La Chambre régionale des comptes pointe des données peu fiables, des bâtiments mal valorisés et des dépenses locatives en hausse pour le premier propriétaire foncier de l’île, le Département de La Réunion.
La superficie de l’île de La Réunion étant de 2 512 km2 (soit 251 200 hectares environ), les 100 000 hectares de foncier détenus par le Département représentent donc environ 40 % de la superficie de l’île. © mappemonde.net
Alors qu’il possède 424 sites bâtis, le Département de la Réunion dépense plus de 4,8 millions d’euros par an en locations de bureaux et en copropriétés. Pour loger ses propres services, ses frais de location sont ainsi passés de 2,7 millions d’euros en 2020 à 4,4 millions en 2024. Dans le même temps, les données relatives à son patrimoine demeurent "incomplètes et peu fiables". La stratégie immobilière consacrée aux bureaux n’a, elle, été validée qu’en juin 2025 ; une avancée, mais qui intervient tardivement, selon Frédéric Leglastin, le président de la CRC, qui estime que "l’action va dans le bon sens, mais elle est tardive".
Des bâtiments occupés gratuitement, près de 80 ans après la départementalisation
Une centaine d’immeubles appartenant au Département demeurent occupés gratuitement par l’État. Deux tiers des biens figurant sur une liste établie en 1948 n’ont toujours pas fait l’objet d’une régularisation, près de 80 ans après la départementalisation. Toutefois, pour Frédéric Leglastin, le manque de valorisation du patrimoine ne relève pas exclusivement de la responsabilité de la collectivité. "D'un côté, il y a un manque de gestion active, de valorisation du patrimoine", reconnaît-il, avant de nuancer : "tout n'est pas de la faute du département", qui "ne dispose pas dans l'immédiat, en tout cas, de la jouissance, de l'usage direct des biens dont il est propriétaire".
Le Département, présidé depuis 2017 par Cyrille Melchior, conteste pour sa part la lecture de la chambre. Dans sa réponse écrite jointe au rapport, l’élu regrette "une lecture partiellement actualisée de la situation patrimoniale". Selon lui, les constats formulés "ne reflètent pas pleinement la réalité actuelle ni les progrès accomplis", dans le cadre d’une "transformation profonde et continue" de la gestion départementale.
Accessibilité : seuls 2,4 millions d’euros de travaux réalisés sur 78 millions prévus
La CRC pointe également les retards accumulés dans la mise en conformité des bâtiments publics pour l’accueil des personnes en situation de handicap : sur les 78 millions d’euros de travaux programmés entre 2017 et 2026, seuls 2,4 millions ont été réalisés. Le bilan n'est pas plus brillant en ce qui concerne les collègues, il est même particulièrement préoccupant puisque sur les 186 bâtiments concernés, seuls trois ont été mis en conformité.
Les retards n'épargnent pas les sites historiques ou touristiques, avec des conséquences directes sur leur état de conservation, tel l’ancien hôpital Félix Guyon, à Saint-Denis, figurant parmi les bâtiments concernés. La chambre alerte sur la "dégradation des immeubles", qui risque de rendre les interventions futures plus lourdes et plus coûteuses car "sous les tropiques, le bâtiment, ça se dégrade très, très vite", avertit Frédéric Leglastin. Le président de la CRC insiste sur les conséquences financières de cette inertie : "ce sont des surcoûts supplémentaires très, très importants" pour l’avenir.
L’ancien hôpital Félix-Guyon, à Saint-Denis, a ouvert ses portes en 1899 sur le site de l’ancien Camp Ozoux, avant de devenir l’un des principaux établissements hospitaliers de l’île. Reconstruit au début du XXe siècle, il conserve de cette époque un ensemble architectural remarquable, notamment son pavillon en bois à deux niveaux, bordé de galeries et soutenu par des colonnes en fonte, qui témoigne des techniques de construction adaptées au climat tropical. L’hôpital a cessé son activité en 1957, avec l’ouverture du nouvel établissement de Bellepierre, laissant derrière lui un patrimoine aujourd’hui propriété du Département et inscrit au titre des monuments historiques depuis 2000. © Zinfos974
La gestion du patrimoine départemental ne concerne pas uniquement les bâtiments. Ainsi, au musée départemental Léon Dierx, à Saint-Denis, 778 objets et œuvres restent manquants, parmi lesquels des dessins d’Auguste Rodin et de Victor Hugo.
Au terme de son contrôle, la Chambre régionale des comptes a formulé six recommandations que le Département doit appliquer d’ici à la fin de l’année 2026. L’objectif est de redresser la gestion d’un patrimoine considérable, dont une partie est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © immokap.fr