GTB, télérelève et EMS : comment combiner ces outils pour améliorer la performance énergétique des bâtiments tertiaires
Le tertiaire pèse lourd dans la transition énergétique française. D'après le SDES, sa consommation finale d'énergie, corrigée des variations climatiques, atteignait 233 TWh en 2025, soit environ 15 % de la consommation finale énergétique nationale. Cette consommation a reculé de près de 7 % entre 2019 et 2025. Mais la baisse ne suffit pas : propriétaires, exploitants et gestionnaires doivent l'inscrire dans la durée, souvent à l'échelle de plusieurs sites, usages et sources de données hétérogènes.
Le cadre réglementaire pèse dans le même sens. Le décret tertiaire impose -40 % de consommation en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050 par rapport à une année de référence, avec une déclaration annuelle sur OPERAT. Dans son bilan de mai 2026, l'ADEME relève que près de la moitié des entités fonctionnelles assujetties étudiées ont déjà atteint leur objectif 2030.
Le Décret BACS renforce parallèlement l'automatisation et le contrôle des systèmes techniques. Il concerne notamment les bâtiments équipés de systèmes de chauffage ou de climatisation d'une puissance nominale utile supérieure à 70 kW. Pour les bâtiments existants concernés, l'équipement intervient lors du renouvellement du système et au plus tard le 1er janvier 2030, sauf notamment lorsque l'installation ne peut être réalisée avec un temps de retour sur investissement inférieur à dix ans.
Disposer de données ne suffit donc plus. Il faut les collecter de façon fiable, comprendre où l'énergie est consommée, repérer les dérives et agir. Trois briques y contribuent : la gestion technique du bâtiment (GTB), la télérelève et les plateformes de management énergétique (EMS, pour Energy Management System). Elles se complètent, et tout l'enjeu est de les articuler.
Trois fonctions, trois rôles
- GTB : superviser les équipements du bâtiment et agir dessus.
- Télérelève : collecter automatiquement les données de consommation.
- EMS : centraliser, analyser et piloter la performance énergétique.
La GTB supervise, et selon les installations commande ou régule, le chauffage, la climatisation, la ventilation, l'éclairage et la production d'eau chaude. Elle est au cœur du décret BACS, qui exige de pouvoir suivre, enregistrer et analyser les données énergétiques des systèmes techniques. La télérelève remonte les index des compteurs et sous-compteurs, et selon les architectures ceux des fournisseurs, des capteurs ou d'autres équipements communicants. L'EMS consolide le tout en indicateurs exploitables par les équipes énergie, technique et immobilier.
Pourquoi la GTB ne couvre pas à elle seule tous les besoins de pilotage énergétique
La GTB reste l'outil de référence pour agir sur le bâtiment : modifier une consigne de température, programmer des plages horaires, repérer certains dysfonctionnements. Son périmètre ne couvre pas pour autant tout le management énergétique. Sur un patrimoine, les données viennent de partout : GTB différentes d'un site à l'autre, compteurs communicants, sous-compteurs, factures et données fournisseurs, équipements IoT, bases patrimoniales. Chaque bâtiment peut être équipé différemment. L'objectif n'est plus de superviser une installation, mais d'obtenir une lecture homogène de la performance de l'ensemble du parc.
Télérelève et sous-comptage : savoir où l'énergie est consommée
La consommation globale est un point de départ. Pour trouver les vrais leviers, il faut descendre au niveau des usages. Le sous-comptage répartit les consommations par poste (chauffage, climatisation, ventilation, éclairage, informatique, équipements spécifiques) et la télérelève automatise leur remontée, sans relevés manuels.
Prenons un bâtiment qui consomme 500 MWh par an. Ce chiffre donne un niveau, pas une cause. Avec des données par usage, on voit que la hausse vient du chauffage, de la climatisation ou d'un équipement qui tourne hors des horaires d'occupation. La donnée sert alors à hiérarchiser les actions, pas seulement à constater.
L'EMS : de la donnée au pilotage
Un EMS consolide les données issues des compteurs, de la télérelève, des fournisseurs et des systèmes techniques. Sur un parc multisite, une plateforme comme Ubigreen les réunit dans un environnement commun pour analyser les consommations et suivre la performance de chaque bâtiment. Elle permet de :
- comparer les bâtiments entre eux et suivre leurs consommations dans le temps ;
- construire des indicateurs de performance énergétique ;
- détecter plus vite les dérives et identifier les sites à traiter en priorité ;
- mesurer les résultats d'une action une fois mise en œuvre;
- définir et suivre différents objectifs de performance énergétique ou de décarbonation (Décret Tertiaire, ISO 50001, trajectoire Net Zéro, CPE...) et les plans d'action associés.
C'est un outil de travail quotidien pour les Energy Managers et responsables immobiliers qui pilotent plusieurs dizaines, voire centaines de sites.
Tableau de bord d’Accueil - Plateforme de management énergétique Ubigreen
Articuler GTB, télérelève et EMS
Les trois briques forment une chaîne de données et d'actions : compteurs et équipements → télérelève → centralisation dans l'EMS → analyse → identification des dérives → action sur le bâtiment, par les équipes techniques ou via la GTB.
Cette architecture préserve l'existant. Il n'est ni réaliste ni nécessaire de remplacer toutes les GTB et tous les compteurs : on ajoute une couche qui agrège des données issues de technologies différentes. L'interopérabilité devient donc un critère de choix central pour le management énergétique multisite.
Suivre le décret tertiaire avec des données maîtrisées
Centraliser les données facilite le suivi des objectifs du décret tertiaire, surtout sur un parc nombreux. Au-delà de la déclaration sur OPERAT, l'enjeu est de piloter la trajectoire : quels sites progressent, lesquels s'éloignent de leur objectif, où concentrer les investissements et les actions.
Du suivi au pilotage
Accumuler des données ne garantit pas la performance. La valeur vient du lien entre mesure, analyse et action : la GTB agit sur les équipements, la télérelève fiabilise la collecte, l'EMS consolide et éclaire la décision. Pour un patrimoine tertiaire multisite, c'est leur combinaison qui associe performance opérationnelle, maîtrise des coûts et suivi des objectifs réglementaires.
Source : batirama.com