20 000 friches et 61 000 hectares à reconquérir : le gigantesque gisement foncier oublié

Face à la raréfaction du foncier, les friches apparaissent comme un réservoir stratégique pour la construction, le logement et la réindustrialisation. Plus de 20 000 sites sont désormais recensés en France.

Au 1er juillet 2026, l’inventaire national des friches recensait 20 250 sites en France, représentant quelque 61 000 hectares. Un chiffre en forte progression par rapport à avril 2025, lorsque près de 15 000 friches avaient été identifiées.

Pour autant, cette hausse ne signifie pas nécessairement que la France compte soudainement davantage de terrains abandonnés. Elle traduit surtout une meilleure connaissance du patrimoine foncier. Le développement des observatoires locaux permet désormais de couvrir 61 % de la superficie du territoire, et ces dispositifs sont à l’origine de près des trois quarts des friches recensées.

Derrière cet inventaire encore partiel, le potentiel réel pourrait être considérable : le Cerema estime ainsi entre 115 000 et 155 000 hectares la surface totale occupée par les friches françaises. "Face à la crainte que la rareté du foncier limite les nouveaux projets, les friches représentent un gisement encore peu exploité et un véritable potentiel de développement", souligne l’établissement.

 

 

Construire sans consommer de nouveaux sols

Depuis 2011, la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers pour des projets d’urbanisation représente encore, en moyenne, 21 000 hectares par an en France. La reconversion des terrains déjà artificialisés pourrait donc constituer une réponse à la fois au manque de foncier et à la nécessité de préserver les sols naturels.

Et contrairement à l’image de vastes usines désaffectées souvent associée au terme de "friche", le gisement est aussi composé d’une multitude de petites parcelles. Deux tiers des sites recensés font moins de 0,5 hectare, soit environ la superficie d’un terrain de football.

Surtout, 71 % des friches identifiées sont situées en zone urbanisable.

 

L’image des vastes usines désaffectées ne reflète qu’une partie de la réalité : deux tiers des friches recensées font moins de 0,5 hectare, soit environ la superficie d’un terrain de football. © IA / Laure Pophillat

 

 

Le logement en première ligne

Les friches issues de l’habitat constituent la catégorie la plus nombreuse : elles représentent 41 % des sites recensés. Les friches industrielles arrivent derrière, avec 19 % des sites, mais concentrent à elles seules 47 % des surfaces identifiées.

Autre enseignement particulièrement révélateur pour le marché immobilier : 48 % des friches recensées se trouvent désormais dans des zones tendues pour l’habitat, où la demande de logements dépasse l’offre. Cette proportion a fortement progressé en un an, car elle n’était que de 33 % en 2025.

Sur les quelque 13 200 friches actuellement recensées sans projet de reconversion, le Cerema estime que 58 % présentent un potentiel pour accueillir du logement. L’industrie constitue également un débouché majeur, avec 35 % des sites susceptibles d’être reconvertis pour cette activité.

 

 

Des milliers de terrains déjà engagés dans leur reconversion

La transformation du stock de friches est toutefois déjà engagée. Près d’un quart des sites recensés par les observatoires locaux, soit environ 3 600 friches représentant 9 300 hectares, font actuellement l’objet d’un projet de reconversion.

 

À Romans-sur-Isère, plusieurs friches urbaines ont été progressivement reconverties grâce à des investissements privés, illustrant le potentiel de ces terrains délaissés. D’anciens sites inutilisés ont ainsi retrouvé une fonction à travers la création de logements et de nouveaux projets immobiliers. Cette stratégie permet à la ville de reconstruire sur elle-même plutôt que de consommer de nouveaux espaces naturels. La reconversion de ces friches répond également à des enjeux de renouvellement urbain, en transformant des secteurs parfois dégradés ou vacants en nouveaux quartiers. © Emma Sammiez / Ville de Romans

 

Reste que la remise en état de ces terrains peut se heurter à de nombreux obstacles : dépollution, démolition, contraintes techniques, montage financier ou encore complexité administrative. La loi Climat et résilience définit d’ailleurs une friche comme "tout bien ou droit immobilier, bâti ou non bâti, inutilisé, dont l’état, la configuration ou l’occupation totale ou partielle ne permet pas un réemploi sans un aménagement ou des travaux préalables".

C’est précisément là que se joue tout le paradoxe du foncier français : alors que la disponibilité de terrains devient un facteur limitant pour de nombreux projets, des dizaines de milliers d’hectares déjà artificialisés restent en attente d’une nouvelle vie.



Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © Cerema

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