L’IAA Transportation 2026 s’est tenu en septembre à Hanovre. On y croisait moult premières mondiales et une douzaine de marques chinoises. Électrification et véhicule autonome y tenaient la vedette.
Hanovre est une ville allemande moyenne, située à une grosse centaine de kilomètres au sud de Hambourg. Au fil du temps, elle est devenue la capitale des véhicules industriels. Tous les deux ans, elle accueille en effet l’IAA Transportation, le plus grand salon consacré aux camions et aux VUL d’Europe.
Sur place, le parc des expositions impressionne par son gigantisme. Une vraie ville. Le campus comprend une quinzaine de halls taille XXL. © Nicolas Dembreville
Édition après édition, le salon des utilitaires de Hanovre s’internationalise. Ainsi, cette mouture 2026 regroupait-elle 70 % d’acteurs venus de l’étranger (hors Allemagne). Elle dénombrait aussi un tiers de nouveaux exposants. Ce rendez-vous se révèle donc particulièrement dynamique.
Globalement, l’électrique prend de plus en plus de place sur les stands. Pourtant, dans les faits, les acheteurs ne se précipitent pas. Ainsi, en France, le marché des VUL neufs reste très largement diéselisé (autour de 80 %). Reste que l’évolution est lancée…
Les Chinois en approche
Les constructeurs chinois sont beaucoup plus nombreux que lors de la dernière édition de 2024. On en dénombrait une petite quinzaine cette année dont : BYD, Farizon (Geely), Foton, Sinotruk (ce n’est pas une blague), Montx (GAC), Dongfeng, JAC, ou encore Skyworth. Pour l’instant, ils font surtout acte de présence. Leurs utilitaires sont en majoritairement électriques. Ils ne sont pas encore tous commercialisés mais semblent prêts à prendre la route.
Delivan prépare son arrivée en France avec Gruau
Le groupe Chery (Omoda et Jaecoo) présente Delivan son enseigne spécialiste des VUL. La date de lancement en France n’est pas encore confirmée. Prévoyant, le constructeur a pourtant déjà signé un partenariat avec Gruau… Dans le cadre duquel le carrossier français assure les transformations et aménagements adaptés aux usages professionnels européens : bennes, cabines approfondies, véhicules ateliers…
Delivan, la nouvelle enseigne de VUL du groupe Chery, prépare son arrivée sur le marché français avec l’appui du carrossier Gruau. © Nicolas Dembreville
Farizon présente une version améliorée de son SV électrique
Farizon, la marque spécialiste en utilitaires de Geely, fait également ses débuts européens à Hanovre. Cette enseigne expose une version améliorée de son SV MY27. Ce grand fourgon électrique accueille une nouvelle batterie et une version 4x4. Il est disponible en France depuis le printemps dernier.
Montx dévoile ses futurs utilitaires électriques
Montx est pour sa part, la branche spécialisée utilitaire du groupe GAC. Elle faisait aussi ses débuts européens à Hanovre. Elle exposait deux concepts-cars futuristes : les P10 et V10. Ils annoncent de futurs VUL, basés sur la nouvelle plate-forme ADAA (All-Domain Adaptive Architecture) conçue pour accepter différentes carrosseries et motorisations.
Montx mise sur un design futuriste pour préfigurer sa nouvelle génération de VUL. © Nicolas Dembreville
Maxus, le pionnier
Enfin, le pionnier Maxus (groupe SAIC), déjà là, lors de la précédente édition du salon (2024), disposait cette fois-ci, d’un stand aussi vaste que ceux des grands constructeurs européens. Il y exposait le Robovan, un concept de boîte autonome à roulettes de 6 m3 et 1 500 kg de charge utile. À noter qu’une dizaine d’autres "Box on Wheels", étaient exposées sur le salon !
Le Robovan Maxus. © Nicolas Dembreville
Plus concret, le eDeliver 5 électrique apparait dans une version châssis-cabine. Maxus fait partie des rares constructeurs chinois à proposer des modèles thermiques et hybrides aux côtés de motorisations électriques.
Le Maxus eDeliver 5, fourgon 100 % électrique au design moderne, exposé sur le stand du constructeur. © Nicolas Dembreville
Le Trafic E-Tech fait ses premiers pas
Renault lance au salon la version définitive de son Trafic Van E-Tech qui sera proposé dans les mois à venir. Le nouvel arrivé a décroché le prix du International Van of the Year 2027. Ce véhicule électrique moderne voit son moteur émigrer à l’arrière. Cette architecture libère la partie avant ce qui autorise un diamètre de braquage de 10,3 mètres, équivalent à celui d’une Renault Clio. Intéressant en ville notamment, en cas des manœuvres. Question autonomie, Renault annonce 470 km sur route et même 690 km en ville. La technologie 800 V retenue garantit des recharges ultrarapides.
Le Trafic Van E-Tech a décroché le prix du International Van of the Year 2027. © Renault Véhicules Utilitaires
Le véhicule dispose en outre, d’une connectivité de pointe. Il s’agit ainsi du premier VUL de la marque à architecture SDV (software defined vehicle), permettant des mises à jour à distance ("over the air"). Le véhicule dispose notamment, du système "Uptimize" visant à réduire de 50 % les temps d’immobilisation pour entretien. En théorie, le dispositif détecte les faiblesses avant qu’elles ne se transforment en pannes et commande les pièces détachées à l’avance… Objectif : gagner du temps. Le constructeur propose également, l’application "energy & safety" qui offre la possibilité de réduire la vitesse maxi du véhicule. Parfait pour calmer les ardeurs des conducteurs apprentis pilotes de rallye.
Renault présente sa stratégie "Renault Optimize" au salon de Hanovre, avec un objectif affiché : réduire les temps d’immobilisation des véhicules utilitaires comme leur coût d’exploitation. © Nicolas Dembreville
La sortie de la variante Estafette, vue en 2024, est repoussée. "Il s’agissait d’un concept-car. On verra plus tard", résume Jan Ptacek, le président de Renault Véhicules Utilitaires.
Enfin, la coentreprise avec Volvo et CMA CGM a aussi vécu.
Renault annonce une liste de 300 conversions disponibles sur ce nouveau Trafic. La version châssis-cabine doit notamment servir de base. Elle sera disponible, tout comme la version cabine approfondie, au premier semestre 2027. Le Trafic thermique (né en 2014) poursuit sa carrière, en parallèle. En 2027, il aura même droit à un restylage. En revanche, sa peu performante version électrifiée disparait fort logiquement.
Renouvellement acté chez Stellantis
Pour l’avenir, Stellantis mise fortement sur sa division VUL, Pro One. "Sur le marché des VUL nous détenons 28,7 % du marché européen", se félicite Éric Laforge, le directeur monde de Stellantis Pro One, branche dédiée aux utilitaires. "Nous sommes leader en France, Italie, Espagne et Pologne. Mais globalement, nous constatons que l’électrique peine à démarrer", ajoute le responsable. "En 2026, notre offre électrique au prix de l’essence, a permis de doubler nos ventes. Le mix est ainsi passé de 7 à 15 % du total. Mais en France, le diesel représente toujours 85 % des immatriculations", relativise le responsable.
Reste que l’âge moyen des VUL de Stellantis est supérieur à celui de Renault qui a largement renouvelé sa gamme. Pour réduire l’écart, deux nouveautés devraient rejoindre la gamme Stellantis d’ici à 2030. Ces futurs utilitaires s’appuieront sur des plateformes multi-énergies, notamment la STLA One.
À Hanovre, le groupe dévoile le concept BOW (Box On Wheels) de fourgon autonome sans conducteur, adapté au marché de la livraison. Il vise notamment le marché chinois. "La Chine est très en avance sur ces engins autonomes de livraison. Sur place, le secteur représente déjà 150 000 unités", résume le responsable.
Le BOW de Stellantis explore une nouvelle approche de la livraison urbaine avec ce concept de véhicule 100 % électrique et autonome, conçu pour transporter des marchandises sans conducteur et assurer les livraisons du dernier kilomètre. © Nicolas Dembreville
Dans l’immédiat, le K9 (Citroën Berlingo, Peugeot Partner, Opel Combo, Fiat Doblo), VUL le plus vendu du groupe, reçoit une version Smart (base). Elle est destinée aux professionnels qui se servent de leur véhicule comme d’un bureau mobile. Elle adopte un tableau de bord spécifique, et l’assise du siège passager se rabat au besoin pour dégager ainsi, un coffre supplémentaire de 0,5 m3. Au-dessus, on peut installer une "Modu-table" (en option à 300 euros). Il s’agit d’une pièce en plastique qui fait office de bureau ou de table à manger. L’airbag passager est dans cette configuration supprimé. Une mécanique hybride complètera la gamme, en 2027.
Le K9 de Stellantis, décliné ici en Citroën Berlingo, se dote d’une version Smart pensée pour les professionnels. Son siège passager rabattable libère 0,5 m3 de rangement supplémentaire et peut accueillir une tablette Modu-table, utilisable comme bureau ou table d’appoint. © Nicolas Dembreville
Les utilitaires font le plein de nouveautés
Triporteur électrique chez Fiat
Fiat expose l’attendrissant triporteur électrique Tris, inspiré du Piaggio Ape. Pour Hanovre, ce mini pick-up urbain monoplace à trois-roues et guidon de moto, reçoit de vraies portières. Très compact et maniable, il est basé sur la plateforme électrique des Citroën Ami/Fiat Topolino. Limité à 45 km/h, il se place entre le vélo cargo et le petit utilitaire. Son plateau accepte 540 kg de charge.
L’attendrissant triporteur électrique Tris, de Fiat. © Nicolas Dembreville
Consolidation chez VW
Le constructeur joue à domicile. La marque dispose en effet d’une importante usine toute proche de Hanovre qui fabrique notamment, l’ID. Buzz électrique. La Cargo a droit à une nouvelle version LWB qui frôle les 5 m. Son empattement allongé de 25 cm porte la longueur de chargement à 2,46 m et le volume à 4,4 m3. Le véhicule existe en propulsion ou transmission intégrale 4Motion.
Mercedes Véhicules Utilitaires, le retour…
Absente de la précédente édition, la marque à l’Étoile fait son retour. Sur le stand, trône une sculpture de 6,5 m de long, baptisée The BOuLDER (gros rocher, en anglais). Digne d’un musée d’art contemporain, l’objet annonce de manière originale la future génération du grand fourgon Sprinter attendue pour 2027.
The BOuLDER. © Nicolas Dembreville
Et Kia dans tout ça ?
Le nouveau PV7 allongé tient la vedette. Il viendra prêter main forte au PV5, mi-2027. Sa plateforme dédiée, à architecture 800 volts, permet recharges rapides et jusqu'à 460 km d’autonomie. On pourra choisir entre deux configurations : L2H1 et L2H2 et deux volumes de chargement : 6,1 ou 8 m3 et 1 200 kg de charge utile. Une version à 4 roues motrices rejoindra la gamme ultérieurement.
Le nouveau PV7 allongé de Kia. © Nicolas Dembreville
Un Hilux électrique chez Toyota
La vedette à Hanovre c’est la 9e génération de l’iconique . Profondément renouvelée, elle accueille notamment une version diesel 2,8 l Hybrid 48 V dotée du stop & start. Cette motorisation promet des démarrages plus silencieux et une conduite plus souple. En vente à partir de 55 900 euros.
Mais la gamme reçoit aussi pour la première fois le renfort d’une version 100 % électrique. Elle est donnée pour 240 km d’autonomie, 715 kg de charge utile et 1,6 tonne de remorquage. Elle coûte 69 000 euros. Une variante à pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène est même attendue pour 2028.
La version version 100 % électrique de l'iconique pick-up Hilux. © Nicolas Dembreville
Un fourgon chinois chez Ford
Le constructeur à l’ovale bleu dote son Ranger d’une motorisation hybride rechargeable, une première en Europe pour un pick-up. Le véhicule peut parcourir 50 km en tout électrique. Le fourgon Transit City, VUL urbain fait lui aussi sa première apparition. Produit en Chine par Jiangling Motors (dont Ford possède 30 % du capital), il dispose d’une batterie de 56 kWh autorisant 254 km d’autonomie. Il répond aux usages professionnels urbains. Sa commercialisation est prévue pour fin 2026.
Le fourgon Transit City, produit en Chine. © Nicolas Dembreville
Pour résumer, le Salon de Hanovre montre qu’après le virage électrique deux autres grandes mutations se profilent. La vague chinoise semble prête à déferler et elle pourrait être accompagnée par l’essor du véhicule autonome, qui pointe le bout de son capot. Bien des bouleversements en perspective…
Source : batirama.com / Nicolas Dembreville / © Nicolas Dembreville