Face aux tensions au Moyen-Orient, la Fédération française des industriels de la préfabrication béton alerte sur une hausse inévitable des coûts, faisant planer le risque de reports de chantiers.
Dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient, la filière construction se retrouve de nouveau sous pression. Hausse des coûts des matières premières, incertitudes sur les approvisionnements, fragilité persistante de l’activité : l’ensemble de l’écosystème BTP redoute un nouvel épisode inflationniste. Une menace sérieuse, et d’autant plus préoccupante que le secteur amorçait à peine une phase de stabilisation après plusieurs années de turbulences.
Préfabrication béton : la filière alerte sur une flambée des coûts
La FIB (Fédération française des Industriels de la préfabrication Béton) pointe une hausse marquée du coût de ses principaux intrants – ciment, acier, énergie, carburants – et évoque une "augmentation inévitable" qui pourrait peser directement sur le prix final des ouvrages. Au-delà de l’impact immédiat, la filière redoute un effet domino sur l’activité. Certains projets pourraient être reportés, dans un environnement déjà fragilisé.
La Fédération française des industriels de la préfabrication béton, qui indique représenter une filière de 18 500 emplois pour un chiffre d’affaires – hors taxes et hors transport – proche de 3 milliards d’euros, en appelle aux pouvoirs publics afin de prendre les mesures nécessaires pour "réduire l’impact de ces hausses".
"Alors que l’année 2026 s’annonçait sous des auspices plus favorables pour notre secteur, le contexte de crise internationale suscite aujourd’hui de vives inquiétudes parmi nos entreprises adhérentes, qui voient leurs perspectives de reprise s’éloigner", alerte Jacques Plattard, ici en photo le président de la FIB. © FIB
Artisans du bâtiment : la CAPEB exige un bouclier face à la flambée des coûts
De son côté, la CAPEB met en garde contre les effets d’éventuelles hausses de prix sur ses adhérents, déjà sous tension, tout en saluant les efforts de certains acteurs pour encadrer les augmentations. L’organisation demande également à l’État de réactiver le comité de crise interministériel dédié au bâtiment, mis en place lors de la flambée inflationniste consécutive à la guerre en Ukraine, afin de suivre de près l’évolution des prix et prévenir toute dérive.
Fragilisé depuis plus de neuf trimestres, le secteur de l’artisanat du bâtiment accuse une baisse d’activité proche de 4 % et la perte de 30 000 emplois. Dans ce contexte déjà dégradé, les tensions internationales font craindre un nouveau choc, notamment via une hausse des prix des matériaux comme de l’énergie, que les entreprises, déjà sous pression, peineraient à absorber.
Par la voix de son président, , la CAPEB appelle à une mobilisation collective afin d'éviter une nouvelle spirale inflationniste. Elle exhorte également industriels et distributeurs à limiter l’impact des hausses tarifaires, tout en saluant les engagements pris lors de la précédente crise liée à la guerre en Ukraine, notamment en matière de délais de prévenance. Face à la hausse des carburants – et en particulier du GNR –, la CAPEB plaide aussi pour un soutien de l’État afin de préserver les conditions d’exploitation des entreprises.
En parallèle, l’organisation a relancé son observatoire des prix pour suivre l’évolution de l’inflation et appelle à des mesures concrètes pour soutenir l’activité, notamment en facilitant l’accès aux marchés et en faisant évoluer certains dispositifs comme le RGE, dans un contexte économique jugé particulièrement incertain.
La FFB réclame un observatoire
Depuis plusieurs jours, artisans et entrepreneurs du bâtiment voient affluer des annonces de hausses tarifaires sur les matériaux, tandis que INSEE révise légèrement à la baisse ses prévisions de croissance. Une conjoncture certes plus incertaine, mais encore loin des déséquilibres majeurs observés en 2022-2023.
La FFB rappelle qu'à ce stade, le secteur ne fait face à aucune pénurie : les tensions restent circonscrites à certains produits, directement exposés aux fluctuations énergétiques ou aux perturbations logistiques, avec des évolutions de prix jugées progressives. Dans ce contexte, la FFB s’interroge sur la multiplication d’annonces préventives de hausse, qu’elle estime difficilement justifiées au regard de la situation réelle des marchés.
L’organisation professionnelle plaide ainsi pour la création rapide d’un observatoire public d’établissement du prix des matériaux de bâtiment. Il permettrait de prolonger ce qui se pratique pour certains marchés du BTP, avec des révisions de prix calées sur les index BTP calculées par l’INSEE. En parallèle, la fédération demande que les entreprises du secteur, notamment les plus exposées aux coûts de transport, bénéficient de dispositifs comparables à ceux accordés à d’autres branches.
Par la voix de son président, Olivier Salleron, la FFB en appelle à la responsabilité collective. Elle invite également les pouvoirs publics à soutenir explicitement la généralisation de marchés – publics comme privés – à prix révisables, considérés comme le seul levier efficace pour absorber des variations de coûts encore difficiles à anticiper. Un enjeu crucial. Car, à l’heure où la filière amorce un frémissement de reprise, toute dérive inflationniste incontrôlée pourrait fragiliser une dynamique encore précaire.
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