Du bois pour les JOP2030 dans la tourmente

La mission France Bois 2030, lancée au 15e Forum International Bois Construction, doit accompagner les installations olympiques et surtout la phase successive héritage, mais elle est déjà confrontée aux délais.

Mettre du bois dans les Jeux est une histoire ancienne. En 1924 à Paris, le village olympique de Colombes était en chalets. À Albertville dans les Alpes en 1992, le tout jeune CNDB lancé avec le soutien du ministère de l’agriculture se faisait les dents de lait sur des installations largement bétonnées. Pour Paris 2024, comme l’attribution avait eu lieu quasiment au même moment que la COP21, il a semblé logique de développer une approche bas carbone et, menés par Luc Charmasson et Georges-Henri Florentin, le lobbying a été fort en amont au niveau du programme, notamment du Village des Athlètes, et plus mesuré à mesure que les groupements de promotion prenaient la main. Le volume de bois rétrécissait peu à peu par rapport aux premières prévisions, mais France Bois 2024 pouvait tabler sur la surperformance de la part de bois français. L’hybride à partir de R+7 est devenu béton avec FOB, ce qui n’était déjà pas si mal et demandait un gros travail d’ATEX (malheureusement de cas B) souvent regroupées.

 

 

Objectif Héritage

Le lancement de la mission France Bois 2030, pour accompagner les JOP 2030 dans les Alpes françaises, n’a pas donné lieu à un bilan public du travail de France Bois 2024. Au moins, les financeurs de la filière ont décidé de reconduire la formule pour essayer de faire mieux.

En principe, 2030 est la grande année qui balise la neutralité carbone de 2050, et dans ce contexte, construire très bas carbone est une évidence. Le Comité Olympique lui-même a évolué progressivement dans ce sens. Par ailleurs, les Alpes sont résineuses, industrialisées en termes de filière de construction bois et les deux interprofessions qui couvrent les Alpes, FiBois Aura et FiBois Sud, pleinement engagées. L’enjeu principal est moins le déroulement des Jeux que la perspective d’une reconversion fondamentale de toute cette région confrontée à la fonte des glaciers, aux éboulements, au manque de neige et à la nécessité de repenser l’or blanc en or vert.

 

Gérard Gautier, président de la Mission France Bois 2030, sous le Quadrilogue au Forum International Bois Construction du Grand Palais en février dernier. ©David Boureau urbamutability

 

 

Un atelier dédié longuement mûri

France Bois 2030 était dans les starting blocks à temps. Depuis l’été 2025, Olivier Gaujard, vice-président de FiBois Sud et cheville ouvrière de la mission en constitution, préparait un atelier dédié pour la 15e édition du Forum, centré sur deux sujets, la rénovation des stations de sport d’hiver et les ponts en bois. De fait, la perspective des Jeux entraîne un prolongement d’une autoroute couplée avec la réalisation de ponts en bois sur lesquels travaille le BE Arborescence.

Opportunément, une nouvelle mouture de l’ouvrage français de référence du génie civil sur les ponts en bois est publiée et présentée aux quatre coins du monde (Nouvelle-Zélande, Autriche…). Il s’agit là d’un vrai pont entre les Jeux de 2024 et ceux de 2030, puisque Georges-Henri Florentin avait réussi à faire construire l’élégante passerelle de Dugny réalisée ensuite par Exploration Architecture avec la collaboration du spécialiste européen Miebach, puis Simonin innovant avec le recours à sa technique de goujons collés RESIX. Une sorte d’effet d’entraînement est constatée avec la passerelle de Bondy inauguré fin 2025 (Aldo Turchetti Architectes, BI et AIA Ingénierie).

 

France Bois Forêt et le Codifab soutiennent l'initative France Bois 2030. © David Boureau urbamutability

 

 

Des JOP qui démarrent dans le doute

Pour le volet héritage de réhabilitation des stations de sports d’hiver, Roux Entreprise livre en automne 2025, opportunément, une opération à Avoriaz, tandis que les étudiants d’architecture de Malaquais, avec Pascal Gontier et Milena Karanesheva, planche sur la reconversion d’une autre petite station de moyenne altitude confrontée au déficit de neige. Tandis que la programmation de l’atelier B9 du vendredi 27 février se solidifie, il manque toujours le vote de la loi-cadre sur les JOP 2030. S’ajoutent des bisbilles au sein de la Solidéo. Conscients de l’opportunité de l’atelier dédié et du Forum au Grand Palais, les acteurs de la mission tentent d’y placer un lancement officiel qui bute sur la validation de leur identité visuelle, autorisée in extremis. La présentation de la mission sous le Quadrilogue, au Grand Palais, renvoie à une grande réunion prévue à Marseille en mars, où la filière bois est présente en bloc pour affirmer son intention de prendre part aux développements économiques des ces jeux d’hiver. Las, les élections municipales rebattent les cartes à Nice et remettent en cause une partie du concept de la Solidéo.

 

 

Une visée qualitative

Ce contexte met l’accent sur l’impératif des délais et fait oublier l’acceptabilité citoyenne et sociale mise à mal en Italie cet hiver, face à des "jeux sans neige", sans oublier le déclenchement de la guerre d’Iran avant la fin des JOP, une manie depuis 2022.

France Bois 2030 préfère ne pas claironner sur des objectifs de part du bois ou biosourcés ou de part du bois français, dans un contexte encore trop incertain. Ce qui permet aussi de ne pas entrer dans les polémiques entre le bois de France et le bois des Alpes. L’objectif est plutôt qualitatif. Premièrement par une parfaite interaction avec la Solidéo et un accompagnement optimal des acteurs du BTP qui réaliseront les travaux, puis par le choix de pousser des sujets comme les ponts en bois, la rénovation des stations, mais aussi le recours au travail sous chapiteau.

Parallèlement, la préfabrication évidente dans la construction bois devrait constituer un atout pour tenir les délais, dans un contexte différent de celui des JOP de 2024, moins prospère et avec des capacités de production plus étoffées.

 

Olivier Gaujard, maître d'œuvre de la mission et modérateur de l'atelier dédié B9 au Forum. © David Boureau urbamutability

 

 

France Bois 2030, c’est aussi 2030

Avec le concours de la caisse de résonnance du Forum, la mission France Bois 2030 a certes assez à faire pour accompagner la préparation des JOP 2030. Mais elle constitue également un fer de lance pour que le BTP français atteigne des objectifs émissifs d’ici 2030 malgré le flou coupable qui est actuellement pratiqué sur les objectifs du monde de la construction face à un objectif général qui rabaisse les émissions à 270 Mt par an, tandis que, de fait, le BTP est le premier émetteur de GES français si on arrête de se voiler la face.  

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © David Boureau urbamutability  

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