Forum International Bois Construction 2027 : une double édition

Le Comité de pilotage, réunit le 23 avril à Paris, a validé une double édition tout à fait exceptionnelle, dans un contexte ou, malgré tout, la demande de matériaux de construction biogéosourcés est bien orientée.

L’engagement de Nicole Valkyser, organisatice du Forum International Bois Construction depuis 2012, pour revenir à Épinal et Nancy, était ferme et avait été pris en 2025 après les réactions provoquées par le maintien de l’événement à Paris pour février 2026. Pour autant, la filière bois, les exposants et les personnes ayant répondu à l’enquête de satisfaction plaident une nouvelle fois pour un maintien à Paris.

L’équation est la suivante : FBC 16 du 9 au 12 février (le 9 journée de visites) avant l’aspirateur politique du salon de l’agriculture, afin de permettre à la filière bois de présenter son livre blanc avant les élections présidentielles. Mais aussi, pour donner du corps à l’Alliance Ecomatériaux signée le 25 février dernier au Forum avec une quinzaine d’organisations professionnelles du secteur biogéosourcé et réemploi.

 

 

Un échéancier politique

En plein accord avec les acteurs de la Région Grand Est, une édition 17 initialement prévue début juin a été décalée vers fin octobre. De fait, les élections présidentielles entraîneront fort probablement une dissolution de l’Assemblée et début juin sera situé en pleine campagne électorale législative. Par ailleurs, plus de huit mois sépareront les deux éditions. Il sera justement temps de revenir sur les engagements du gouvernement passé de construire 2 millions de logements, et de l'échéance internationale grave de 2030 sur le plan des émissions de carbone.

 

Image éloquente de la nef du Grand Palais pour le Forum 15 de février dernier. Les stands Belleville viendront à Nancy, pas le Quadrilogue. © Davide Boureau urbamutability 

 

 

Prix des sciages élevés, volumes en hausse

L’architecture bois traverse actuellement une crise aiguë. Pour autant, les chiffres publiés aujourd’hui par l’ONF sont encourageants pour ce qui concerne les ventes de bois d’œuvre de charpente en 2025. Malgré une révision à la baisse des objectifs carbone de la RE2020 sur le papier, l’application quasi universelle de la Réglementation, enfin, dès juin 2026, conforte une situation diffuse où le bois et les matériaux biogéosourcés entrent par la petite porte dans de très nombreux projets qui ne peuvent tout simplement plus être traités en tout béton.

 

 

Le temps des toupies est compté

Ainsi, l’architecture bois est à la peine à cause d’un contexte conjoncturel économique défavorable, une réglementation incendie impactante pour la construction biosourcée, et des prix qui selon l’ONF ne sont pas en baisse. Mais le bois et les biosourcés dans la construction et surtout la rénovation sont stimulés par la facilité d’intervention, la flexibilité des solutions compatibles avec le béton et le métal, et l’élargissement progressif des compatibilités avec différents supports.

Parallèlement, les investissements massifs dans l’outil de production français rendent les solutions attractives car locales et moins émissives.

 

Le Centre Prouvé de Nancy, très minéral a aussi de bons côtés, comme l'écran extérieur,et aussi les bons souvenirs des éditions passées. © Jonas Tophoven

 

 

La construction hybride et le bois invisible

On assiste à une sorte de paradoxe, la fin de l’architecture bois et l’avènement du bois construction. Souvent, le bois fait plus ou moins le décor, à la fois en FOB voire MOB ou simplement en bardage, avec à l’intérieur un large recours au bois en aménagement et en mobilier. Et il existe aussi des situations où le bois structurel est occulté mais parfois massivement présent. Une option qui pourrait se développer largement avec le développement de la réglementation incendie appliquée aux matériaux et systèmes biosourcés.

Utiliser massivement du bois de crise pour des structures hors-site encoffrées, du non visible voire du déclassé. Sans oublier qu’on est à l’aube de la vagues des "superwood", des bois augmentés, comme ce CLT de paulownia italien compressé pour atteindre les caractéristiques mécaniques de l’acier.

 

L'accueil en plein soleil de février au Grand Palais. La météo a été une divine surprise, avec toutefois une chaleur non caniculaire. 18 000 entrées enregistrée sur trois jours, un chiffre sans commune mesure avec Épinal Nancy en 2024. © David Boureau urbamutability

 

 

Épinal et Nancy au cœur de la technicité du bois

Autre paradoxe : si la filière bois insiste pour présenter son livre blanc au Grand Palais, Paris est surtout le lieu de la mise en avant des écomatériaux. Construire en bois ne parle pas vraiment aux Parisiens dans un univers déjà complètement minéralisé, tandis que les urbains ont une appétence logique pour les matériaux naturels et le réemploi en général.

À l’inverse, Épinal et Nancy brillent par leur situation géographique au cœur de l’Europe et des bassins de matière première renouvelable (en principe) et plus indépendant des spéculations fossiles. Dans ce cœur d’Europe, la savoir du bois est central et demande à être cultivé et partagé. Le Grand Est est une grande région de la construction bois mais encore une terre de conquête pour la paille, le chanvre, la terre crue et le réemploi des matériaux.

 

Nicole Valkyser, organisatrice du Forum, en avril 2024 à l'issue d'une 5e édition consécutive réussie à Épinal et Nancy. © Jonas Tophoven

 

 

Une double édition sans redites

La déduplication du Forum restera une exception mais il y a largement de quoi faire pour répondre aux attentes de la mégapole francilienne et des régions françaises et européennes, de sorte que l’édition Grand Palais pourra s’adapter encore mieux aux attentes locales, de même qu’Épinal et Nancy, avec simplement deux recoupements thématiques : les ateliers Eurocode et Protection incendie, deux sujets décisifs de l’année 2027, pour lesquels il est particulièrement bienvenu de disposer d’une session en février et d’une autre, complémentaire, fin octobre.



Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven

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