Amiante : 30 ans après son interdiction, l’indemnisation des victimes demeure un défi

Interdit en France depuis 1997, l’amiante continue de tuer (des maladies peuvent apparaître plusieurs décennies après), les victimes sont encore nombreuses à ignorer qu’elles peuvent prétendre à une indemnisation.

Dans le bâtiment comme dans l’industrie, des centaines de milliers de travailleurs ont été exposés à l'amiante, ce minéral fibreux, longtemps apprécié pour sa résistance au feu et ses propriétés isolantes. Aujourd’hui encore, les maladies qu’il provoque continuent de se déclarer, parfois quarante ans ou davantage après les premières expositions, bien que l'amiante soit interdit en France depuis bientôt trente ans. Et pour une partie des victimes, le combat ne s’arrête pas au diagnostic ; encore faut-il connaître ses droits et engager les démarches pour obtenir réparation.

C’est précisément ce problème que tente de résoudre le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA). Depuis sa création en 2001, cet organisme public, financé par la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) de la Sécurité sociale, a été saisi par plus de 117 000 victimes et leurs familles. Près de 8 milliards d’euros d’indemnisations leur ont été attribués. En 2025, 2 745 nouvelles personnes ont sollicité le fonds, qui accepte environ 85 % des demandes.

 

 

Dans le bâtiment, près de 900 000 travailleurs exposés à l’amiante

Classé cancérogène dès 1977 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’amiante a été massivement utilisé dans la construction et l’industrie avant son interdiction en France en 1997, car sa résistance au feu, ses qualités isolantes et son faible coût en faisaient un matériau incontournable.

 

Longtemps présenté comme un "minerai miracle", l’amiante avait tout pour séduire : résistant, isolant, ininflammable et peu coûteux, il s’est imposé dans la construction et l’industrie, au point d’être massivement utilisé dans les années 1970. À Paris, entre 30 et 40 % des chaussées auraient ainsi été recouvertes de matériaux contenant de l’amiante. Le minéral s’est également retrouvé dans les HLM, les universités et les immeubles, intégré aux canalisations, au ciment ou à de nombreux objets du quotidien. Mais derrière ses qualités techniques se cachait une véritable bombe sanitaire à retardement. Après inhalation, les fibres peuvent provoquer des pathologies graves, notamment des cancers de la plèvre, parfois plusieurs décennies après l’exposition. Cette longue latence explique pourquoi l’interdiction de l’amiante en France, en 1997, n’a hélas pas mis fin à l’épidémie. © IA / Laure Pophillat

Les conséquences de cette exposition sont aujourd’hui bien documentées. "L'inhalation prolongée d'amiante expose à des cancers et pathologies graves respiratoires et pleurales non guérissables", rappelle la Haute Autorité de santé (HAS) : cancer du poumon, mésothéliome pleural, plaques pleurales ou asbestose figurent parmi les principales maladies associées à l’inhalation de fibres. Plus rarement, des cancers du larynx et de l’ovaire peuvent également être liés à l’amiante.

La difficulté tient notamment au temps de latence particulièrement long de ces pathologies. En effet, entre l’exposition et l’apparition des premiers symptômes, il peut s’écouler de 20 à 40 ans, voire davantage. Autrement dit, des salariés ayant manipulé ou côtoyé de l’amiante dans les années 1970, 1980 ou 1990 peuvent encore aujourd’hui développer une maladie professionnelle. Et l’ampleur de l’exposition passée est considérable. Selon une estimation de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) publiée en 2007, entre un et deux millions de travailleurs auraient pu être exposés à l’amiante lors d’activités d’entretien ou de maintenance, dont environ 900 000 dans le secteur du bâtiment. À tel point que les maladies liées à ce matériau constituent désormais la première cause de décès liés au travail – hors accidents du travail.

 

 

Des victimes qui ne sollicitent pas toujours le fonds

Si le FIVA a déjà accompagné plus de 117 000 victimes et leurs proches, toutes les personnes concernées ne font pas nécessairement appel à lui. Certaines ignorent l’existence du dispositif, d’autres ne connaissent pas les démarches à effectuer ou n’ont tout simplement pas le temps de les engager ; une situation d’autant plus préoccupante que les maladies provoquées par l’amiante sont souvent particulièrement graves. "On parle de cancers bronchopulmonaires pas toujours opérables, de mésothéliomes avec des espérances de vie une fois le diagnostic posé, extrêmement faibles, de 12 à 18 mois", explique à l’AFP Anne Thauvin, la directrice du FIVA.

L’organisme observe également un vieillissement régulier des personnes qui le saisissent, avec un âge moyen de 71 ans pour les hommes. "On ne peut pas exclure l'hypothèse qu'un certain nombre d'entre elles soient décédées sans nous avoir saisis", souligne-t-elle ; une réalité qui pose la question de l’accès effectif à l’indemnisation, alors même que les victimes disposent parfois de peu de temps pour faire reconnaître leur préjudice.

 

 

Le FIVA contacte directement les victimes depuis septembre

Dès lors, et afin d'éviter que des personnes malades passent à côté de leurs droits, un nouveau dispositif a été mis en place à la suite de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024. Baptisé "décret aller-vers", il autorise le FIVA à contacter directement les personnes atteintes de maladies professionnelles liées à l’amiante, pour les informer de la possibilité de déposer un dossier d’indemnisation comme de les accompagner dans leurs démarches.

Sa mise en œuvre a toutefois pris du retard, notamment en raison de la procédure d’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Le dispositif est finalement opérationnel depuis septembre. Les coordonnées des personnes concernées sont transmises au fonds par l’Assurance maladie et les caisses de la Mutualité sociale agricole (MSA).

Les premiers résultats sont encore modestes, mais le FIVA entend poursuivre cette démarche proactive. "321 personnes ont été contactées, près de 80 ont renvoyé les formulaires : certaines pourront être indemnisées avant la fin de l'année", indique Anne Thauvin.



Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © IA / Laure Pophillat

↑ Allez en Haut ↑