Opération “Sauvons le Fort Boyard 2025-2028” : épisode 1

Attention, projet exceptionnel : un éperon de protection et un havre d’accostage en béton préfabriqué seront installés autour du fort d’ici la fin 2027. La complexité de ces ouvrages n’a d’égal que leur gigantisme

Une fois n’est pas coutume, Batirama vous propose une incartade dans le Génie civil en deux épisodes, pour saluer un chantier unique en son genre.

Malmené par les assauts de l’océan depuis 168 ans, le fort Boyard menace ruine ! Le département de Charente-Maritime, propriétaire depuis 1989, s’est engagé à le renforcer pour pérenniser cet exemple d’architecture militaire devenu célèbre au-delà de nos frontières, via une émission de télévision qui se décline aujourd’hui dans plusieurs pays.

Il s’agit de restaurer sa risberme, soubassement de granit découvert seulement lors des gros coefficients de marée, mais aussi de le sécuriser en lui restituant ses ouvrages de protection, réduits à l’état de gravats.

 

 

Un projet coûteux mais unique

"L’opération Sauvons le Fort Boyard 2025-2028 est en grande partie financée par le département", indique Mathieu Barbier, le directeur adjoint de la DEML de Charentes-Maritimes. "Le projet bénéficie aussi de 6 millions de subventions de l’Etat, de la DRAC et du CAUE. Nous sollicitons des mécènes de tous horizons pour aider à réduire l’emprunt contracté : environ 1 million d’euros a été collecté en 2025, auprès d’entreprises et de particuliers, et nous recherchons des grands mécènes pour aider à couvrir les 44 millions d’euros que coûte la restauration du fort."

 

 

En mer et sur terre

À l’été 2025, les premiers travaux de terrassement autour du fort ont permis de commencer à préparer les lits de pose d’un éperon, au nord du parfait ovale de pierre, et d’un havre d’abordage, à son autre extrémité. Interrompus avec l’arrivée de la mauvaise saison, les travaux de l’assise ont repris en avril.

Les ouvrages sont quant à eux, préfabriqués en cale sèche. Travailler à terre permet de s’affranchir des fortes contraintes rencontrées en mer et d’atteindre les objectifs en termes de rendu architectural et patrimonial, tout en garantissant un niveau élevé de sécurité, de précision et de qualité patrimoniale pour ces ouvrages, conçus pour protéger durablement le fort.

Construire des ouvrages monolithiques permet de les mettre en flottaison pour les remorquer jusqu’au site.

 

Les ouvrages de protection contre les courants et la houle sont reconstruits à l’identique mais avec les technologies et les matériaux actuels. © EJH

 

 

Le port de Saint-Nazaire, seul lieu adapté à la préfabrication

Groupe spécialisé dans les travaux maritimes et fluviaux, Spie Batignolles ETPO est mandataire du groupement conception et construction, aux côtés d’Architecture Patrimoine et BRL Ingénierie. Nantes Saint-Nazaire Port met à sa disposition une infrastructure portuaire à la dimension du chantier.

Depuis octobre 2025, les équipes d’ETPO s’activent dans et autour de la forme de radoub n°1, la plus vaste du port, avec ses 30 mètres de large qui suffisent tout juste à contenir les deux monstres d’acier et de béton. Coffreurs, armaturiers et grutiers : une cinquantaine de personnes formées spécifiquement aux ouvrages de génie civil interviennent de manière coordonnée pour réaliser en parallèle le havre et l’éperon.

 

Une grue sur rails avec 70 m de flèche est indispensable aux opérations de levage lourd. Et pour la construction du havre a été ajoutée une grue à tour d'une capacité de 25 tonnes, d’une portée de 75 m et haute de 46 m, capable de se déplacer sur 170 m de voie. © Imagine Créations

 

 

Des "boîtes" flottantes

L’éperon brise-lames protègera le fort contre la houle et les courants, évitant la transmission d’efforts au fort. Long de 27,1 m, large de 42,3 m et hauteur de 9,9 m, il utilisera 981 m3 de béton, pour une masse de 2 450 t.

Le havre protègera l’arrière du fort, partie la plus détériorée en pied d’ouvrage à cause d’un effet de vortex de la houle. Il offrira aussi un accès nautique dans son "mini-port". Long de 28 m, large de 27,8 m à 39,9 m et haut de 10,9 m, il se composera de 1 451 m3 de béton, pour une masse totale de 3 850 t en phase de flottaison. Car pour flotter, le havre doit être temporairement fermé sur tous ses côtés. Pour libérer l’accès aux bateaux, deux parties seront découpées une fois sa mise en place effective. En attendant, ces deux murs sont constitués de voiles de béton armé de fibre de verre, prévus pour être découpés plus facilement.

 

De curieuses silhouettes s’élèvent au fur et à mesure que les voiles en béton prennent forme, à raison de 4 500 tonnes de béton et d’armature par ouvrage. © Imagine Créations

 

 

Des bétons adaptés aux contraintes

Parmi les nombreux sous-traitants intervenant dans le projet, le partenaire Edycem fournit différentes formulations de bétons adaptés aux zones de marnage (classé XS3), de compositions spécifiques, avec une durabilité supérieure à 100 ans.

Du fait de la forte densité de ferraillage – espacement maximal de 10 cm –, la granulométrie des gravillons est fine, avec un diamètre 11 (et de 22 mm pour certaines pièces préfabriquées). L’enrobage minimal en béton est de 55 mm. Au total, 2 500 m3 de béton à empreinte carbone réduite VITALISS® Score B seront mis en œuvre dans les deux ouvrages. Après de nombreux essais, un ciment CEM V PES – faiblement chargé en clinker – a été retenu pour que la couleur du béton s’accorde avec celle du granit de la risberme. Un important savoir-faire en coffrage et en finition matricée va restituer fidèlement l’aspect granitique du fort.

Plus de détails de ce long travail dans l’épisode 2 !

 

La construction des deux radiers a été réalisée courant janvier. Ces dalles porteuses de béton armé épaisses de 55 cm supportent de hauts voiles en béton à l’armature serrée. © EJH

 


Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson / © EJH

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