Colles et mortiers-colles, l’environnement place l’industrie au pied du mur

Le secteur de la chimie du bâtiment est régulièrement invité à se remettre en question, essentiellement sous le prisme de l’environnement. Des innovations sont disponibles, mais l'effort à produire est immense.

La recherche des industriels les oriente vers des chimies plus respectueuses de la santé des compagnons sur chantiers et affichant une qualité d'air dans les logements après la pose. Photo © Weber.

 

 

Peintures, colles, scellement, additifs et produits de traitement… Le bâtiment fait une consommation importante de produits chimiques. Bien qu’ils soient essentiels, leur nuisance vis-à-vis de l’environnement et de la santé humaine font l’objet d’une prise de conscience, et ces sujets ont progressivement pris le pas. Ainsi, au programme Reach de la fin des années 90 s’est récemment ajouté, mi-octobre 2020, la stratégie européenne de durabilité du domaine des produits chimiques qui vise le zéro pollution, tous secteurs confondus.

 

 

Un virage violent, inadapté au fonctionnement de l’industrie

 


Si l’administration de Bruxelles entend clairement faire de ce pacte vert sur les substances toxiques un bras de levier pour développer une transition écologique de cet important secteur industriel, le virage semble plus difficile à prendre qu’à dire. Début décembre 2021, les organisations représentantes européennes, par la voix du Cefic, Conseil européen de l’industrie chimique, relayés en France par la Fipec (syndicat de la chimie de formulation), ont demandé de constater l’ampleur de la tâche demandée, tant en recherche et développement qu’en investissements dans de nouveaux moyens de production. De manière globale, un tiers des substances deviendraient d’un accès limité, soit près de 12 000 d’entre elles.


Le débat est tel que la Fipec demande à regarder le sujet de façon pragmatique, en demandant par exemple de "prendre en considération les effets positifs de la chimie sur la décarbonation". Traduction : la chimie se révèle indispensable pour exploiter le bois dans la construction ou développer des solutions nouvelles d’isolation thermique par l’extérieur, plus efficaces. Une invitation intelligente à prendre les choses de manière systémique et non "en silo", comme cela est souvent recommandé.

 

 

Déjà de gros efforts d’amélioration

 


Pour autant, de premiers résultats sont constatés dans les allées des négoces, notamment dans l’offre de colles, adhésifs et mortiers. Les angles d’attaque sont la décarbonation et l’abattement des émissions de composés organique dans l’air, que ce soit au profit des applicateurs ou des futurs usagers. Ainsi, nombre de mortiers sont maintenant formulés sans ciment, avec des laitiers, matières hydrauliques qui n’ont pas fait l’objet de cuisson spécifique et consommatrice d’énergie, ou avec de la chaux, moins gourmande en énergie que les ciments. Quant aux COV dans les colles et mastics, ils se retrouvent déjà mis au ban de très nombreuses formulations. Mais il s’agit là d’une petite partie de la formulation des produits, et le plus important reste à faire.

 

Photo © Weber

 

Un marché national, important, concurrentiel et très chahuté

 

 

Le marché annuel des colles et mortiers repose principalement sur quelque 140 millions de mètres carrés posés au sol et au mur, annonce le SNMI, Syndicat national des mortiers industriels. Soit, en volume, environ 480 000 à 500 000 tonnes de colles à carrelage en poudre et d’environ 35 000 à 40 000 tonnes de colle en pâte. Auxquels s’ajoutent celles pour les parquets et revêtments de sols souples. Le SNMI annonce un chiffre d’affaires de 420 M€ annuel et une production issue de plus de 50 sites en France, consommée à 90 % sur le territoire. Depuis la mi-2021, cette industrie est comme beaucoup d’autres aux prises avec les difficultés d’approvisionnement en matières premières et aux négociations ardues de leurs prix, souvent aux prix "spot", c’est-à-dire au jour le jour et au plus haut.

 

 

Réglementation : prendre en compte les performances et les nuisances

 

 

Composés de matières synthétiques et d’additifs, les colles et mortiers-colles pour carrelage sont de plus en plus nombreux à présenter de nouveaux labels environnementaux en raison de l’impact de ces substances sur l’organisme et la santé.


Le plus ancien est l’étiquetage GEV-Emicode qui depuis 25 ans certifie le niveau d’émission composés organiques volatiles (COV) au regard de la norme de test ISO 16000. Ce label distingue trois catégories : EC2 pour les faibles émissions (moins de 300 µg/m³ de COV après 28 jours) ; EC1 pour les très faibles émissions (moins de 100 µg/m³ de COV après 28 jours) ; EC1 Plus pour les émissions plus faibles encore (moins de 60 µg/m³ de COV après 28 jours) ; les quantités de formaldéhydes et d’acetaldéhyde doivent, dans chaque classe, être inférieurs à 50 µg/m³ après 3 jours. Depuis la mi-avril 2022, ce label s’applique aussi aux mortiers, ancrages chimiques, finitions à base de plâtre et mastics muraux. Après l'application, à partir de 2013, de la réglementation sur l'étiquetage des produits de la construction au regard de la qualité d'air (décret n° 2011-321 du 23 mars 2011), nombre de fournisseurs conservent la double mention, réglementaire et volontaire. En revanche, le logo "Technologie sans poussière" présent sur certains emballages semble relever de l’initiative des industriels et ne répondre à aucune norme.


De manière plus fondamentale, les colles et mortiers-colles pour carrelages doivent répondre à la norme NF EN 12004-1:2017 ; ceux à base de ciment relèvent de la norme NF EN 13888. ces textes traitent des exigences, évaluation et vérification de la constance de performance, classification et du marquage. Ces textes permettent de classer les performance des produits selon l’adhérence, le temps ouvert, le durcissement, la pose (la fluidité et le mode d’encollage) et la résistance au glissement. Ils constituent aussi la référence de base pour le marquage CE.

 

A noter aussi que le Syndicat national des mortiers industriels indique régulièrement l'état d'avancement de la production des FDES, les fiches de déclaration environnementales et sanitaires de produits déposées sur la base Inies. Celles sur les mortiers pour la pose de carrelages sont disponibles depuis septembre 2021. 
Autre référentiel important pour les applicateurs : le certificat QB du CSTB qui valide par tests en laboratoire les performances annoncées par les industriels. 

 

 

Source : batirama.com / Bernard Reinteau

↑ Allez en Haut ↑