Carburants : le gouvernement écarte la pénurie malgré les ruptures dans les stations

Alors que le gazole dépasse 2,30 euros le litre, le gouvernement écarte tout risque de pénurie. Certaines stations connaissent toutefois des ruptures, notamment chez TotalEnergies.

La flambée des prix du carburant se poursuit en France, mais le gouvernement veut éviter tout scénario de pénurie. Invitée mardi sur France 2, la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon assure que l’approvisionnement reste globalement assuré, alors que les indisponibilités se multiplient dans certaines stations et que le gazole dépasse désormais 2,30 euros le litre.

 

"Il n'y a aucun risque de pénurie et 90% des stations n'ont aucune difficulté d'approvisionnement", a indiqué Maud Bregeon, ici en photo. Selon la ministre, 10 % des stations connaissent toutefois une pénurie d’au moins un carburant. La situation apparaît particulièrement tendue dans le réseau TotalEnergies. En raison du plafonnement des prix mis en place dans ses stations, "86 % des stations" du groupe seraient touchées par des ruptures, a précisé la ministre. © Ministère de l'Énergie

 

Cette tension intervient alors que les prix à la pompe continuent de progresser : depuis le week-end, le gazole frôle son record enregistré depuis le déclenchement de la guerre en Iran en février dernier et dépasse désormais 2,30 euros le litre. Selon les données du site gouvernemental, 13 % des stations-service présentaient lundi des indisponibilités, contre 8 % le 12 septembre. Toutefois, le gouvernement assure disposer des moyens nécessaires afin d'éviter une rupture généralisée d’approvisionnement. Maud Bregeon avait déjà tenu un discours similaire au printemps, en rappelant alors l’existence des stocks stratégiques de pétrole.

 

 

Coopérative U accuse Total de "concurrence déloyale"

Le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, partage le constat selon lequel il n’existe pas de risque de pénurie à l’échelle nationale. "Il n'y a pas de risque de pénurie", a-t-il renchéri sur LCI. Toutefois, le dirigeant maintient ses critiques contre TotalEnergies, qu’il accuse de pratiquer une "concurrence déloyale". "Quand les marges [de ce groupe, ndlr] sont multipliées par 4 ou par 5, c'est quand même tout à fait exceptionnel", a-t-il déclaré. De fait, Dominique Schelcher appelle à agir directement sur les prix de vente aux distributeurs : une "chose qui bénéficierait à tous les Français, c'est de vendre moins cher à tous les vendeurs de carburant, dont nous par exemple, pour permettre de toucher un plus grand nombre avec un prix réduit".

De son côté, Michel-Edouard Leclerc propose une autre piste pour contenir la facture à la pompe : il plaide pour "– et il n'est pas le seul ...

 

 

Carburants : face à la flambée des prix, Retailleau mise sur la suppression des CEE

 

Retailleau propose de supprimer les certificats d’économies d’énergie

Le candidat LR à la présidentielle Bruno Retailleau propose également, afin de faire baisser le prix des carburants, de supprimer les certificats d’économies d’énergie. Selon lui, cette mesure permettrait de réduire le prix de l’essence de 15 à 17 centimes par litre, soit "une économie de 8,5 euros par plein d’essence". "Je suis le candidat qui veut augmenter le pouvoir d'achat des Français sans un euro de dette en plus", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

Créé en 2005 sur le principe du pollueur-payeur, le dispositif des CEE impose aux fournisseurs d’énergie de financer des actions destinées à réduire la consommation d’énergie comme à améliorer l’efficacité énergétique. Son champ d’application s’est progressivement élargi, notamment à la mobilité électrique. Bruno Retailleau avait déjà proposé au printemps de supprimer les CEE appliqués à l’électricité, avec l’objectif annoncé de permettre aux ménages d’économiser l’équivalent de "deux factures mensuelles". Il souhaite désormais étendre cette suppression aux carburants.

 

 

Pas de baisse de TVA pour le candidat LR

Bruno Retailleau refuse en revanche de toucher à la TVA sur les carburants. Il a notamment critiqué la proposition de Marine Le Pen, qui souhaite ramener la TVA sur l’énergie de 20 % à 5,5 %. "Prenez garde aux bonimenteurs !", a lancé le président des Républicains, estimant que cette mesure coûterait "15 milliards sans un euro de financement en face". "On n'a pas les moyens de le faire", a-t-il ajouté.

Le candidat LR s’est également opposé à la proposition de La France insoumise de bloquer le prix de l’essence à 1,70 euro le litre, jugeant qu’une telle mesure "entraînerait une situation de pénurie". Il défend parallèlement une hausse du pouvoir d’achat par le travail, avec une exonération des cotisations salariales et patronales à partir de la 36e heure travaillée. Selon son calcul, "30 minutes de plus chaque jour" permettraient à un salarié de gagner "quasiment deux mois de plus".

 

 

L'aide aux "grands rouleurs" pourrait encore évoluer

Face à cette nouvelle flambée, le gouvernement maintient également la possibilité d'adapter ses dispositifs d'aide. Interrogée sur une éventuelle prolongation des aides, notamment l'indemnité destinée aux ménages modestes effectuant de nombreux kilomètres, Maud Bregeon a répondu : "on s'adapte et tous les deux à trois mois, on prolonge lorsque c'est nécessaire ces dispositifs".

 

L'aide dite des "grands rouleurs", initialement fixée à 50 euros, a été portée à 100 euros. Le dispositif est actuellement ouvert jusqu'au 30 septembre 2026. © Magnific

 

La ministre n'exclut pas une nouvelle hausse de l'aide. "Je ne ferme aucune porte", a-t-elle déclaré, tout en appelant une nouvelle fois les "1,5 million" de personnes éligibles qui n'ont pas encore effectué leur demande à le faire. Le gouvernement indique que près de trois millions de travailleurs modestes peuvent bénéficier de cette indemnité de 100 euros. 

 

 

La hausse des prix provoque également des mouvements de contestation dans les secteurs les plus exposés. Plusieurs dizaines de pêcheurs bloquent ainsi mardi matin un dépôt pétrolier à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, pour protester contre l'envolée du prix du carburant et la dégradation de leurs conditions de travail. Le blocage intervient alors que le gouvernement a prolongé en septembre et octobre les aides destinées aux secteurs les plus touchés par la hausse des carburants, notamment l'agriculture, la pêche et le BTP

 


Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © IA / Laure Pophillat

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