Le nouveau Pôle Habitat FFB très inquiet de la politique du Logement

Les promoteurs, constructeurs et aménageurs, en congrès le 16 septembre, veulent « sortir du cadre » pour relancer la construction neuve dans un contexte d?urgence et de crise.

Le neuf est absent de la stratégie de sortie de crise sanitaire. Tel est le constat de Pôle Habitat FFF, nouvelle identité de LCA-FFB, qui a tenu sa convention nationale ce 16 septembre, à Paris.

 

Avant la crise sanitaire, ces professionnels de la construction neuve avaient bataillé pendant de longs mois sur les thèmes pour eux stratégiques qu’étaient le maintien du prêt à taux zéro (PTZ) dans les zones B2 et C, de l’APL Accession et des mesures du dispositif Pinel. Le PTZ a été prolongé jusqu’à fin 2021.

 

La sortie du confinement et la présentation, le 3 septembre dernier, du plan de relance économique portent les aménageurs, promoteurs et constructeurs à l’amertume. Déjà, a rappelé Thibaut Bazin, député de Meurthe-et-Moselle, « fin 2019, la crise du logement neuf couvait : on était passé sous la barre des 400 000 logements produits annuellement. »

 

« Nous vivons sur les permis de construire et les contrats obtenus en 2019 », explique Jonathan Prévereaud, Vice-président de Pôle Habitat FFB et représentant des aménageurs fonciers, « et je suis inquiet pour les semestres à venir. »

 

Une crise de grande ampleur

 

Grégory Monod, président de Pôle Habitat FFB, estime que désormais « 100 000 logements neufs autorisés sont d’ores et déjà menacés pour 2020. » Dans le détail, les mises en chantier de logements sont en recul de 15 %, et les permis de construire, de 20 % ; les ventes de maisons individuelles chutent de 18 %, celles de maisons individuelles groupées de 29 %, et le logement collectif se distingue par un effondrement de 31 %. À trimestre comparable, Ludovic Scarpari, vice-président de Pôle Habitat FFB et représentant des promoteurs immobiliers, estime la chute à 27 %.

 

Pour amplifier le tout, le crédit immobilier pour le neuf se réduit de 16 % et le taux de refus de crédit a doublé par rapport à 2019 ; de même, la conjoncture sur l’emploi est qualifiée d’inquiétante par Thibaut Bazin. À la baisse de la demande s’ajouterait une crise de la solvabilité des ménages. « La relance devra être efficace », se soucie le député.

 

Le verdissement de la construction en décalage avec la demande des ménages

 

Pendant les débats de cette convention, les adhérents à la tribune ont souligné leur incompréhension vis-à-vis du plan de relance. Selon eux, elle fait l’impasse sur le neuf et angle toutes les mesures sur la rénovation énergétique. « Le neuf, ont rappelé plusieurs fois les orateurs, c’est 50 % de l’activité. »

 

Le Pôle Habitat se montre même très agacé par le retour de thèmes comme la réduction de l’artificialisation des sols ou la reconquête des centres bourgs abandonnés, le « zéro artificialisation net » étant d’ailleurs décrit comme « inapplicable ».

 

De manière plus globale, les adhérents de Pôle Habitat FFB sont vent debout contre le verdissement de la construction tel qu’il est proposé par les élus écologistes et le ministère de la Transition énergétique.

 

Espaces verts ou matériaux verts ?

 

Pour Sylvain Massonneau, vice-président Pôle Habitat FFB représentant des constructeurs de maisons, « les concepts défendus sont en décalage avec la demande des ménages », plus demandeurs d’espaces verts que de matériaux verts.

 

« La création d’un fonds pour le recyclage des friches et la perspective d’aides pour les maires densificateurs, comme vient de le rappeler la ministre, sont certes bienvenues mais sans effet de court terme pour nos marchés » a souligné Grégory Monod.

 

« Le gouvernement doit placer le logement neuf au cœur de la relance et porter politiquement la nécessité de construire, et pas seulement dans les zones dites tendues, autant qu’il porte la nécessité de rénover. »

 

Des propositions disruptives

 

Parallèlement, il pointe « l’euphorie en matière de normes et de contraintes » qui se poursuit. Au premier rang desquels figurent la réglementation environnementale sur le neuf (RE 2020) promise pour juillet prochain, la généralisation des douches à l’italienne et les études de sols, sujet qui selon lui « butera sur la capacité de la filière géotechnique à faire face au volume considérable d’études à réaliser. »

 

Quelles propositions sont formulées par Pôle Habitat FFB pour sortir de ce constat ? A minima, les professionnels de la construction neuves demandent la restauration de trois outils-phares : le prêt à taux zéro à 40 % sur tout le territoire, la prorogation du dispositif Pinel et l’APL Accession, ce dernier étant, selon Grégory Monod, « un effet de levier significatif pour de nombreux ménages et beaucoup moins coûteux pour les finances publiques que l’APL locative. »

 

Par ailleurs, la crise sanitaire et les aléas administratifs, notamment la baisse de l’activité de traitement des permis de construire par les services de l’État, conduit cette union à proposer des solutions « disruptives » : permis de construire et permis d’aménager déclaratif, simplification des dossiers d’autorisations d’urbanisme, accélération du processus d’instruction numérique, consultations des services concessionnaires en temps masqué, division par deux des délais d’instruction et de recours, automaticité des bonus de constructibilité… a notamment cité Grégory Monod.

 

« L’urgence de la situation doit nous conduire à sortir du cadre, à responsabiliser les acteurs et à faire confiance aux professionnels. »

 


Source : batirama.com/ Bernard Reinteau

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