Ancienne ingénieure dans l’industrie pétrolière, la Kényane Nzambi Matee a développé une solution pour transformer certains déchets plastiques difficiles à recycler en pavés destinés à la construction.
À Nairobi, les déchets plastiques qui s’accumulent dans les rues ont conduit Nzambi Matee à chercher une solution industrielle plutôt qu’à simplement les recycler selon les filières conventionnelles. Formée aux sciences des matériaux et passée par l’industrie pétrolière kényane, l’ingénieure a quitté son emploi en 2017 pour développer un procédé permettant de transformer certains plastiques usagés en matériaux de construction.
Son projet prend alors forme dans un petit laboratoire installé dans le jardin de sa mère. Pendant environ un an, elle expérimente différents mélanges de plastique et de sable afin de déterminer les proportions permettant d'obtenir un matériau suffisamment performant. Elle poursuit ensuite ses travaux dans les laboratoires de matériaux de l'université du Colorado à Boulder, où elle affine ses formulations.
Le principe repose sur une idée relativement simple : utiliser le plastique comme liant à la place du ciment.
Nzambi Matee, ici en photo, précise utiliser notamment des déchets issus de fabricants de bouchons et de joints, auxquels s’ajoutent des plastiques à usage unique collectés par des récupérateurs informels. © PNUE
Des pavés plus légers que le béton
L’intérêt du procédé réside également dans les caractéristiques mécaniques obtenues. Une enquête de Reuters publiée en 2021 indiquait que les pavés produits par Gjenge Makers – l'entreprise de Nzambi Matee – pouvaient présenter une résistance cinq à sept fois supérieure à celle du béton, selon les produits comparés. Reuters précisait également que les plastiques utilisés étaient principalement du polyéthylène haute et basse densité ainsi que du polypropylène, le PET étant écarté du procédé. Les déchets sont d’abord triés et broyés, avant d’être mélangés au sable puis chauffés. Le matériau obtenu est ensuite compressé et moulé afin de produire des pavés.
Le PNUE – Programme des Nations unies pour l’environnement – confirme de son côté que les pavés de Gjenge sont plus légers et plus résistants que leurs équivalents en ciment. L’organisation indique également qu’ils ont été certifiés par le Kenya Bureau of Standards et qu’ils présentent un point de fusion supérieur à 350 °C.
Cette différence de masse constitue un autre intérêt pour la construction : un matériau plus léger peut réduire les contraintes liées au transport comme à la manutention. En 2024, Nzambi Matee indiquait par ailleurs que les pavés de Gjenge étaient jusqu’à cinq fois plus résistants que les pavés en béton traditionnels.
Une production déjà industrialisée
Le projet n’est plus limité au laboratoire qui a vu naître l’idée. En 2021, Reuters rapportait une production d’environ 1 500 pavés par jour et indiquait que l’entreprise avait alors recyclé environ 20 tonnes de plastique depuis son lancement en 2017. Ces chiffres sont toutefois être datés : une publication de 2024 consacrée à Gjenge Makers évoquait une capacité pouvant atteindre 3 000 pavés par jour, avec une demande annoncée comme nettement supérieure à la capacité de production.
Le positionnement de l’entreprise s’est également élargi. Gjenge Makers indique aujourd’hui vouloir développer des matériaux de construction alternatifs à base de plastique recyclé et étendre son activité au-delà du Kenya, avec l’objectif affiché de toucher d’autres marchés africains.
Le projet a par ailleurs déjà franchi le stade de l’expérimentation commerciale. Selon le dossier présenté par Gjenge Makers au MIT Solve en 2024, l’entreprise avait alors vendu plus de 10 000 m2 de pavés et obtenu notamment des contrats publics, dont un projet avec le ministère kényan des Transports sur Jogoo Road à Nairobi.
Gjenge Makers collecte les déchets plastiques et les transformons grâce à des technologies de pointe : le plastique recyclé est mélangé à du sable afin d’obtenir un matériau composite, ensuite chauffé et moulé pour fabriquer différents produits destinés à la construction. Gjenge Makers s’est ainsi imposé comme un fabricant pionnier de matériaux de construction alternatifs à base de plastique recyclé, en combinant trois objectifs : proposer des produits esthétiques, accessibles financièrement et plus respectueux de l’environnement. © Gjenge Makers
Du déchet au matériau de construction
Le procédé de Gjenge Makers s’inscrit dans une logique d’économie circulaire : récupérer une partie des plastiques qui ne trouvent pas facilement de débouché dans les filières classiques et leur donner une nouvelle utilisation sous forme de matériaux de construction.
C’est précisément ce qui a valu à Nzambi Matee d’être distinguée par le Programme des Nations unies pour l’environnement. En décembre 2020, le PNUE l’a désignée Jeune Championne de la Terre pour l’Afrique, parmi sept lauréats internationaux. Elle avait alors consacré ses économies au développement de son procédé et quitté son emploi afin de se consacrer à son entreprise.
Le PNUE souligne également la dimension sociale du projet : dans sa présentation de Gjenge Makers, l’organisation indiquait que plus de 112 personnes, principalement des femmes et des groupes de jeunes, bénéficiaient économiquement de l’activité de collecte et de prétraitement des déchets. Toutefois, ce chiffre datant de la période de sélection du prix ne doit pas être présenté comme un effectif actuel.
Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Gjenge Makers