Une salle des fêtes topophile

À Marcoussis au Sud de Paris, l’agence A19 va livrer une salle des fêtes dans le parc des Célestins, avec une charpente qui dessine les courbes de dénivelé et invite par ses accidents la nature environnante.

Fin septembre 2026, l’après-midi au Parc des Célestins de Marcoussis. Le chantier de la salle des fêtes n’est pas terminé, mais c’est sans doute le meilleur moment pour admirer sa charpente et la beauté du bois encore plein de fraîcheur et qui luit sous ce soleil de plomb de l’interminable sécheresse, mais au milieu d’un parc que la salle des fêtes veut magnifier. En bardage, le Vibrato de Piveteau vibre, ce faux-claire-voie vertical à effet de fines lames qui fait ses preuves depuis quinze ans sur le marché. 

 

La beauté des faces non visibles des panneaux CLT en épicéa scolyté est indéniable. © Jonas Tophoven

 

 

Visible et non visible

C’est le bon moment car on découvre en sous-face de la salle l’aspect non visible des panneaux de CLT, du bleu et du brun qui créent une composition abstraite. On mesure l’évolution des goûts, aujourd’hui, le non visible devient au contraire du visible recherché. Pas de non visible par contre pour les arêtes de la charpente qui resteront visibles. Ce n’est pas forcément un choix de l’agence A19 mais une réalité du marché. Malgré la destruction systématique du parc européen d’épicéas, le marché du BLC, à la différence de celui du CLT, n’intègre pas ou peu le look bois de crise.

 

Les chantiers en bois, rien de tel ! © Jonas Tophoven

 

 

Un terrassement mémorisé

Cruard a fait son œuvre, Jean-Michel Pinault de l’agence d’architecture Malisan pilote l’exécution. Les éléments de charpente, commandés probablement à plusieurs endroits, tant le marché du BLC européen d’épicéa est interchangeable, ont été si bien usinés et assemblés sur site que tout matche. Alors que tout ici est de guingois. Les poutres ne tentent pas de limiter leur emprise par une section massive, au contraire. La possibilité de produire des éléments fins de grande hauteur permet de les usiner dès qu’il faut reproduire la déclivité du sol sans nuire à leur portance. Les connexions invisibles fonctionnent sous tous les angles et le bois les protège en plus contre le feu. Mais le plus impressionnant est la finesse des poteaux d’appui.

 

Aperçu du dessin topophile de la charpente. © Jonas Tophoven

 

 

La finesse des appuis

Le mur rideau extérieur protège les poteaux sans s’écarter de sa trame, les montants noirs s’éclipsent pour dévoiler le parc. À l’intérieur, la finesse des poutres se prolonge telle quelle et se retrouve dans les fins poteaux extérieurs qui portent l’auvent. À un rare endroit, le travail du BE bois Yves-Marie Ligot épaissit légèrement le poteau en profondeur. On le remarque à peine, même s’il ajoute quelques croix de Saint-André en acier aux angles du volume. Il ne s’agit pas d’une charpente de charpentier, mais de la transposition d’une conception architecturale dont le résultat se découvrira à la fin de l’année. À ce moment-là, les auvents qui reflètent si bien le soleil d’automne seront équipés de stores de protection pour dissuader des incursions dans le parc pourtant central, quand la salle n’est pas utilisée.

 

A19 livre également à Marcoussis le domaine de Laronce, malheureusement, une fois de plus dans cette période caniculaire totalement insensible au carbone, avec un projet de MOB basculé en bardage, les locaaires apprécieront lors des prochains canicules. © Jonas Tophoven

 

 

Marcoussis nature et économie

L’idylle est financée par le développement logistique et IA de cette commune limitrophe de l’agglomération, opportunément calée entre l’A10 et l’A104, sur un plateau autrefois dédié au maraîchage. Marcoussis, c’est également la Fédération Française de rugby et on est à côté du circuit de Montléry. La commune livre actuellement, en plus de sa salle des fêtes, le domaine de Laronce également avec l’agence A19, autour du vieux château de la Ronce, une centaine de logements sociaux un peu plantés dans la nature, où l’agence espérait faire la mixité actuelle habituelle de structure béton et MOB, mais qui est devenue un bardage bois.

 

 

De la terre et des choux

S’ajoute le tiers-lieu du Chêne Rond en pisé Terrio, par l’agence des Clics et des Calques, sans oublier la belle halle construite et reconstruite par James, du maraîcher Marco Mascetti, de notoriété publique sur les marchés parisiens à cause de sa démarche de culture placée à l’opposé de ce qu’on enseigne, et qui fait partie des rares pourvoyeur d’alimentation parisienne assez proche des étals pour rejoindre les champs après la fermeture. Il se passe toutes sortes de choses en ce moment à Marcoussis.

 

 

A19 entre l'A10 et l'A104 

A19, c’est aussi la crèche Trousseau, il y a dix ans, la première des crèches éphémères (en bois) voulues modulaires, pour Paris, la seule effectivement construite, déjà avec Cruard, en modulaire 3D. L’agence aime le bois et les défis mais comme dans le cas de Laronce et comme beaucoup d’autres agences aujourd’hui, elle doit se plier aux règles du marché. Dès qu’une commune dispose de moyens, comme dans un désert mouillé, pourtant, les fleurs de l’architecture biogéosourcée actuelle éclosent plus belles que jamais.

 

 
Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven 

↑ Allez en Haut ↑