Une start-up familiale réinterprète la charpente en bois de style Renaissance

A l’heure de la menace climatique qui pèse sur les forêts, G.Du.Bois veut construire en éléments courts massifs en feuillus, sans colle ni vis, en commençant par son "usine cathédrale" dans les Yvelines (78).

Le système constructif proposé par la start-up familiale G.Du.Bois associe, selon une réinterprétation de la charpente de l'architecte de la Renaissance, Philibert Delorme, des éléments courts et massifs en chêne ou châtaignier, usinés par un portail Comec, et solidarisés par des tourillons en hêtre. Une usine "cathédrale", car dotée de cette charpente voûtée, doit être construite en 2024 dans les Yvelines (78) pour produire ces éléments de charpente. Elle devrait servi également de show-room. G.Du.Bois propose ainsi une alternative aux charpentes en lamellé-collé en résineux, et aux charpentes le LVL de hêtre.

 

L’usinage numérique pour montages manuels

 

Les premiers brevets sont déposés, le robot Comec est bien en main. Le recours au tourillonnage a été testé sur la fabrication de centaines de chaises. L’ONF Normandie a fourni la matière première pour les échantillons de charpente. Le FCBA se penche sur l’approche de G.Du.Bois, l’usine permettant de produire les charpentes et dessinée en détail. Le plan et la disposition spécifiques des machines est abouti. La formation sur Top Solid est avancée. Les fonds pour la construction de l’usine dans les Yvelines sont rassemblés (6 millions d’euros). Le site est en cours de commercialisation. Bref, les choses sont en train d’avancer vite pour G.Du.Bois.

 

Chaise pliante tourillonnée et optimisée en nombre de pièces, petite entrée en matière de l'écolier Galilé Bernard.

 

Il ne s’agit pas de gagnants du concours Lépine. L’approche de la charpente en petits bois remonte à un inventeur français perçu comme le principal inventeur en termes de charpente depuis l’antiquité : Philibert Delorme, homme de la Renaissance, également à l’origine du lamellé-collé. L’approche d’Eric et de Galilé Bernard, père et fils, fondateurs de la start-up G.Du.Bois, c’est simplement d’utiliser la robotique Comec pour usiner les pièces courtes, et les tourillons en hêtre pour les assembler entre eux.

 

Comec, c’est un portail numérique petit format. Tourillonner, c’est créer des assemblages en misant sur la différence de dilatation du hêtre et d’autres essences : le tourillon en hêtre est fiché dans une pièce de bois perforée et gonfle à l’air ambiant de façon à créer un assemblage pérenne sans colle ni vis.

 

A l’époque, Delorme palliait au manque de bois. Aujourd’hui, il s’agit d’exploiter en bois d’œuvre une part plus importante des grumes de chêne et de châtaignier, notamment en exploitant les surbilles. Ainsi, le capital carbone du feuillus français peu être stocké dans les constructions, notamment les surélévations. D’autant que les planches de faible longueur utilisées conviennent à la fois pour mieux exploiter la matière, et pour dessiner des courbures.

 

L’esprit de la Renaissance transposée au Collaps climatique

 

C’est exactement la solution constructive attendue pour la catastrophe écologique qui détruit actuellement la forêt française. Il faut sortir de la forêt les feuillus dépérissants afin d’empêcher le relargage de leur carbone, planter de nouvelles essences et exploiter massivement le bois récupéré pour en conserver le carbone sur une très longue durée. De fait, les assemblages bois/bois permettent un démontage et une réutilisation. Bref, comme l’écrit le poète allemand Hölderlin, là où est le danger pousse aussi le remède.

 

La charpente selon Philibert Delorme, mode crise climatique 21e siècle.

 

Les initiateurs ne sont pas des rigolos. Eric Bernard est un compagnon tailleur de pierre qui a suivi plus récemment une formation complète d’architecte avec un DEA obtenu à l’ENSA Paris Malaquais. Son jeune fils Galilé a développé l’idée de créer des meubles en bois par tourillonnage dès son école d’arts appliquée. L’acquisition du robot Comec et ses possibilités réduites d’usinage en termes de volume de pièce a rappelé au tailleur de pierre l’enseignement du maître de la Renaissance.

 

La construction bois du 21e siècle

 

La charpente proposée par G.Du.Bois est très belle ! Son élégance est tout aussi outrageante pour le monde de la charpente que l’oubli par la profession de remettre au goût du jour ce savoir-faire ancestral, à l’exception peut-être du travail de l’ingénieur bois Jacques Anglade, et l’incapacité actuelle de développer des solutions autres que résineuses et collées.

 

 

G.Du.Bois, c’est la charpente frugale par excellence, elle permet aussi de l’auto-construction car le poids des pièces en bois est limité à 35 kg. Cela dit, comme le précise Eric Bernard, s’il s’agit de bâtir des Erp (établissements recevant du public), l’option sera plutôt de tourillonner les pièces en atelier. Cerise sur le gâteau, le site de la future "usine cathédrale", en amont d’une mégapole de 8,5 millions d’habitants, offre une desserte fluviale. On peut imaginer les barges plates dénommées Zoulous, à propulsion hydrogène vert, venir charger avec leur grues intégré les pièces de charpente de 35 kg et les tourillons, voire des arcs constitués, afin d’atteindre sans bouchon et sans produire de bouchon des chantiers de la grande zone urbaine, jusqu’au département 77. Bref, avec le projet fou de G.Du.Bois, la région parisienne tient le maillon manquant pour développer une véritable construction durable.

 

 


Source : batirama.com/Jonas Tophoven/© G.Du.Bois

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