La trêve hivernale est terminée et les expulsions locatives repartent à la hausse, laissant des milliers de ménages, souvent fragiles, sans solution de relogement.
Alors que la trêve hivernale vient de s’achever, la question des expulsions locatives revient au premier plan, dans un contexte de crise du logement persistante et de durcissement des politiques publiques. Entre hausse des procédures et critiques d’associations, le sujet cristallise les tensions.
Fin de la trêve hivernale et reprise des expulsions
Instaurée en 1956, la trêve hivernale suspend chaque année les expulsions locatives ainsi que les coupures d’électricité et de gaz entre le 1er novembre et le 31 mars, soit durant les mois les plus froids. Mais à l’issue de cette période, les chiffres témoignent d’une nette accélération : en un an, les expulsions réalisées avec le concours de la force publique ont progressé de 27 %, atteignant 30 500 interventions, selon les commissaires de justice. Un niveau deux fois supérieur à celui observé en 2016.
Cette hausse s’inscrit dans une tendance plus large. En 2024, les expulsions avaient déjà bondi de 87 % par rapport à l’année précédente, sous l’effet conjugué de la crise du logement et du traitement différé de nombreux impayés hérités de la période Covid.
Un durcissement contesté par les acteurs du logement
Cette dynamique suscite de vives critiques du côté des associations. Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au Logement (DAL), dénonce une politique qui pourrait encore amplifier le phénomène, accusant le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, de vouloir accélérer les expulsions. Ce dernier revendique en partie l’inspiration du modèle canadien, caractérisé par des procédures plus rapides en cas d’impayés, mais aussi par un accès au logement facilité grâce à des exigences moindres en matière de garanties. L’objectif affiché : rétablir la confiance entre propriétaires et locataires, condition jugée essentielle afin de résorber la crise.
Sur le terrain, les acteurs sociaux dressent toutefois un constat préoccupant. Marie Rothhahn, de la Fondation pour le logement des défavorisés, alerte sur un affaiblissement des protections, notamment dans un contexte d’aggravation de la précarité. Les structures d’aide observent une hausse des demandes émanant de publics fragiles, en particulier des femmes seules avec enfants et des personnes âgées.
Selon une étude de la Fondation, près d’un tiers des ménages expulsés restent sans solution de relogement durable, parfois plusieurs années après leur expulsion. Un chiffre qui illustre la profondeur de la crise.
Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © Freepik