Assemblée nationale : un pavillon à 53 millions qui fait encore et toujours scandale

Malgré un avis favorable de la Ville de Paris, le bâtiment à 53 millions d’euros reste soumis à de nombreuses autorisations et continue de susciter une vive opposition.

Il devait moderniser l’accueil des visiteurs de l’Assemblée nationale. Il est surtout devenu l’un des projets architecturaux les plus controversés de l’été parisien. Le futur pavillon d’accueil du Palais-Bourbon, baptisé "L’À-venir" et conçu par l’agence Moatti-Rivière, est de nouveau sur les rails après plusieurs mois de suspension.

En juillet, le Conseil de Paris a rendu un avis favorable à la modification du règlement d’urbanisme nécessaire à sa réalisation. Une étape importante, mais pas un permis de construire : la Ville de Paris prend d’ailleurs soin de préciser qu’il ne s’agit ni d’une autorisation d’urbanisme ni d’une validation définitive du projet architectural. Le dossier devra encore passer par plusieurs étapes avant qu’un nouveau permis puisse être déposé.

 

 

Un bâtiment de verre à la place d’un pavillon de 1888

Le projet prévoit de démolir l’actuel pavillon d’accueil du public, construit en 1888 par l’architecte Edmond de Joly, pour édifier un bâtiment contemporain d’environ 4 000 m2. Sa façade largement vitrée, composée notamment de quatre grands cylindres et de lignes verticales évoquant la colonnade du Palais-Bourbon, doit accueillir un espace d’entrée plus vaste, une boutique, une cafétéria, des espaces d’exposition ainsi qu’un auditorium et un parcours pédagogique en sous-sol.

L’objectif affiché est de mieux absorber l’affluence croissante des visiteurs, qui atteint environ 200 000 personnes par an.

 

 

 

La future façade, largement vitrée, s’articulera autour de quatre grands cylindres et de lignes verticales rappelant la colonnade du Palais-Bourbon. Le bâtiment accueillera un vaste espace d’entrée, une boutique, une cafétéria, des espaces d’exposition, un auditorium et un parcours pédagogique en sous-sol. © Moatti-Rivière

 

Le contraste avec l’architecture néoclassique du Palais-Bourbon est précisément ce qui nourrit la contestation. Pour l’association Sites & Monuments, qui mène la fronde patrimoniale, le futur édifice romprait l’harmonie du site et dénaturerait les abords d’un monument emblématique de Paris. L’association rappelle également que le pavillon voué à disparaître constitue lui-même un élément historique de l’ensemble architectural.

 

 

53 millions d’euros qui passent mal

L’autre point de crispation tient au montant de l’opération : 52,8 millions d’euros, soit près de 53 millions. L’Assemblée nationale assume cette dépense et assure que le projet sera autofinancé grâce aux réserves de l’institution, sans recours à une dotation supplémentaire de l’État. Elle souligne également que certaines études déjà engagées, notamment sur l’accessibilité, auraient de toute façon été nécessaires et pourront être réutilisées.

Pour ses opposants, cet argument ne suffit pas. L’association Sites & Monuments juge la dépense disproportionnée, particulièrement dans un contexte de contraintes budgétaires, et conteste également la pertinence environnementale d’un bâtiment largement vitré.

 

 

Un premier permis retiré

Le projet avait déjà connu un sérieux coup d’arrêt en février 2026. Un premier permis de construire avait été déposé en juin 2025, mais l’Assemblée avait finalement décidé de suspendre la procédure. Le site est en effet soumis à des règles patrimoniales particulièrement strictes, dans le périmètre du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) du 7e arrondissement.

 

La cafétéria au premier étage du futur pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale, dans laquelle l'association Sites & Monuments en 2025 voit une "dubaïsation" de l’institution parlementaire. © Moatti & Rivière. 

 

Le problème portait notamment sur la possibilité de réaliser les espaces souterrains prévus par le projet et sur sa compatibilité avec les règles applicables au site. Plutôt que de risquer un rejet, l’Assemblée avait préféré retirer momentanément son permis. Après l’avis favorable du Conseil de Paris, la procédure doit encore se poursuivre avec les consultations des services compétents, notamment l’Architecte des Bâtiments de France et la commission locale du site patrimonial remarquable, avant une enquête publique et une éventuelle approbation définitive de la modification par le préfet.

 

 

La contestation ne faiblit pas

Lancée par Sites & Monuments en 2025, la pétition dénonçant un "enlaidissement de Paris" a dépassé les 90 000 signatures début août. La polémique a également gagné le terrain politique. En effet, les députés RN Sébastien Chenu et Hélène Laporte demandent ainsi que le Bureau de l’Assemblée se prononce à nouveau sur le projet, qu’ils jugent "contestable et hors de propos".

Une demande que l’entourage de Yaël Braun-Pivet récuse : tous les groupes politiques étaient représentés au Bureau lorsque le projet avait été approuvé à l’unanimité en septembre 2024. La présidente de l’Assemblée a par ailleurs défendu le projet face à la polémique, estimant notamment que certaines critiques portaient sur un bâtiment encore mal connu du grand public. L’institution assure surtout qu’elle adaptera le projet aux exigences de l’État et de la Ville, qu’elles soient patrimoniales, esthétiques ou climatiques.



Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © 

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