La plateforme Noé révolutionne la construction

Le 27 février dernier, à Bordeaux Euratlantique, Eiffage et Suez ont inauguré la plateforme Noé, première plateforme de services mutualisés inter-chantiers : une véritable révolution est en marche.

Bordeaux Euratlantique est l’une des plus vastes opérations d’aménagement de France avec plus de 730 ha répartis sur les communes de Bordeaux, Bègles et Floirac. Cette Opération d’intérêt national (OIN) a été créé en 2010. Avec une programmation de 2 500 000 m2 de logements, bureaux et équipements publics, ce sont 50 000 nouveaux habitants et 30 000 nouveaux emplois qui sont attendus sur cette zone Bas Carbone d’ici son terme, dans 20 ans.

 

En 2015, Euratlantique a lancé un Appel à Manifestation d’Intérêt dont le lauréat a été le groupement d’intérêt économique (GIE) baptisé « Plateforme Noé » réunissant Eiffage et Suez. Cette plateforme logistique de nouvelle génération est un véritable laboratoire à ciel ouvert, démonstrateur de la ville durable, qui conjugue innovations d’usages, performances environnementales, traçabilité et économie circulaire, s’inscrivant dans les enjeux de territoire bas carbone.

 

Elle offre un panel de services en circuit court mutualisant les biens et les transports. Elle permet de minimiser l’impact et les nuisances des chantiers, de garantir une ville fluide, apaisée et accessible malgré les travaux.

 

«Bien au-delà de la construction, l’avenir de cette plateforme est d’apporter toutes sortes de services à la ville et à ses habitants, selon Philippe Moulia, directeur Eiffage Construction

 

Aller au-delà de la filière

 

« Le but de la Plateforme est de pouvoir proposer tous les services liés aux métiers de la filière construction, mais en allant bien au-delà de la filière », explique Philippe Moulia, Directeur Eiffage Construction et administrateur principal de la plate-forme. Noé propose en effet des parkings, de la main d’œuvre, une base de vie, des bureaux, des salles de réunions, de la location de matériels, une ressourcerie pour relavoriser les déchets, la gestion des terres excavées, la vente de granulats, des espaces de stockage, mais aussi un foodtruck pour la restauration.

 

A cela s’ajoutent des services d’insertion et de formation, tous les métiers de la filière pouvant bénéficier de locaux et d’équipements.  L’insertion est ici assurée par deux associations importantes : le CREPI (Club régional d'entreprises partenaires de l'insertion) et La Maison pour Rebondir, qui ont pour missions de présenter aux jeunes et à leurs professeurs tous les métiers de demain liés à la numérisation dans la construction ».

 

Mais Noé prévoit même une conciergerie, des missions de portage de lettres et de colis en association avec la Poste et même le portage de repas à domicile pour les personnes âgées. « Bien au-delà de la construction, l’avenir de cette plateforme est d’apporter toutes sortes de services à la ville et à ses habitants, souligne Philippe Moulia. Noé permet d’anticiper sur tout ce qui concerne les déplacements des personnes, ainsi que sur les approvisionnements de toutes natures. »

 

Des services payants à la hauteur des économies réalisées

 

« Noé se veut à destination de tous les acteurs et même les très petites entreprises pourront profiter de la plateforme pour l’ensemble de leurs activités. Il s’agit là de se montrer plus frugal et de se réapproprier un nouveau mode de fonctionnement permis notamment par le BIM et la numérisation. Ceux qui ne joueront pas le jeu de la numérisation et qui ne profiteront pas des outils partagés sont condamnés à leur perte ».

 

Naturellement ces services ne sont pas gratuits et les tarifs varient selon la nature du service demandé. « Mais le fonctionnement qui perdure encore aujourd’hui ne peut plus être de mise. Les retards dus aux embouteillages coûtent de l’argent, de même que les pertes d’heures dans la production ou les vols sur les chantiers…et c’est les entreprises qui doivent amortir les coûts.

 

La frugalité est donc de mise et la construction doit suivre le modèle de l’industrie automobile qui fait de plus belles voitures pour moins cher », martèle Philippe Moulia. « En outre, on ne paye que ce qui est réellement consommé, en évitant tout gaspillage ».

 

Une "monnaie climatique" et un modèle unique en Europe

 

Ce modèle, unique en Europe, intéresse de nombreuses grandes villes. La plateforme Noé et ses équipes sont donc déjà sollicitées par de grandes métropoles comme Marseille et Lyon ou encore Bruxelles, Berlin ou Madrid, toutes friandes de mettre en œuvre un process similaire. Un process qui s’accompagne en outre d’une « monnaie climatique ».

 

Le deuxième semestre 2018 verra en effet la mise en œuvre de cette nouvelle « monnaie ». Il s’agit en fait de proposer des tarifs préférentiels liés à l’économie de CO2 réalisée par le fait de venir sur la plateforme. Le bénéficiaire (qui peut être n’importe quel acteur de la construction, mais aussi n’importe quel habitant de la zone faisant appel à la plateforme) peut soit bénéficier d’un tarif réduit immédiatement, soit mettre cette monnaie sur un compte dont il profitera ultérieurement.

 

La Plateforme Noé est ainsi une solution alternative aux modes de gestion traditionnels. « C’est un modèle unique pour lequel il nous a fallu sortir de notre zone de confort et, surtout, accepter de faire face aux contraintes de tous. Mais c’est l’avenir. On peut dire qu’avec la construction et le numérique, nous abordons une troisième révolution après la vapeur et l’automobile ! », conclut avec enthousiasme Philippe Moulia.


Source : batirama.com / Michèle Fourret

↑ Allez en Haut ↑