À Batimat, Marine Le Pen, Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon ont détaillé leurs propositions pour le bâtiment. Logement, rénovation, normes, emploi et formation étaient au cœur des échanges.
La campagne présidentielle s’est invitée au cœur de Batimat. Lundi 28 septembre, Marine Le Pen, Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon se sont succédé au Paris Builders Show pour un Grand Oral consacré au logement, à la construction et à la rénovation. Face à eux, outre un public venu en nombre, les représentants de la FFB, de la CAPEB et d’Uniclima ont posé les questions qui préoccupent aujourd’hui les entreprises : normes, visibilité, financement, recrutement, rénovation énergétique et relance de la construction.
De gauche à droite : Jean-Christophe Repon, Frédéric Carré et Stanislas Lacroix, trois dirigeants représentant des organisations majeures de la filière du bâtiment : la CAPEB, la FFB et Uniclima, le syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques. © Laure Pophillat
Un exercice sans débat contradictoire, mais qui aura permis de mesurer les différences d’approche des trois candidats face à un secteur qui réclame avant tout de la visibilité et une activité suffisante pour investir, embaucher et construire.
Marine Le Pen veut "libérer l’acte de construire"
Première à prendre la parole, Marine Le Pen a placé son intervention sous le signe de la simplification. La candidate du Rassemblement national a insisté sur la nécessité de "libérer l’acte de construire" et de desserrer l’étau réglementaire qui, selon elle, pèse sur les professionnels. Elle a notamment évoqué son expérience familiale et son contact avec les artisans à travers la rénovation de la maison de pêcheur de son père à La Trinité-sur-Mer. Elle a rendu hommage à ces "métiers de passion, de savoir-faire et de précision", avant de résumer leur rôle par une formule particulièrement appuyée : "vos métiers, c’est de donner à vos contemporains leur lieu de vie. Rien que ça".
Son ambition tient dans une autre formule : je "veux que s’ouvre chez nous l’ère des bâtisseurs". Pour y parvenir, elle structure son programme autour de trois axes :
– "voir loin", pour anticiper et préparer ;
– "Agir près", avec l’objectif d’engager "une relance puissante et robuste du secteur" ;
– Et "alléger" les normes et les restrictions qui, selon elle, freinent la construction.
Le foncier et les règles d’urbanisme constituent ainsi l’un des principaux axes de son programme. Marine Le Pen entend notamment supprimer le ZAN, revoir la loi SRU et alléger différentes contraintes réglementaires. Elle défend surtout une plus grande autonomie des territoires : "les besoins se décident sur le territoire, et pas à Paris". Une approche qui rejoint l’une des préoccupations régulièrement exprimées par les professionnels : comment produire davantage de logements alors que les contraintes foncières, réglementaires et environnementales se multiplient ?
Sur le diagnostic de performance énergétique, le ton est tout aussi direct : "le DPE est absurde". La candidate propose par ailleurs de revoir en profondeur le système d’aide à la rénovation énergétique. Son dispositif "100 % Rénov" doit remplacer la logique de subvention par celle du prêt, avec un mécanisme adossé au logement. Elle entend ainsi rompre avec le modèle de MaPrimeRénov’, dont elle critique – notamment – la complexité.
Mais son intervention ne s'est pas limitée au logement. Marine Le Pen a également insisté sur le travail manuel, la revalorisation des métiers et la réindustrialisation du pays. Et sur ce terrain, elle estime que les chambres de métiers et de l’artisanat sont les mieux placées pour accompagner les entreprises comme les professionnels.
"Je veux libérer l’acte de construire", affirme Marine le Pen, ici en photo, avec l’objectif assumé de relancer une construction aujourd’hui à l’arrêt. © Laure Pophillat
Gabriel Attal : "je suis venu vous parler avec mes tripes"
Gabriel Attal a adopté une autre approche, davantage centrée sur les mesures qu’il affirme avoir voulu engager lorsqu’il était Premier ministre. "Je suis venu vous parler avec mes tripes", lance-t-il d’emblée. Son diagnostic est sévère, mais il refuse d’en faire une fatalité : "j’ai la conviction que des choix politiques peuvent inverser une mauvaise position". L’ancien Premier ministre est longuement revenu sur le travail engagé avec Guillaume Kasbarian, qu’il avait nommé au Logement : "j’avais nommé un ministre qui cassait les codes, Guillaume Kasbarian". Dans la foulée, il a ensuite déroulé la liste des mesures engagées sous son gouvernement mais interrompues par la dissolution de l’Assemblée nationale, qui avaient pour fil conducteur de faciliter la construction comme de remettre du mouvement dans un marché du logement bloqué.
Son programme repose sur trois priorités :
– la première est celle d’un "choc d’offre et de demande" destiné à relancer simultanément la construction et le marché du logement ;
Gabriel Attal, ici en photo, défend notamment une simplification du ZAN et des mesures destinées à faciliter la construction. Il propose aussi d’intégrer le logement intermédiaire dans les quotas de logements sociaux imposés aux communes. © Laure Pophillat
– La deuxième priorité concerne la rénovation énergétique, "une priorité absolue" – mais plutôt que de multiplier les changements de règles, il défend une politique "durable et long-termiste", avec une loi de programmation destinée à donner aux ménages et aux entreprises une visibilité sur cinq ans.
– Troisième priorité, les compétences – Gabriel Attal veut mettre en place "un pacte sur les compétences" afin notamment de mieux former les jeunes aux métiers du bâtiment.
Le candidat pointe également le coût du travail : "le bâtiment souffre d’un coût du travail trop élevé", défendant dans ce cadre le "droit au brut", c’est-à-dire une approche visant à faire bénéficier directement les salariés de certaines baisses de prélèvements sous forme de rémunération.
Enfin, il a annoncé un plan d’investissement dans la géothermie "de l’ampleur de ce qui a été fait sur le nucléaire" afin de développer le chauffage comme le rafraîchissement des logements et des équipements publics.
Malgré l’ampleur de la crise, il veut croire à un retournement : cette "situation très difficile a un impact sur tout mais nous avons les capacités de nous en sortir".
Mélenchon : "si je suis élu, vous aurez quelqu’un qui s’y connaît quelque chose, déjà"
Pour Jean-Luc Mélenchon, le passage au Grand Oral s'inscrit dans une séquence consacrée depuis plusieurs jours au logement, au BTP et à la formation professionnelle. Le vendredi 25 septembre, trois jours avant son intervention à Batimat, le candidat de La France insoumise s'était rendu au BTP CFA de Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis. Veste de couvreur sur le dos, il y a rencontré des apprentis, des enseignants et des représentants du secteur. "Je reviens à mes vieilles passions", a-t-il lancé, en référence à son passage au gouvernement de Lionel Jospin comme ministre délégué à l'Enseignement professionnel entre 2000 et 2002, ce qu'il a également rappelé lors du Grand Oral. Cette visite n'était pas seulement symbolique. Elle lui a permis de remettre au premier plan les questions de formation, de qualification et de recrutement, avant de les développer devant les professionnels du Paris Builders Show.
Jean-Luc Mélenchon, ici en photo, est arrivé avec un document sous le bras : son "plan d’investissement productif BTP/Logement". Son premier message est destiné directement aux organisations professionnelles. "Je connais le BTP et vos organisations car j’ai été ministre de l’enseignement professionnel". © Laure Pophillat
Son diagnostic part d’une critique du fonctionnement actuel du marché du logement : il y a "eu l’idée que le logement était un marché et seulement ça". Pour LFI, la réponse passe par un retour massif de l’investissement public et une planification de la production : "en tant que gouvernement, nous voulons 400 000 logements, 700 000 réhabilitations, 300 000 emplois". Face à la question du financement, Jean-Luc Mélenchon nous informe qu'il y a "des montagnes, des icebergs d’argent".
Il insiste cependant sur la méthode : "je ne fais pas de promesses, je veux passer des contrats avec les organisations professionnelles". L’objectif est donc de contractualiser davantage avec les représentants de la filière comme de donner une visibilité aux entreprises sur les volumes de travaux à venir.
Jean-Luc Mélenchon a également abordé le sujet de la REP PMCB, la qualifiant de "ce machin-là", qui "sera entièrement refondu". Le sujet des déchets et du coût de leur collecte reste en effet particulièrement sensible pour les artisans et entreprises, confrontés depuis la mise en place de la filière à des difficultés de fonctionnement comme de maillage. C’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon insiste sur les "points de collecte", l’un des axes de son programme avec la planification et la création d’un nouvel outil étatique, et ce afin de permettre aux entreprises d’accéder à un véritable circuit d’économie circulaire et "ne plus la vivre comme un abus de pouvoir".
Sur l’apprentissage, le candidat ne remet pas en cause le principe, mais veut lutter contre les formations qu’il considère comme insuffisamment qualifiantes. "je n’ai rien contre l’apprentissage, j’ai tout contre les arnaques", affirme-t-il. Pour lui, "la bonne formation, c’est celle qui garantit qu’en bossant, on ira d’une étape à une autre".
Trois visions du bâtiment, une même question : comment relancer l’activité ?
Derrière les différences de méthode, les trois interventions ont fait apparaître une même urgence : remettre la construction et la rénovation en mouvement. Toutefois, au-delà des programmes, les représentants du bâtiment ont posé une même question, cruciale, aux trois candidats : comment redonner du travail aux entreprises aujourd’hui fragilisées ? Car derrière les débats sur le ZAN, le DPE, MaPrimeRénov’, la REP, le coût du travail ou le financement du logement, la réalité demeure celle rappelée en ouverture par la FFB et la CAPEB : un secteur qui encaisse une nouvelle année de baisse, des entreprises qui disparaissent et des emplois menacés.
Le Grand Oral de Batimat aura au moins eu le mérite de replacer le bâtiment au cœur de la campagne présidentielle.
Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Laure Pophillat