Financement du terrorisme : le cimentier français Lafarge "prend acte" de sa condamnation

Selon un communiqué transmis à l'AFP, Lafarge, reconnu coupable de financement du terrorisme en Syrie en 2013-2014, a déclaré prendre "acte" de la décision, et "examine actuellement le raisonnement du tribunal".

"Messieurs les policiers, veuillez procéder à l’arrestation de messieurs Lafont et Herrault" : c'est la phrase choc prononcée lundi 13 avril 2026 par la présidente du tribunal correctionnel de Paris, Isabelle Prévost-Desprez, au terme de près de quatre heures de lecture du jugement comme d'un procès historique. En effet, c'est la première fois qu'une multinationale est jugée en France pour avoir financé des organisations terroristes.

Le tribunal correctionnel de Paris a donc reconnu Lafarge coupable de financement d’entreprise terroriste dans le cadre de son activité en Syrie au début des années 2010. Le groupe prend acte de la décision et indique examiner ses suites, alors que les faits jugés remontent à plus d’une décennie.

 

 

Une décision judiciaire sur des faits remontant à plus d’une décennie

Lafarge SA a indiqué prendre acte de la décision du tribunal, rendue à l’issue d’une procédure portant sur des faits survenus il y a plus de dix ans, en violation selon l’entreprise de son code de conduite interne. Devenue depuis une entité intégrée au groupe suisse Holcim à la suite de la fusion intervenue en 2015, la société précise que cette décision s’inscrit dans le traitement d’un dossier ancien et qu’elle en examine actuellement le raisonnement juridique.

Au côté de Lafarge étaient jugés l'ancien PDG du cimentier français Bruno Lafont, cinq ex-responsables de la chaîne opérationnelle ou de la chaîne de sûreté et deux intermédiaires syriens, dont l'un est visé par un mandat d'arrêt international.

Dans ce dossier, le groupe français est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), plusieurs millions d'euros à des groupes rebelles jihadistes – dont certains, comme l'organisation État islamique (EI) et Jabhat al-Nosra, ont été classés comme "terroristes" – afin de maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie. Alors que les autres multinationales avaient quitté le pays en 2012, Lafarge n'a évacué cette année-là que ses employés de nationalité étrangère, et maintenu l'activité de ses salariés syriens jusqu'en septembre 2014, date à laquelle l'EI a pris le contrôle de l'usine.

 

 

Lafarge coupable de financement d’entreprise terroriste

Le tribunal a reconnu Lafarge coupable de financement d’entreprise terroriste pour des paiements effectués en 2013 et 2014 via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), pour un montant estimé à 5,6 millions d’euros. 

Dans ce dossier, la société avait déjà conclu en 2022 un accord aux États-Unis, avec le paiement d’une amende de 778 millions de dollars dans le cadre d’un plaider-coupable.

En France, le tribunal correctionnel de Paris a prononcé une amende maximale de 1,125 million d’euros pour financement du terrorisme, ainsi qu’une amende douanière de 4,57 millions d’euros infligée solidairement avec quatre anciens cadres pour non-respect des sanctions financières internationales.

 


Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © Freepik

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