L'avenir du béton, décarboné et circulaire, se dessine dans les centres R&D Lafarge

Les investissements sont massifs, et les innovations sont nombreuses : Lafarge et sa maisons-mère, le groupe Holcim, sont tournés vers l’avenir du béton. Le point sur les recherches actuelles.

120 millions d'euros ont été investi dans l'usine de Martres-Tolosane © Lafarge

 

 

Tandis que le groupe Holcim a annoncé le premier clinker au monde 100% recyclé le 17 juin, Lafarge, filiale d’Holcim, continue également d’innover et surtout d’investir massivement. Selon Loïc Leuliette, directeur communication de Lafarge, de tels investissements n’avaient pas été réalisés par l’entreprise en France depuis 20 ans.

 

 

Loïc Leuliette, directeur de communication à Lafarge, a répondu à Batirama au sujet des récentes innovations annoncées par Holcim et Lafarge. © Lafarge

 

 

"A Martres-Tolosane près de Toulouse, le groupe Holcim a investi 120 millions d’euros pour construire une toute nouvelle ligne de production qui va permettre mécaniquement d’abaisser de 20% l’empreinte carbone de sa production. Tandis qu’à Saint-Pierre-La-Cour en Mayenne ce sont 40 millions d’euros qui sont investis dans une ligne de production d’argile calcinée, une addition au ciment qui permet de faire baisser considérablement son poids CO2. A la Malle, entre Aix-en Provence et Marseille, c’est l’outil industriel existant qui va s’adapter à la production d’argile calcinée et la capacité de l’usine de traiter de la biomasse comme combustible alternatif va être largement augmentée."

 

"Le secteur cimentier qui pendant longtemps ne se questionnait pas beaucoup, est depuis quelques années poussé par l’urgence climatique, par la pression réglementaire et par les préoccupations du marché. Il est donc en plein milieu d’un grand virage écologique. Et c’est passionnant," conclut-t-il.

 

Les aides de France Relance dans le cadre de la décarbonation de l’industrie et dont les projets Lafarge ont bénéficié pour 5 de ses projets, sont selon lui "une belle reconnaissance" de l’engagement de l’entreprise vers le bas carbone.

 

Si Lafarge se dit “à la pointe” de ce mouvement, c’est certainement aussi lié à la présence en France, à L’Isle d’Abeau en Isère, du plus grand centre de R&D du groupe Holcim. Créé en 2000, plus de 200 chercheurs y travaillent, principalement sur des sujets liés au carbone.

 

 

Des bétons bas carbone, à la résistance mécanique identique

 

 

Qu’est-ce qu’un béton bas carbone ? La définition est encore floue. "Chez Lafarge, on estime qu’un béton est bas carbone à partir de - 30 % de réduction de C02, tandis que certains de nos concurrents parlent de bas carbone dès 20 % de réduction", indique Loic Leuliette. "Notre offre de bétons bas carbone, regroupés sous la marque mondiale EcoPact, est aujourd’hui la plus large du marché. Elle propose des bétons dont la réduction de CO2 est comprise entre -30 % et au-delà de -70 % par rapport à un béton classique", ajoute-t-il. "Et bien sûr tous nos bétons sont certifiés EN 206, c’est-à-dire que leur résistance mécanique est identique au béton classique. Ils peuvent être utilisés pour tous types de bâtiments."

 

Lafarge propose également des ciments bas carbone, regroupés sous la marque EcoPlanet, allant de -30% à -90% d’émissions de CO2 par rapport à un ciment classique,

 

 

L’avenir du béton encore assuré

 

 

Bien que l’utilisation du bois soit encouragée par la RE2020, pour Lafarge, le béton ne peut pas être détrôné. "Depuis des générations, le béton a été le moyen de construire le plus accessible, et le plus commode. Nos sociétés sont confrontées durablement à une pénurie de logement à laquelle il va falloir répondre. Le bois est de plus en plus présent aujourd’hui en construction, mais sa disponibilité et l’augmentation des prix sont des freins à grande échelle. Le béton est une ressource locale et économique : produit au plus près des besoins, il n’y a pas de pénurie. C’est aussi une ressource faite à partir d’éléments naturels, de minéraux. C’est une matière neutre, inerte dans l’environnement. On construit même des récifs artificiels en béton qui permettent d’accueillir des organismes marins ! En faisant baisser son poids carbone, et on y parvient largement aujourd’hui, et en prônant le principe de la bonne quantité au bon endroit, il ne reste plus qu’à convaincre les gens que le béton a beaucoup changé et que les bétons d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’autrefois" précise le directeur de communication.

 

 

Du béton circulaire à la fin de l’année ?

 


Holcim vient de faire une annonce retentissante, une première mondiale, la fabrication dans son usine d’Altkirch en Alsace du premier clinker 100% recyclé. Si le béton de démolition est effectivement 100% recyclable, il l’est souvent prioritairement sous forme de granulat destiné aux sous-couches routières. Le transformer en nouveau clinker qui sera utilisé pour faire du ciment 100% recyclé, puis du béton 100% recyclé, est une avancée majeure pour l’économie circulaire du secteur de la construction. Ce béton 100% recyclé devrait d’ailleurs devenir réalité au troisième trimestre de cette année annonce même Lafarge.

 

"Nous avons utilisé des matières premières alternatives entièrement issues de l'économie circulaire et provenant en grande partie de sources locales. Cela va des cendres de bois jusqu'aux déchets du traitement des minéraux avec une "recette" mise au point par le travail conjoint des experts du Holcim Innovation Center de l'Isle d'Abeau (Isère, Aura) et ceux de la cimenterie", a indiqué François Petry, président Holcim France et directeur général de Lafarge, avant d'ajouter :  "La prouesse, c'est à la fois d'avoir trouvé un procédé et de le mettre en application dans une cimenterie existante, celle d'Altkirch en Alsace."

 

 

360design, un outil au service de tous les projets

 

 

 

360design est un simulateur de l’empreinte CO2 du gros œuvre des bâtiments qui permet aux concepteurs de calculer le poids carbone au m² de leurs projets. Gratuit et accessible à tous, il prend toute sa pertinence avec l’entrée en vigueur depuis le début de l’année de la RE2020, dont les seuils sont même intégrés dans le calculateur de l’outil. Il permet en effet aux utilisateurs de visualiser la position de leur projet par rapport aux nouvelles exigences réglementaires, une performance illustrée par un schéma indiquant clairement les niveaux de dépassement le cas échéant.

 

Le tout est géolocalisé : ainsi le simulateur est capable de proposer plusieurs scenarii d’optimisation pour réduire l’empreinte CO2 du gros œuvre, avec un mix de bétons bas carbone disponibles localement. Enfin cet outil digital Lafarge offre la possibilité d’importer les résultats de la simulation, sous la forme d’un tableau contenant les références des bétons recommandés pour le projet.

 

Son taux de fréquentation actuel a été multiplié par 4 comparé à 2021 : en moyenne c'est un peu plus d'une centaine d'utilisateurs qui se connecte au site quotidiennement. Et il offrira bientôt une nouveauté complémentaire pour répondre à la demande de ses utilisateurs, avec la possibilité de télécharger les FDES béton (courant septembre 2022).

 

 


Source : batirama.com / Emilie Wood

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