Carburants : "Je n’ai pas envie d’embêter Total", assume le ministre Papin

Alors que le gazole atteint un record à 2,41 euros le litre en moyenne, le ministre des PME Serge Papin défend le plafonnement pratiqué par TotalEnergies. "Je n’ai pas envie d’embêter Total", assume-t-il.

La phrase risque de faire jaser. Interrogé ce matin sur BFM-RMC, le ministre des PME et du Commerce Serge Papin a été très clair sur sa position concernant TotalEnergies : "Je n’ai pas envie d’embêter Total". Alors que le prix du gazole atteint des niveaux records et que certains responsables politiques réclament davantage de transparence sur les marges du groupe, le gouvernement mise pour l’instant sur le plafonnement volontaire pratiqué par le pétrolier. "Ce que je souhaite, c’est que Total continue pendant cette période de crise à plafonner son prix à 2,25 euros pour le gasoil et à 1,99 euros pour le sans plomb", a détaillé le ministre sur BFM-RMC. 

Une position qui intervient alors que le prix moyen du gazole en France a atteint 2,41 euros le litre dimanche, un niveau record. Dans ses stations, TotalEnergies maintient pour sa part un plafond à 2,25 euros pour le gazole et 1,99 euro pour l’essence. 

 

 

"Je n’ai pas envie d’embêter Total"

Serge Papin assume donc une approche pragmatique : plutôt que de chercher à contraindre davantage TotalEnergies, le ministre souhaite que le groupe poursuive son plafonnement durant la période de crise. "Je n’ai pas envie d’embêter Total", a-t-il répété, après avoir expliqué que le groupe disposait d’un modèle intégré lui permettant de produire, raffiner et distribuer ses carburants – TotalEnergies bénéficie à la fois d'activités de production, de raffinage et de distribution, contrairement à de nombreuses stations indépendantes qui achètent leur carburant à des fournisseurs. Il a également souligné que le Groupe réalisait ses bénéfices à l’échelle mondiale, alors que le plafonnement concerne son réseau français. 

Le sujet est d’autant plus sensible que le dispositif n’est pas neutre pour TotalEnergies. Selon son PDG Patrick Pouyanné, le plafonnement mis en place depuis plusieurs mois de manière discontinue aurait déjà représenté un coût compris entre 250 et 300 millions d’euros pour le groupe. 

 

 

Un plafonnement généralisé exclu ... et une (autre) polémique

L’autre question porte sur une éventuelle extension de ce mécanisme à l’ensemble des distributeurs. Toutefois, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin a écarté cette possibilité ce mercredi matin sur Public Sénat. Son argument : imposer un prix plafond identique à tous les distributeurs pourrait mettre en difficulté les petites stations-service, notamment en zone rurale. 

La polémique porte également sur les bénéfices du Groupe : TotalEnergies a enregistré au premier semestre 2026 un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars, en hausse de 72 % sur un an, dans un contexte de forte hausse des prix des hydrocarbures liée au conflit au Moyen-Orient, ce qui alimente les appels à une taxation supplémentaire des bénéfices exceptionnels du secteur énergétique.

Le sujet a notamment été relancé par Raphaël Glucksmann, qui a accusé le gouvernement de bloquer une initiative européenne visant à taxer les bénéfices exceptionnels des énergéticiens. La porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon a contesté cette lecture : la "France ne bloque pas cette initiative", rappelant que le Premier ministre Sébastien Lecornu avait indiqué au printemps ne pas avoir "d’objection de principe" à une telle mesure. 

 

 

Les CEE dans le viseur

Serge Papin a également ouvert un autre front : celui des certificats d’économies d’énergie (CEE). Lesdits dispositifs, qui obligent notamment les fournisseurs d’énergie à financer des actions d’économies d’énergie, sont régulièrement accusés par certains responsables politiques de contribuer à renchérir les prix payés par les consommateurs. Le ministre s’est dit "favorable" à "un débat" sur le sujet et estime qu’il "faudrait qu’il y ait une opération de transparence". Il a toutefois précisé qu’il n’était pas possible de supprimer les CEE par simple décret. 

 


Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © IA / Laure Pophillat

 

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