Grande Halle d’Hennebont : l’architecture qui fait danser le bois et la lumière

Au cœur du Haras national d’Hennebont, la Grande Halle équestre redéfinit l’art de la mise en scène architecturale en alliant structure bois spectaculaire, jeux de lumière et ventilation naturelle.

Le Haras national d'Hennebont, l’un des cinq pôles équestres de Bretagne, puise ses origines en 1856 à Hennebont, dans le Morbihan, autour de l’ancienne abbaye de la Joie. Inauguré par Napoléon III le 15 août 1858, il est classé monument historique depuis 1995.

Durant plus d’un siècle, le haras a assuré une mission d’étalonnage public, mettant des étalons – majoritairement de race Breton – à disposition des éleveurs de la région. Cette vocation s’est progressivement estompée entre 2007 et 2016, avec le transfert de la gestion de l’État vers un syndicat mixte, tandis que la société hippique nationale, créée en 1964, a cessé ses activités en 2019. 

 

 

Aujourd’hui, le Haras national d'Hennebont s’est tourné vers le tourisme, proposant un espace de découverte du cheval, une école d’attelage, et accueille tout au long de l’année spectacles, manifestations et événements, dont un marché de Noël. © Yon de Poncins

 

Le Haras national d’Hennebont possède un patrimoine bâti d’une richesse exceptionnelle : au total, 32 bâtiments composent le site, pour près de 10 000 m2 de surfaces couvertes. La gestion de cet ensemble se fait en étroite collaboration avec l’architecte des bâtiments de France, garantissant la préservation de son caractère historique. L'agence K Architectures était chargée de la rénovation des écuries ainsi que de la création d'une nouvelle halle de spectacles équestres avec une piste d’évolution équestre de 19 m de diamètre, un rectangle de 39 m x 20 m et une jauge de 700 places assises. Le tout pour une surface de 1 464 m2, un budget de 3,6M€ et des travaux achevés fin 2025.

 

 

Une architecture qui dialogue avec l’histoire

La nouvelle halle de spectacle équestre prend place dans la cour du Puits, l’une des deux cours du Haras national. Elle s’élève à dix-sept mètres, redessinant l’horizon du site avec présence et sobriété. Son volume élancé dépasse les écuries napoléoniennes et fait écho aux toitures d’ardoises des longères anciennes, évitant toute rupture avec le contexte historique. L'agence K Architectures a voulu "convoquer une écriture classique pour entrer en résonance avec l’âme du lieu".

Le projet s’inspire des premiers cirques sédentaires en bois et des halles du XVIIe siècle, de Questembert à Plouescat. Mais l’influence majeure reste celle de Victor Baltard. Le marché Secrétan, l’une de ses œuvres les plus abouties, a nourri les premières esquisses et orienté la conception de la halle.

 

Les influences de l'agence K Architectures. © Agence K Architectures

 

Les lanterneaux successifs, hérités de cette tradition, permettent d’illuminer naturellement la nef comme de ventiler le bâtiment. Le volume sous cintre est ainsi amplifié, et la toiture fractionnée allège l’ensemble. Le résultat ? Un édifice qui s’intègre au site tout en affirmant sa propre identité.

 

 

 

Les pans de toiture mêlent ardoises rectangulaires, héritage de l’architecture napoléonienne, et ardoises arrondies au tracé plus moderne. La modénature des versants se réinvente en un vocabulaire graphique inspiré des cirques. Grâce à ce jeu de triangulation, le toit s’allège et gagne en fantaisie, rompant avec la rigidité classique. © Yon de Poncins

 

 

Une architecture éphémère devenue pérenne

À l’intérieur, la charpente forme une voûte spectaculaire, créant un espace dont la puissance rappelle la halle de Questembert. Le projet s’inspire des cirques du XIXe siècle, en reprenant leur stabilité, tout en intégrant l’ingéniosité des structures semi-mobiles, conçues pour être montées rapidement.

La charpente repose sur trois gabarits modulaires, chacun dupliqué quatre fois. Les éléments sont usinés avec précision et assemblés sur site, ce qui permet un chantier fluide et maîtrisé. L’objectif structurel était clair : libérer complètement la halle de tout point porteur et ouvrir deux de ses quatre façades. Des arches en escalier supportent des poutres à treillis qui enjambent les façades.

 

 

L'ensemble donne une piste totalement dégagée, offrant depuis la cour des Puits une vue panoramique sur les écuries historiques, intégrant le spectacle équestre à son écrin patrimonial. © Yon de Poncins

 

Dès l’entrée, le regard est happé par la voûte qui s’élève au-dessus de la piste. La façade reste discrète, presque effacée, pour mieux révéler l’intérieur. Sous l’éclairage tamisé, la charpente bois arquée se déploie comme un chapiteau forain, et chaque courbe, soulignée par la lumière, crée un ballet de formes et d’ombres habillant l’espace. Les structures secondaires et les équipements techniques se fondent dans l’obscurité, laissant la charpente devenir la véritable star du lieu. L’atmosphère qui se dégage est à la fois intime et festive, idéale pour les spectacles équestres comme les performances artistiques.

La halle surprend également par sa flexibilité. Sa façade coulisse par larges pans derrière de fins trumeaux, abolissant la frontière entre la piste et le Haras. Entre les représentations, le lieu s’ouvre sur son environnement, offrant aux visiteurs une vision panoramique des écuries historiques et faisant entrer l’histoire du site dans chaque représentation.

 

 

Enveloppe de bois et de lumière : harmonie entre usage et durabilité

Les façades qui encadrent la cour du Puits déploient une trame de bois rigoureuse, créant depuis l’intérieur l’image d’un cœur chaud et protecteur. Les panneaux crénelés, disposés horizontalement, dialoguent avec la légèreté des persiennes qui ferment les redans de toiture, alliant subtilité graphique et continuité formelle.

Deux anneaux lumineux, doublés de ventelles orientables, filtrent la lumière naturelle pour la diffuser avec douceur au centre de l’arène. En journée, les rayons frappent les arcs et révèlent la complexité des treillis de bois, exposant toute la puissance du squelette architectural depuis la piste.

Cette strate haute n’a pas qu’un rôle esthétique. Elle agit comme un véritable poumon de la halle, ventilant naturellement l’espace. Les ventelles régulent les flux d’air et fonctionnent comme des abat-sons, garantissant le calme nécessaire lors des spectacles équestres. Ouverts vers le ciel, ces anneaux complètent le dispositif de "cheminée thermique" inspiré de Victor Baltard, assurant un confort climatique passif et durable.

 

 

 

La Grande Halle s’inspire des formes élégantes du XVIIe au XIXe siècle tout en intégrant les exigences environnementales contemporaines. Les matériaux, principalement biosourcés pour le bois et géosourcés pour l’ardoise, confèrent à l’édifice une dualité remarquable : à la fois massif et léger, solide mais délicat. Le projet affirme une architecture fonctionnelle et réfléchie, où esthétique et patrimoine se conjuguent pour offrir un bâtiment pérenne et harmonieux. © Yon de Poncins

 


Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Yon de Poncins

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