Des carrières au bois : pourquoi le groupe CB mise gros sur la construction bois

Thibaut Poulain, directeur général du groupe Carrière du Boulonnais en 5e génération, explique son entrée dans le monde de l’industrie du bois d’œuvre.

 Après 130 ans passés à extraire et transformer des matériaux minéraux, le groupe Carrières du Boulonnais (CB) change progressivement de terrain de jeu. En effet, l’entreprise familiale, qui réalise 250 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 800 salariés, vient de renforcer son activité dans le bois avec la reprise de Cosylva, spécialiste du lamellé-collé en Douglas, et de James, fabricant reconnu dans la construction de bâtiments pour les haras et le monde agricole. Un choix qui ne relève pas d’un simple élargissement de portefeuille : le groupe entend faire évoluer son modèle vers des activités davantage en phase avec les enjeux environnementaux.

Pour Thibaut Poulain, représentant de la cinquième génération, le bois constitue notamment un secteur stratégique en raison de sa capacité à stocker du carbone. Il explique à Batirama les raisons de ce virage ainsi les ambitions du groupe pour ses nouvelles filiales.

 

Thibaut Poulain, ici en phooto, est aujourd’hui le directeur général du Groupe CB. Il a notamment piloté les opérations de diversification du groupe dans la filière bois, avec l’acquisition de Cosylva fin 2024, puis celle de James en 2025. Diplômé de l’INSEAD, il représente la cinquième génération de la famille Poulain à la tête du groupe. © Groupe CB

 

 

Jonas Tophoven / Batirama :  le groupe Carrières du Boulonnais a 130 ans d’histoire. Quel est aujourd’hui son positionnement et comment envisagez-vous son évolution face aux enjeux environnementaux ?

Thibaut Poulain : L’origine du groupe Carrières du Boulonnais remonte à 130 ans, 1896, avec la production de marbre, qui a évolué vers celle de granulats. Au fil des générations, l’entreprise affine son savoir-faire de transformation de matériaux en proposant des produits techniques, d’une part pour la construction, mais aussi des produits réfractaires qui constituent une part notable de l’export. S’ajoutent des poudres minérales pour l’industrie, la construction et l’agroalimentaire, utilisés notamment dans la décarbonation des ciments : du calcaire si finement broyé qu’il se substitue en partie au calcaire cuit de la production de klinker. Nous employons 800 personnes et notre chiffre d’affaires est de 250 millions d’euros, dont 25 % à l’étranger avec notamment une production de réfractaires aux USA. Je représente la 5e génération d’un groupe spécialisé dans la transformation de matière, qui souhaite évoluer vers des secteurs d’activités plus respectueux de l’environnement.

 

Manège Bo Ranch James, La Chapelle la Reine, au Sud-Est de l'Ile de France. © Groupe CB

 

 

J. T / Batirama : pourquoi avez-vous opté pour la reprise de Cosylva et de James ?

Thibaut Poulain : Nous avons cherché, sur le marché du bois, quelles entreprises pourraient compléter notre portefeuille. Cosylva est un lamelliste qui fait donc de la transformation de matière dans le domaine du bois. Nous avons saisi cette opportunité et la reprise de James est venue dans la foulée sans lien direct. Ensemble, les deux entités représentent un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros et constituent donc une division substantielle du groupe. Dans le contexte climatique actuel, nous pensons que l’industrie du bois dispose de possibilité de développement, notamment à cause de ses propriétés de stockage de carbone.

 

Magnifique halle du Barp par Cosylva. Livraison 2025, Val de l'Eyre, Gironde. Agence d'architecture Métaphore, BE Cesma, charpente Julien Lavoine Charpentiers. © Groupe CB

 

 

J. T / Batirama : les reprises de Cosylva et de James remontent à environ six mois, comment analysez-vous leur situation ?

Thibaut Poulain : Le monde du bois est pour nous nouveau. Nous sommes en phase d’apprentissage. Il n’est pas question pour nous de changer le fonctionnement de ces deux entités dans leur structure, approvisionnements, personnel. Nous ne venons pas sur ce marché pour lui enseigner à être plus profitable, du moins dans un premier temps. Il s’agit surtout d’observer et d’apprendre.

 

Cosylva à Bourganeuf dans la Creuse, acteur clé de l'architecture française du Douglas. © Groupe CB

 

 

J. T / Batirama : comment la filière bois vous a-t-elle accueilli ?

Thibaut Poulain : J’ai été personnellement agréablement surpris du bon accueil dont le groupe CB a bénéficié dans cette filière. De leur côté, les marques Cosylva et James disposent d’une très bonne cote. Cosylva, notamment comme spécialiste et initiateur du BLC Douglas, fournit une quantité impressionnante de constructeurs bois et s’adapte aux demandes des architectes. On retrouve des éléments Cosylva partout en France, non seulement des poutres à inertie variables ou non, mais aussi nos fameux poteaux circulaires. Quant à James, il s’agit d’un acteur prestigieux sur le marché des haras, également positionné sur celui des hangars agricoles. Il s’agit de deux fleurons de la construction bois française au sens large, et nous sommes fiers de les développer à partir d’un groupe familial français industriel, spécialisé dans la transformation de matière. 

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Groupe CB

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