment employer le LDF, qui n’est pas devenu le must allemand des sous-toitures. Mais la voie de l'ITE biosourcée sur maçonnerie est toute tracée.
Le chanvre s'affrime sous ses multiples formes : projection, préfabrication, flex... © Cavac
Toute bonne nouvelle est bonne à prendre
L’an dernier, lors de la première présentation du baromètre, le credo était que la France s’est dotée de capacités de production insuffisamment utilisées. À présent, on comprend que le rattrapage s’opère progressivement, mais sans doute continuellement. C’est une bonne nouvelle à laquelle s’accroche le marché français de la nouvelle construction climatique, dans le contexte du coup de massue de l’arrêté du 18 février sur la protection incendie des ouvrages biosourcés.
Comment expliquer ?
Il y a la RE2020 qui va devenir un peu plus mordante en version 2025 à partir de 2026. Le label biosourcé revu et qui valorise mieux les isolants – face au bois de structure –, calculés en volume et non en poids. Et il y a la pression industrielle, notamment des installations de fibre de bois et celle de LDF pilotée par les deux grands industriels allemands du pressage de panneaux, alors que le marché de référence allemand n’est pas au beau fixe. Peut-être aussi que le discours commercial sur le déphasage de phase et l’amplitude thermique (Livre blanc de l'AICB) joue son rôle sur le terrain. Mais on n’en est pas encore au moment où l’isolation verte va devenir un objet d’investissements spéculatifs massifs, et les grands groupes de l’isolation présents derrière de nombreux membres de l’AICB (Saint Gobain, Knauf, Kingspan, Soprema) veillent.
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © BartoschSalmanski