Le reste à charge freine encore les travaux. Pour Julien Cailleau, directeur général adjoint d’Oney, le financement pourrait bien changer la donne pour les ménages comme pour les artisans.
Oney banque spécialisée dans les solutions de paiement, de financement, d’assurance et de lutte contre la fraude. Née de l’univers de la distribution, elle s’appuie sur une double culture bancaire et commerçante. Depuis 2019, son capital est détenu à 50,1 % par le Groupe BPCE et à 49,9 % par ELO, l’ancienne Auchan Holding. L’entreprise revendique 8,6 millions de clients en Europe, plus de 37 000 partenaires commerçants et plus de 1 900 collaborateurs.
– l'éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ), distribué via le Crédit Foncier de France, filiale du Groupe BPCE, jusqu’à 50 000 € ;
– Un crédit Oney pour financer le reste à charge, pouvant atteindre 75 000 €, sur une durée allant jusqu’à 180 mois ;
– Une plateforme digitale centralisant la simulation, la souscription et le suivi des demandes de financement.
Pour les artisans et les entreprises de travaux, le financement peut alors devenir un outil d’aide à la vente. En proposant une solution de paiement adaptée au budget du ménage, le professionnel peut contribuer à lever un frein à la décision, sécuriser la réalisation du chantier et éventuellement élargir le montant des travaux envisagés. Oney avance, sur sa propre présentation commerciale dédiée à la rénovation énergétique, une hausse de 29 % du panier moyen et de 11 % du chiffre d’affaires chez les partenaires utilisant son dispositif.
Julien Cailleau, le directeur général adjoint Oney, répond à nos questions.
Julien Cailleau, ici en photo, est diplômé de KEDGE Business School en finance générale, et a rejoint Oney en 2002, après une première expérience chez BNP Paribas. Il a ensuite occupé plusieurs fonctions de direction à l’international, notamment au Portugal et en Russie, avant d’exercer des responsabilités au sein de la direction financière du groupe. Il est aujourd’hui en charge des activités B2B et de la RSE chez Oney. © Oney
Batirama / Laure Pophillat : Les ménages sont de plus en plus incités à rénover leur logement, mais le coût des travaux reste élevé. Aujourd’hui, qu’est-ce qui bloque le plus souvent leur décision : le montant du reste à charge, l’accès au crédit, le manque de visibilité sur les aides ou la difficulté à monter un plan de financement ?
Julien Cailleau : Le financement reste un enjeu majeur pour concrétiser les projets de rénovation énergétique. Notre étude réalisée avec l’IFOP cette année, montre que la rénovation figure parmi les projets que les Français envisagent le plus dans les deux prochaines années : un Français sur quatre (25 %) déclare avoir un projet de rénovation énergétique. Parmi ces derniers, 85 % envisagent de recourir à une solution de financement.
Notre étude Oney x CSA 2025 sur la rénovation énergétique permet de mieux comprendre les freins rencontrés par les propriétaires. Près de la moitié d’entre eux évoquent des considérations financières. Le reste à charge après déduction des aides constitue un obstacle pour 24 % des propriétaires, tandis que 11 % mentionnent les difficultés à financer leur projet ou à emprunter. Certains propriétaires estiment que leur logement est déjà suffisamment performant sur le plan énergétique (44%), tandis que 37% ont déjà réalisé les travaux nécessaires. La question financière n’est pas le seul frein. La confiance joue également un rôle essentiel : 85 % des propriétaires expriment des inquiétudes concernant les risques de fraude, les entreprises non certifiées, les escroqueries ou les malfaçons.
Il faut donc agir sur plusieurs fronts : faciliter l’accès au financement, rendre les aides plus lisibles et rassurer les ménages sur la fiabilité des professionnels. L’enjeu est de leur donner suffisamment de visibilité et de confiance pour passer de l’intention à la réalisation des travaux.
Batirama / L. P. : Entre la décision d’engager des travaux et leur réalisation, à quel moment le financement devient-il un obstacle ? Disposez-vous de données permettant de mesurer les renoncements ou les reports de projets liés à cette question ?
Julien Cailleau : Nous ne disposons pas, à ce stade, de données permettant de quantifier précisément les renoncements ou les reports de travaux directement imputables au financement. En revanche, nos études montrent que l’incertitude financière constitue un frein important au passage à l’action. Elles montrent aussi que le financement peut, à l’inverse, jouer un rôle de déclencheur. Selon notre étude Oney x CSA 2025, 73 % des propriétaires déclarent avoir été incités à réaliser des travaux de rénovation énergétique grâce à une solution de financement. Ce constat illustre plus largement le rôle que peut jouer le financement dans les projets d'amélioration et de rénovation de l'habitat, qu'il s'agisse de travaux énergétiques, d'aménagement ou de modernisation du logement...
Chez Oney, c’est précisément le rôle que nous souhaitons donner à nos solutions : accompagner les ménages à chaque étape de leur projet. Les aides publiques peuvent évoluer, et leur volatilité complique la projection des ménages. Le financement apporte une visibilité stable : il permet de réaliser le projet sans dépendre de ces évolutions. Il ne doit pas être une difficulté, mais un levier pour rendre le projet réalisable.
Batirama / L. P. : Prenons un ménage qui doit engager 12 000 euros de travaux de rénovation énergétique. Comment votre solution intervient-elle concrètement, combien lui coûte le financement et qu’est-ce que cela change dans sa décision de réaliser les travaux ?
Julien Cailleau : Notre approche consiste à intégrer le financement au parcours de rénovation, afin de simplifier les démarches et de donner au ménage une meilleure visibilité sur son projet. Pour un projet de 12 000 euros, plusieurs solutions peuvent être envisagées en fonction de la nature des travaux et de la situation du ménage, notamment un crédit affecté ou, sous réserve d'éligibilité, un éco-prêt à taux zéro. Nos offres de rénovation énergétique couvrent des durées de 12 à 180 mois, pour des montants pouvant atteindre 75 000 euros.
Batirama / L. P. : Le paiement en plusieurs fois s’est largement développé dans le commerce. Est-il réellement adapté au marché des travaux, où les montants sont souvent plus élevés et les chantiers plus complexes ?
Julien Cailleau : Le marché des travaux nécessite des solutions plus diversifiées qu’un simple paiement fractionné. Les montants engagés, la durée des projets et les besoins des ménages varient considérablement d’une situation à l’autre. Notre ambition chez Oney est donc de répondre à l’ensemble des besoins de financement des clients des professionnels de l’habitat, grâce à une gamme des solutions couvrant différents montants et différentes durées.
Batirama / L. P. : Le paiement fractionné permet-il véritablement de rendre un projet accessible à un ménage qui ne pourrait pas le financer autrement, ou répond-il surtout à un besoin de trésorerie à court terme ?
Julien Cailleau : Les solutions de paiement et de financement peuvent répondre à différents besoins. Elles permettent aussi bien de financer des achats ponctuels, dans des secteurs comme la technologie, le sport ou la santé, que des projets plus conséquents, notamment dans l’habitat ou les voyages. Leur intérêt est de permettre aux ménages de répartir certaines dépenses dans le temps, afin de mieux maîtriser leur budget mensuel et d’éviter qu'une dépense importante ne le déséquilibre immédiatement. Une solution de financement doit être adaptée à la situation du client et à ses capacités de remboursement. Elle ne doit pas conduire à reporter une difficulté budgétaire dans le temps.
Batirama / L. P. : Comment éviter que la facilité de paiement ne conduise certains ménages à s’endetter au-delà de leurs capacités ? Quels mécanismes Oney met-il en place pour évaluer la solvabilité des clients et prévenir le risque de surendettement ?
Julien Cailleau : Chez Oney, la prévention du surendettement et l’éducation financière sont au coeur de nos priorités. Nous sommes convaincus que la facilité d’accès au financement doit toujours aller de pair avec une protection exigeante du consommateur. Notre dispositif s’organise en deux temps : agir en amont pour prévenir, puis accompagner quand une fragilité apparaît.
En préventif, nous évaluons rigoureusement la solvabilité de nos clients avant tout financement. Nos 300 collaborateurs sont formés à la détection des situations de fragilité financière. Nous menons aussi chaque mois des campagnes de prévention auprès des clients identifiés comme financièrement fragiles, en les invitant à nous contacter s’ils ont besoin d’accompagnement. Enfin, nous agissons en faveur de l’éducation financière en proposant tout au long de l’année des conseils et des informations pratiques, pour aider les consommateurs à mieux comprendre leurs solutions de financement et à s’orienter, notamment parmi les aides financières disponibles.
En curatif, lorsqu’un client rencontre des difficultés, nous l’accompagnons de manière personnalisée. Nous nous appuyons pour cela sur notre partenariat historique avec l’association Crésus, depuis 2013, dédié à la détection et à l’accompagnement des personnes en situation de fragilité. Nos solutions de paiement et de financement s’inscrivent par ailleurs dans une logique de maîtrise budgétaire. Selon notre étude Oney x IFOP 2026, 56 % des Français ont eu recours à une solution de financement au cours des deux dernières années pour mieux gérer ou préserver leur budget, et 63 % envisagent de le faire dans les deux prochaines années. Pour autant, le financement doit rester adapté aux besoins et aux capacités de remboursement de chacun. C’est pourquoi nous privilégions des solutions responsables plutôt qu’une logique de microcrédit susceptible, par l’accumulation de petites dettes, de fragiliser progressivement l’équilibre budgétaire. Notre panier moyen s’élève à 551 €, ce qui illustre le positionnement de nos solutions.
Cette exigence de protection du consommateur est également au cœur de la réglementation DCC2, qui vise à renforcer les exigences en matière de vérification de la solvabilité, notamment à travers la consultation du FICP, à améliorer la transparence et à prévenir le surendettement, tout en préservant la fluidité des parcours clients. Notre objectif est ainsi de concilier simplicité d’accès au financement, accompagnement des clients et maîtrise des risques, afin que chaque solution contribue à un équilibre budgétaire durable.
Batirama / L. P. : : Pour un artisan, proposer une solution de financement peut-il devenir un véritable levier commercial ? Est-ce un moyen de conclure davantage de devis, d’augmenter le montant des travaux ou de limiter les abandons de projets ?
Julien Cailleau : Oui, le financement peut constituer un véritable levier commercial pour les professionnels du bâtiment, car il répond à l’un des principaux freins rencontrés par les ménages : le coût des travaux. L’intérêt est particulièrement marqué chez les propriétaires qui ne prévoient pas de travaux principalement pour des raisons financières : 20 % d’entre eux pourraient être incités à se lancer si une enseigne leur proposait un financement adapté.
Pour un artisan, pouvoir présenter une solution de financement permet donc d’aborder le projet dans sa globalité, en associant la proposition de travaux à une réflexion sur leur financement. Cela peut faciliter la décision du client et contribuer à transformer une intention en projet concret.
Batirama / L. P. : Vous avez noué un partenariat avec Effy autour du financement de la rénovation énergétique. Quel bilan en tirez-vous à ce stade ? Quels résultats pouvez-vous partager en matière de volumes financés, de nombre de projets ou de profils de ménages concernés ?
Julien Cailleau : Notre stratégie consiste à développer des partenariats qui permettent d’intégrer le financement au parcours de rénovation énergétique et de répondre aux besoins concrets des particuliers. Nous avons notamment noué un partenariat avec Leroy Merlin et BPCE pour proposer une solution de financement intégrée à la rénovation énergétique. Nous travaillons également avec Kbane, avec une offre permettant de financer la totalité des travaux de rénovation énergétique sous forme de crédit affecté. Nous avons par ailleurs engagé des collaborations avec d’autres acteurs du secteur, notamment Solaire Clim Chauffage, Iso & Face et Opnr.
Ces partenariats répondent à une même ambition : faciliter le parcours des ménages, leur donner accès à des solutions de financement adaptées et simplifier la concrétisation de leurs projets.
Batirama / L. P. : Comment ces solutions s’intègrent-elles dans le parcours de vente d’une entreprise du bâtiment ? L’artisan doit-il intervenir dans la proposition de financement, ou Oney et ses partenaires prennent-ils directement le relais auprès du particulier ?
Julien Cailleau : Notre objectif est de rendre le financement aussi simple et fluide que possible, en l’intégrant au parcours du client plutôt qu’en ajoutant une démarche distincte à son projet de rénovation. L’articulation entre le professionnel du bâtiment, Oney et ses partenaires doit permettre au particulier d’identifier une solution adaptée à ses travaux et de comprendre les modalités de financement associées. L’enjeu est de limiter les démarches supplémentaires et de faciliter le passage du devis à la réalisation. Le parcours proposé avec Leroy Merlin et BPCE illustre cette volonté d’intégration. Nous avons développé un outil Oney d’agrégation des demandes de financement (éco PTZ + crédit affecté), qui permet une gestion simplifiée et une saisie unique, sans double demande de justificatifs. Cette simplification bénéficie à la fois au particulier et au professionnel, en réduisant les frictions administratives autour du financement.
Batirama / L. P. : Les aides publiques, notamment MaPrimeRénov’, peuvent évoluer et les ménages ont parfois du mal à anticiper le montant de leur reste à charge. Comment vos solutions s’articulent-elles avec les aides existantes ? Peuvent-elles financer le reste à charge et à quel moment les fonds sont-ils débloqués ?
Julien Cailleau : La compréhension du plan de financement est essentielle pour permettre aux ménages de se projeter dans leurs travaux. Le montant du reste à charge après déduction des aides constitue en effet un frein important à la rénovation énergétique. Chez Oney, nous proposons des solutions adaptées aux besoins des clients, qu’il s’agisse de financer la totalité des travaux ou uniquement le reste à charge après prise en compte des aides auxquelles ils sont éligibles.
Les aides évoluent, et leur montant ou leurs conditions peuvent changer d’un moment à l’autre. Le financement permet au ménage de réaliser son projet sans subir cette volatilité : il sécurise son plan de financement et lui donne de la visibilité, tout en réduisant la complexité administrative. Les modalités précises de prise en compte des aides et de déblocage des fonds dépendent toutefois du dispositif retenu et sont clairement expliquées au client au moment de la souscription.
Batirama / L. P. : À horizon de deux ou trois ans, comment voyez-vous évoluer le financement des travaux dans le bâtiment ? Le paiement fractionné pourrait-il devenir un service courant proposé par les artisans, au même titre que le devis ou le calendrier du chantier ?
Julien Cailleau : Nous sommes convaincus que le financement a vocation à prendre une place croissante dans les projets de rénovation et d'amélioration de l'habitat. Qu'il s'agisse de rénovation énergétique, d'aménagement ou de travaux plus importants, proposer une solution de financement adaptée peut contribuer à lever les freins budgétaires et à faciliter le passage à l'action.
Pour les professionnels du bâtiment, l’enjeu sera de pouvoir proposer un accompagnement plus global, qui ne s’arrête pas au devis et à la réalisation technique du chantier, mais intègre également la question de son financement. Il ne s’agit pas de faire du paiement fractionné une réponse unique à tous les projets. Les besoins diffèrent selon le montant des travaux, la situation financière des ménages et la nature du chantier. C’est pourquoi nous privilégions une gamme de solutions complémentaires, avec des montants et des durées adaptés aux différents besoins.
À terme, nous pouvons envisager que la proposition d’une solution de financement devienne un réflexe plus courant dans le parcours commercial des professionnels de l’habitat, à condition qu’elle reste simple, transparente et adaptée aux capacités de remboursement des clients. Notre ambition est d’accompagner cette évolution en développant des solutions intégrées aux parcours de rénovation et en faisant du financement un levier au service de projets concrets, dans une logique de protection du consommateur et de maîtrise budgétaire.
Source : batirama.com / propos recueillis par Laure Pophillat / © Oney