Le prix du pétrole s’effondre et compromet l'avenir du solaire thermique

Lundi 20 avril en milieu d?après-midi, le prix du pétrole a atteint des valeurs négatives. Ce n?est pas favorable au développement du solaire thermique en Europe.

Depuis la première crise du pétrole en 1974, le marché du solaire thermique évolue comme le prix du pétrole : quand le pétrole monte, le solaire thermique paraît une intéressante alternative et se développe. Quand le pétrole baisse, le marché du solaire thermique chute rapidement. C'était une règle immuable, jusqu'à ce que la réglementation organise un découplement entre prix du pétrole et solaire thermique à la faveur de la RT2012.

 

Lundi, le prix du pétrole "West Texas" s’est effondré de 250% aux Etats-Unis dans les contrats de "Futures" qui se terminent mardi 21 avril. Cela s’explique par au moins trois facteurs. Premièrement, la Russie et l’Arabie Saoudite se sont engagés dans une guerre de la surproduction pour gagner des parts de marché l’un sur l’autre, pour tuer les pétroliers américains qui exploitent le bassin du Permian et ont hissé les Etats-Unis au rang de premier producteur mondial depuis des mois.

 

Vers un baril à prix négatif ?

 

Deuxièmement, le Covid-19 a brutalement entraîné une chute de la demande mondiale pour cause d’économie quasiment à l’arrêt partout. Troisièmement, les contrats de « futures » qui se dénouent mardi 21 avril et servent à fixer le prix du pétrole ne trouvent pas d’acquéreurs, si bien que le prix du brut « West Texas Intermediate » atteignait 10,77 $/baril lundi 20 avril dans l’après-midi, mais chutait à - 45,32 $/baril plus tard vers 19h30, pour des raisons techniques : nécessité de dénouer les contrats de futures et surtout l'absence de possibilité de stockage. Lundi soir, le prix du West Texas était remonté à 2,54 $/baril sur les marchés asiatiques. Il a repris sa chute mardi matin à l'ouverture des marchés européens, descendant à nouveau  dans des valeurs négatives : -4,29 $/baril.

 

C'est une chute historique et un prix jamais atteint. Les vendeurs payent les acheteurs pour se débarrasser de leur pétrole West Texas. Parce que les stockages à terre sont pleins, les tankers géants ne transportent plus le pétrole dont personne ne veut, mais sont ancrés près des côtes, pleins à ras bord. Littéralement, si l’extraction se poursuit, on ne saura plus où mettre ce pétrole d’ici quelques jours.

 

Tout n’est cependant pas tout à fait noir pour le pétrole : les contrats de Futures de la période suivante qui se termine en juin s’échangeaient lundi 20 avril à 20,42 $ le baril pour le West Texas. Ce n’est pas un prix énorme, mais il permet à, sans doute un trop grand, nombre de petits producteurs de pétrole de schiste de survivre. De plus, si les producteurs continuent d'extraire du brut, le prix de ces contrats vont chuter aussi. Il sera intéressant d'observer leur évolution dans les jours à venir.

 

Le prix du Brent de la mer du Nord a pour sa part perdu 9% lundi 20 avril pour atteindre  25 $. Le contrat Futures dont l’échéance est en Mai 2021 se négocie aujourd’hui à 35 $/baril. Nous sommes bien loin de la moyenne de 109,45 $/baril atteinte par les pays de l’Opep en 2012.

 

Et le solaire thermique ?

 

En France, le marché global du solaire thermique, exprimé en m² de capteurs posés, s’est bien développé de 2004 à 2008, année où il dépassait les 300 000 m².

 

Il a commencé à baisser en 2008 sous l’effet de l’effondrement des ventes des Cesi (Chauffe-eau solaire individuel), mais le segment de marché du solaire thermique en collectif a continué sa progression jusqu’en 2012. Depuis, les Cesi et le collectif baissent ensemble, harmonieusement, année après année, quelles que soient les fluctuations des prix du pétrole. 

 

En 2019, selon Uniclima, seulement 42 500 m² ont été installés en France, soit à peine 14,16 % du marché de 2008. Le gouvernement a décidé de défavoriser la vente de chaudières fioul en France, notamment en suspendant les aides à l’installation en rénovation, les ventes de chaudières fioul ne bénéficieront sans doute pas de la baisse des prix de ce combustible.

 

Pourtant, les utilisateurs et les installateurs, face à une baisse sans doute massives des prix du fioul domestique, avec un peu de retard certainement parce que les prix du fioul montent toujours plus vite qu'ils ne baissent, vont tenter de prolonger le plus possible la vie des chaudières existantes.

 

De plus, objectivement, pour les ménages qui n'ont pas besoin d'aides publiques pour remplacer leurs générateurs, les chaudières fioul haut rendement et à condensation consomment peu, polluent peu, offrent une réserve de puissance et une rapidité de réaction que les pompes à chaleur ne peuvent atteindre. Bref, une chaudière fioul performante, face à la baisse des prix, n'est pas un mauvais choix, ni civique, ni financier.

 

Le solaire thermique, quant à lui, ne va pas redémarrer à court terme. L'offre industrielle existe, mais  a peu progressé depuis dix ans. Les installateurs ont objectifvement un peu perdu la main. Les pompes à chaleur, qui ont le vent en poupe et sont confortablement soutenues par les aides financières publiques, vont continuer sur leur lancée, seulement ralenties par un mauvais coup de Covid-19 cette année.

 

Du coup, on peut légitimement se demander si subventionner la vente et la pose des pompes à chaleur est une politique sensée pour le pays, surtout à un moment où la crise du COVID-19 écartèle les finances publiques. Pourquoi ne pas tenter, juste une fois, de laisser faire le marché dont tous les industriels vantent les mérites jusqu'au moment où ils quémandent des subventions. 

 

En attendant la publication de la RE 2020

 

Il faudra attendre la publication de la RE2020 pour voir si le solaire thermique est avantagé dans les calculs ou bien toujours pénalisé, notamment en collectif. Enerplan, le syndicat des énergies renouvelables, et l’Ademe soutiennent une relance du solaire thermique. Les actions entreprises en faveur du solaire thermique en collectif sont répertoriées sur le site de Socol

 

La Commission Européenne imagine une sortie de crise favorisée par un énorme plan de verdissement européen, avantageant les ENR et assortie de centaines de milliards d’Euros de financement publics. Tous les politiques se jurent désormais attentifs aux relocalisations industrielles, …

 

Tout cela devrait être favorable au solaire thermique. Si l’industrie chinoise est tellement en avance en photovoltaïque à la fois par le volume de leur production et par l’indéniable haute qualité des panneaux PV chinois, ce n’est pas le cas en solaire thermique.

 

L’industrie mondiale du solaire thermique est relativement modeste. Mais l’industrie européenne n’est absolument pas en retard. Viessmann fabrique des panneaux solaires thermiques à Faulquemont, près de Metz. Il faut espérer et retrousser ses manches.

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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