Série Palais éphémère : les dessous de la construction du Grand Palais au siècle dernier

La construction du Grand Palais Ephémère se termine et ce lieu sera utilisé pour le 10e Forum International Bois Construction du 15 au 17 juillet. Retour sur la construction/rénovation du Grand Palais initial.

Un chantier par acheminement fluvial ©Mirco Magliocca pour la Réunion des musées nationaux - Grand Palais

 

La construction du Grand Palais est un peu l’acte de naissance du journalisme de la construction. D’une part, les quotidiens suivent de près les aléas des travaux et suscitent un intérêt qui s’exprime notamment par la mise en service d’une ligne de tramway, le dimanche, permettant de longer le chantier pour l’admirer de loin.

 

Par ailleurs, on dispose de photos illustrant les étapes de construction de l’ouvrage, réalisées grâce à la miniaturisation progressive des appareils sur pied. Mais les images sont encore prises de loin.

 

L’approvisionnement du chantier

 

Le palais de l’Industrie étant démoli au fur et à mesure de l’avancement des travaux du Grand Palais, rien ne se perd ! Les gros blocs de pierre sont retaillés, les plus petits deviennent moellons pour le remplissage des parois. Il n’en demeure pas moins que les besoins supplémentaires sont importants.

 

En aval, l’île de la Grande Jatte est réquisitionnée pour stocker les matériaux (principalement la pierre) qui sont ensuite acheminés au fur et à mesure des besoins. Les entreprises remportent les enchères d’adjudication selon le rapport qualité prix de leur production qui intègre aussi le coût du transport fluvial.

 

L’approvisionnement se fait exclusivement par voie d’eau. Les besoins sont tels qu’ils vont de 1895 à 1900, relever une activité affectée par l’essor du chemin de fer. Les infrastructures le permettent : par ses canaux, la Seine communique avec presque tout l’hexagone ; la création en 1864 du barrage de Suresnes en a fait une voie navigable toute l’année ; Paris est desservi par une vingtaine de ports ; enfin, la généralisation du touage depuis 1860 permet la constitution de convois importants.

 

Le chantier est parcouru de rails. Deux locomotives à vapeur de 12 chevaux avec 6 wagonnets chacune font la navette depuis le port pour acheminer les matériaux à leur emplacement et remporter les déblais. Elles fonctionnent jour et nuit.

 

 

La plus grande verrière d’Europe pendant plus de 100 ans. © Mirco Magliocca pour la Réunion des musées nationaux - Grand Palais

 

La place du bois et du béton

 

Le Grand Palais n’affiche pas le bois, mais pour ce chantier, les besoins de bois n’en sont pas moins colossaux, qu’il s’agisse des fondations, des échafaudages, des planchers ou des menuiseries.

 

Si côté d’Antin, les fondations peuvent prendre la suite des terrassements, le chantier de la nef est, lui, retardé par la démolition du Palais de l’Industrie. Comble de malchance, les sondages révèlent en sous-sol une couche de sable argileux plus importante que prévue qui ne pourra supporter la future construction. Pour renforcer le sol, Deglane et son équipe décident d’employer la méthode ancestrale des pilotis ; des pieux anciens avaient été retrouvés au moment de la réfection des berges, le bois était en parfait état.

 

Près de trois mille quatre cents poteaux sont finalement installés, mais tous sont loin d'atteindre le « bon sol ». Cette couche géologique stable se situe, au sud, à une profondeur de quinze mètres. Pendant 6 mois, jour et nuit, ces pieux de chêne, d’un diamètre de 20 à 30 cm et de 10 à 15 mètres de long, sont enfoncés les uns à côté des autres dans le sol. L’opération est réalisée à l’aide de puissants marteaux à vapeur se déplaçant sur des rails. 300 à 400 coups sont nécessaires sur chaque pieu. La gare d’Orsay et futur musée d’Orsay, dont la construction est contemporaine de celle du Grand Palais, repose également sur des pilotis.

 

Du béton est coulé sur les têtes pour constituer des massifs stables. La bétonnière - géante - est installée sur le port et les wagonnets apportent le mélange frais sur le chantier au fur et à mesure des besoins. A noter que çà et là, et principalement pour les planchers du premier étage, la construction intègre également des éléments en béton armé. L’invention, récente, fait son entrée officielle en architecture.

 

Le bois éphémère des échafaudages représente un tour de force technique. Hormis l’échafaudage du dôme, les échafaudages sont mobiles : chaque croupe (ou partie de travée) est entièrement montée, de la base de l’arc à son sommet ; puis l’échafaudage est déplacé.

 

 

Un chantier éclipsé par l’Exposition universelle. © Mirco Magliocca pour la Réunion des musées nationaux - Grand Palais

 

 Grande grève en 1898 et paralysie des chantiers parisiens

 

Début octobre 1898, tous les chantiers parisiens (dont ceux de l’Exposition) sont paralysés par des ouvriers qu’on estime au nombre de 20000. Le conflit, dur, s’étend sur près de cinq semaines. Les négociations aboutissent à un accord portant l’heure de travail à 60 centimes (ou un salaire de 6 francs par jour). Pour comparaison, un numéro du Petit Parisien est vendu 5 centimes et un pain d’un kilo 50 centimes. Le ticket d’entrée de l’Exposition universelle de 1900 coûte 1 franc.

 

Ce n’est pas le Grand Palais, mais bien le Palais de l’électricité qui est la coqueluche de l’Exposition de 1900. Plus précisément, la construction du Grand Palais fascine avant l’Exposition, et éclipse le percement anxiogène de la première ligne de métro.

 

Mais ensuite, le Palais de l’électricité lui vole la vedette par sa façon d’illuminer Paris comme un phare. Au nouveau Grand Palais, seuls des espaces spécifiques du sous-sol (commissariat de police, la poste et le télégraphe, bureaux) sont électrifiés. Le monument étant destiné à abriter des expositions d’art, les risques de court-circuit sont volontairement réduits.

 

Le Palais de l’électricité

 

Comme le temps réservé à la construction des pavillons des Expositions universelles est court, les pays exposants les font construire par du personnel à faible coût et à l’aide d’un matériau de construction temporaire inventé à Paris en 1876, qui se composait de fibre de jute, de plâtre de Paris et de ciment, décorés pour les rendre attrayants et faire illusion sur les visiteurs. Souvent, les bâtiments temporaires sont construits sur un cadre de bois et recouverts de colonnes, statues, murs, escaliers, etc.

 

Une fois l'exposition terminée, les bâtiments sont démolis et les objets et matériaux qui peuvent être récupérés et vendus sont recyclés. Comme l’Exposition de 1900 est un échec financier, ce recyclage s’achève. De son côté, une partie de la charpente du Palais de l’industrie, qui a cédé sa place au Grand Palais, est réutilisée pour la nef de l’église Notre-Dame du Travail réalisée dans le 14e arrondissement à Paris en 1902. Au fil des expositions, le Champ-de-Mars se couvre de remblais. Place Joffre, les forages menés pour sonder le terrain devant accueillir le Grand Palais Ephémère mesurent 7 mètres de remblais.

 

Le bâtiment du Palais de l’électricité occupe sur le Champ-de-Mars une parcelle de 420 x 60 m et culmine à 70 mètres. Sa structure n’est pas en bois. Ce palais ressemble d’ailleurs étrangement au Grand Palais, avec une façade minérale et un hall de fer et de verre. La grande halle a été construite en partie avec des éléments du Palais du Champ-de-Mars de l’Expo de 1889.

 

Elle abrite d'une part les salles des générateurs, machines à vapeurs et autres chaudières, soit une véritable usine qui servira à alimenter tous les autres pavillons en électricité ; la salle de chauffe sera même desservie par une voie de chemin de fer spéciale qui l'alimentera en continu en houille. La halle présente également les toutes dernières inventions appliquées de l’électricité provenant de différents pays.

 

L’illumination se fait par environ six milles lampes à incandescence disposées suivant les contours de la crête. En haut du monument, la fée électricité, une statue de six mètres de haut, brandit un flambeau de 50.000 volts qui illumine les nuits parisiennes. En dessous, il y a une sorte de grotte d’où jaillit une immense cascade qui déferle jusqu’à la pelouse du Champ-de-Mars, comme on en trouve la description.

 

 

La ré-interpétation du Grand Palais par Jean-Michel Wilmotte. ©Wilmotte&Associés Architectes

 

Le Grand Palais après 190

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Au Grand Palais, les carreaux vont s’obscurcir rapidement à cause de la pollution. La poussière de charbon encrasse les verrières et la lumière ne pénètre plus à flot dans les espaces ; les volumes deviennent pesants à l’intérieur comme à l’extérieur ; privé de transparence, l’édifice n’est plus qu’un vaste hall comme tant d’autres.

 

En 1901, juste après l’Exposition Universelle, le Salon des Artistes Français reçoit de l’État la mission d’organiser une exposition annuelle des Beaux-Arts. De plus, des concours hippiques renommés s’y déroulent chaque année. Des rampes d’accès et un paddock sont donc aménagés pour recevoir les chevaux. D’où le terme de paddock utilisé aujourd’hui encore pour désigner une partie de la nef.

 

Des changements de niveau de la nappe phréatique fragilisent une partie des fondations côté Seine. Durant l’Occupation, les Allemands utilisent la Grande Nef pour stocker du matériel. Constatant le désordre, ils décident de couler du béton aux points faibles, ce qui ne fait qu’aggraver le phénomène.

 

Des dégâts structurels considérables

 

Au cours des études précédant les récents travaux de reprise en sous-œuvre, les calculs évaluent l'affaissement des massifs de fondations de l'aile sud à près de 14 cm et une variation de hauteur, dans la partie métallique de l'ouvrage, à 7 cm. Ces valeurs, d'apparence négligeable, ont été suffisantes pour provoquer des dégâts structurels considérables.

 

A partir de 1940, une porte mure le passage entre le grand escalier d'honneur et le palais d'Antin, en rupture avec le schéma de circulation est/ouest originel. Le projet de rénovation actuel du Grand Palais envisage de rouvrir cet axe.

 

Dans les années 1960, Le Corbusier souhaite la démolition du Grand Palais pour y implanter à la place le musée d'Art du XXe siècle dont André Malraux lui a confié la réalisation. La mort de l'architecte, le 27 août 1965, met fin au projet.

 

Une première phase de restauration est assurée entre 2001 et 2007. Le budget de ce chantier a atteint 101,36 millions d'euros. En 2006, Karl Lagerfeld est le premier à introduire le milieu de Haute Couture dans cet espace.

 

Une seconde phase de rénovation en 2014

 

Une seconde phase de rénovation, à 466 millions d’euros, est confiée en 2014 à l’agence LAN en 2014. Elle prévoit notamment la création d'une ‘rue des Palais’ traversant les soubassements de l'immense bâtiment qui reliera la Grand Nef au Palais de la Découverte.

 

En soutien au projet, la maison Chanel a offert 25 millions d’euros. En contrepartie du don, l'entrée principale du Grand Palais sera rebaptisée Gabrielle Chanel, et la maison de luxe bénéficiera d'avantages pour ses privatisations et expositions.

 

Cette seconde phase est stoppée par le ministère de la culture en septembre 2020. Les arguments avancés sont la crainte d’une dérive financière, d’un non-respect des délais, d’un projet déjà daté sur le plan des émissions, mais aussi des circulations post-Covid. A cela s’ajoute la nécessité apparue entretemps de restaurer également les statues des façades. 

             

Forum International Bois Construction

La construction biosourcé – pour bâtir un avenir

Date : du 15 au 17 juillet au Grand Palais Ephémère

Plus d’informations sur nvbcom.fr

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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