La Fondation du patrimoine lance son Pass Patrimoine : les adhérents pourront visiter plus de 500 sites en France et une partie des recettes contribuera directement à leur entretien et leur restauration.
Visiter davantage de monuments tout en contribuant à leur entretien : c’est le principe du Pass Patrimoine lancé par la Fondation du patrimoine. À partir du 18 septembre, les personnes qui adhéreront à la Fondation pourront choisir entre quatre formules et accéder, pendant un an, à plus de 500 sites – monuments, châteaux, musées, jardins et autres sites patrimoniaux –répartis sur le territoire français.
L’offre vise aussi bien d'iconiques monuments que des lieux plus confidentiels. Le château de Versailles, le domaine national de Chambord, le château de Fontainebleau, Vaux-le-Vicomte, les Hospices de Beaune, l’abbaye de Fontevraud, la Villa Ephrussi de Rothschild ou encore le théâtre antique d’Orange figurent parmi les sites annoncés.
La villa Ephrussi de Rothschild, à Saint-Jean-Cap-Ferrat : construite entre 1907 et 1912 à la demande de la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild, cette demeure Belle Époque mêle influences Renaissance italienne et espagnole. Son domaine de sept hectares est ponctué de jardins aux styles variés. © Berthold Werner - CC BY-SA 3.0
À côté de ces monuments très fréquentés, la Fondation veut également orienter les visiteurs vers un patrimoine moins connu : la Maison d’Ernest Renan dans les Côtes-d’Armor, le château de Villandraut en Gironde, l’Écomusée Textile - Parc de Wesserling dans le Haut-Rhin, le château de Javarzay dans les Deux-Sèvres, l’abbaye Saint-André de Valmagne dans l’Hérault ou encore le Four des Casseaux en Haute-Vienne.
Fondée en 1139, cette ancienne abbaye cistercienne – l'abbaye de Valmagne, à Villeveyrac (34) – mêle architecture gothique et héritage roman. Son église, construite à partir de 1257, abrite aujourd’hui un étonnant chai viticole, témoignage de l’histoire mouvementée du monument. © Laure Pophillat
Le fonctionnement est pensé afin de permettre des visites répétées : le site du Pass Patrimoine indique que l’abonnement peut être rentabilisé dès une visite tous les deux mois, selon les tarifs d’entrée des sites visités. © Laure Pophillat
80 % des recettes reversées aux sites visités
L'originalité du dispositif réside toutefois dans son modèle économique, car le Pass n'a pas seulement vocation à multiplier les visites de monuments. La Fondation du patrimoine veut également transformer ces visiteurs en source de revenus complémentaires pour les sites partenaires. Ainsi, pour chaque entrée validée, le site visité percevra en moyenne 80 % du tarif plein de son billet. Les revenus générés pourront ensuite contribuer au financement de différentes dépenses : restauration, entretien des bâtiments, médiation, accueil du public ou encore développement d'activités.
La Fondation indique par ailleurs que les éventuels excédents dégagés par l'opération seront prioritairement consacrés à l'accompagnement des sites partenaires. Le principe est donc différent d'une simple carte de réduction : plus les détenteurs du Pass visitent les sites partenaires, plus ceux-ci sont susceptibles de bénéficier de recettes supplémentaires.
Taillé directement dans la falaise, cet impressionnant escalier du Roy d’Aragon, à Bonifacio (Corse) compte 187 marches et descend vers la mer sur près de 65 mètres. Selon la tradition, il aurait été creusé en une seule nuit par les troupes du roi d’Aragon lors du siège de Bonifacio en 1420. © XtianDuGard
Faire découvrir les petits patrimoines
L'autre objectif affiché est de mieux faire connaître des lieux qui disposent d'une visibilité moindre que les grands monuments touristiques. La liste des partenaires rassemble ainsi des institutions nationales comme des propriétaires de monuments privés ou publics. Le dispositif a notamment été construit avec La Demeure Historique, le Centre des monuments nationaux, le Grand Palais-RMN, l'Institut de France, l'Union REMPART, l'association des Petites Cités de Caractère de France et l'association Les Plus Beaux Villages de France. La Fédération des Conservatoires d'espaces naturels fait également partie des partenaires annoncés.
Cette volonté d'élargir les flux touristiques à des sites moins connus était déjà présentée comme l'un des buts du projet lors de son annonce en juin. Le dispositif s'inspire notamment du modèle du National Trust britannique, qui repose lui aussi sur une communauté de membres contribuant à la conservation du patrimoine tout en bénéficiant d'un accès aux sites.
Créé en 1994 autour du château de la Foltière, le parc botanique de Haute-Bretagne, à Le Châtellier, en Ille-et-Vilaine, s’étend sur près de 25 hectares et rassemble une trentaine de jardins thématiques, inspirés de différentes époques et régions du monde. Un lieu où la botanique se découvre autant qu’elle se contemple. © Alain Jouno
Un modèle qui doit créer de nouvelles ressources pour restaurer
Le Pass ne se limite pas à l'accès aux monuments puisque les adhérents pourront également être invités à des visites éphémères, des conférences et des concerts organisés dans des sites soutenus ou sauvés par la Fondation du patrimoine. Certains partenaires prévoient par ailleurs des avantages spécifiques, tels que des accès simplifiés ou coupe-file, et la Fondation annonce des "avantages exclusifs" dans certains sites prestigieux.
La Fondation du patrimoine justifie cette nouvelle formule par l'augmentation des coûts d'entretien et de restauration, alors que les financements publics sont contraints. L'idée consiste à rechercher une nouvelle source de financement directement liée à la fréquentation des sites. "Depuis 30 ans, la Fondation du patrimoine est le premier partenaire des propriétaires privés et publics de patrimoine. Aujourd’hui, elle écrit une nouvelle page de cette histoire commune. Avec le Pass Patrimoine, les adhérents de la Fondation du patrimoine vont promouvoir une grande communauté des amoureux du patrimoine. C’est cette communauté qui va créer une grande adhésion populaire permettant de sauver, découvrir, partager et transmettre le patrimoine", explique Guillaume Poitrinal, le président de la Fondation du patrimoine.
Pour Catherine Pégard, ministre de la Culture, la finalité est de rapprocher le public des lieux patrimoniaux : "notre patrimoine est partout, à portée de main et de regard. Il est notre bien commun et ce qui nous rassemble. À cet égard, il nous revient de le promouvoir et d’en prendre soin. C’est l’objectif du Pass patrimoine : permettre un accès à plus de 500 sites patrimoniaux partout en France, et contribuer en même temps à leur entretien".
Le lancement du Pass est intervenu à l'occasion des Journées européennes du patrimoine des 19 et 20 septembre 2026, pour lesquelles lusieurs sites avaient annoncé leur participation :à Provins, par exemple, la Tour César, la Grange aux Dîmes, les Souterrains et le prieuré Saint-Ayoul ont intégré le dispositif à partir du 18 septembre. Le château de Vayres, en Gironde, a également rejoint le réseau lors des Journées européennes du patrimoine.
La Fondation précise que le réseau pourra continuer à évoluer et que les sites souhaitant rejoindre le Pass Patrimoine peuvent se rapprocher de l'association qui porte le dispositif. Pour les futurs adhérents, la souscription est proposée en ligne. Le site de la Fondation précise également qu'une adhésion classique sans Pass Patrimoine demeure possible pour les personnes souhaitant soutenir son action sans bénéficier du dispositif d'accès aux sites. "Comme moi, rejoignez la Fondation du patrimoine et recevez votre Pass Patrimoine dès 6,50 € par mois pour pousser les portes de 500 sites prestigieux. Offrez-vous une année portes ouvertes", résume Stéphane Bern, chargé de la Mission Patrimoine.
Édifié au début du Ier siècle sous le règne d’Auguste, le théâtre antique d’Orange, dans le Vaucluse, est l’un des théâtres romains les mieux conservés au monde. Son immense mur de scène, haut de 37 mètres, demeure l’élément emblématique du monument, toujours utilisé aujourd’hui pour des spectacles. © Benh LIEU SONG - CC BY-SA 2.0
Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Vincent Schneider