100 millions d’euros d’investissement, 20 000 m2 de serre et jusqu’à 500 000 visiteurs espérés chaque année : Tropicalia devait devenir une attraction touristique hors norme sur la Côte d’Opale ...
Le dôme tropical qui devait transformer une friche du Pas-de-Calais en attraction touristique majeure ne sortira finalement jamais de terre. Tropicalia, présenté comme le plus grand projet de serre tropicale au monde, a été officiellement abandonné par son entreprise porteuse, confirmant une information du Réveil de Berck.
Imaginé il y a une dizaine d’années par Cédric Guérin, vétérinaire et entrepreneur, le projet devait prendre place entre Verton et Rang-du-Fliers, sur la Côte d’Opale. L’ambition était considérable : créer une immense serre capable d'accueillir des visiteurs au milieu d’une végétation tropicale et de nombreuses espèces animales, tout en devenant une nouvelle locomotive touristique pour le territoire. Mais après des années de démarches, de recours et de recherches de financements, les conditions économiques nécessaires à sa réalisation ne sont finalement plus réunies.
Une serre géante de 20 000 m2 chauffée à 28 °C
Sur le papier, Tropicalia avait de quoi impressionner. Le projet prévoyait la construction d’un dôme transparent de 20 000 m. À l’intérieur, les visiteurs auraient pu découvrir une véritable forêt tropicale artificielle, avec notamment des papillons, colibris, poissons et reptiles, ainsi qu’une importante végétation exotique.
Un dôme de 20 000 m2 et 30 mètres de haut devait transformer cette parcelle de 9,3 hectares en une spectaculaire serre tropicale. © Tropicalia
La température devait être maintenue entre 26 et 28 °C toute l’année dans la serre. © Tropicalia
Dans la serre, la température devait être maintenue entre 26 et 28 °C toute l’année, un choix qui avait immédiatement placé la question de la consommation énergétique au cœur des critiques. Le promoteur assurait pourtant que la serre devait être autonome en chauffage, grâce à une technologie présentée comme innovante et reposant notamment sur la géothermie. Un forage géothermique a d’ailleurs été réalisé sur le terrain, constituant, selon Tropicalia, le principal investissement déjà engagé avant l’abandon du projet.
100 millions d’euros et 500 000 visiteurs espérés
Le projet représentait un investissement total estimé à 100 millions d’euros. Selon son fondateur, environ 7 millions d’euros étaient sécurisés, auxquels s’ajoutait le soutien de la communauté d’agglomération. Mais le financement global n’a jamais été bouclé.
C’est précisément l’un des éléments qui a finalement fait basculer le projet. Tropicalia explique que les conditions permettant de construire la serre sur le terrain ne sont désormais plus réunies, notamment en raison d’aides que l’entreprise n’a pas pu obtenir. Cédric Guérin évoque notamment des engagements de financement provenant d’un pays étranger qui n’ont pas abouti, ainsi que l’absence d’accompagnement de la Région Hauts-de-France.
Pourtant, Tropicalia tablait sur environ 500 000 visiteurs par an et la création d’une cinquantaine d’emplois directs. Un potentiel qui devait permettre au projet de devenir un équipement touristique majeur de la Côte d’Opale.
Un projet contesté depuis plusieurs années
À ces difficultés financières se sont ajoutées de fortes oppositions locales. Le projet était combattu par le collectif "Non à Tropicalia", rassemblant une quarantaine d’associations – ainsi que GDEAM 62, des scientifiques, des associations environnementales ou encore plusieurs élus. Pour ses opposants, construire une immense serre tropicale chauffée dans le Pas-de-Calais constituait une contradiction avec les objectifs environnementaux affichés. Les associations dénonçaient notamment :
– l’artificialisation des sols ;
– La consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement de la serre
– Et le transport d’animaux venus de régions lointaines.
Le choix du terrain alimentait également les critiques car la parcelle destinée à accueillir Tropicalia se trouve à proximité de plusieurs espaces naturels protégés, dont le marais de Balançon, situé à environ un kilomètre, mais également des bocages et des prairies humides. © Tropicalia
Pour le collectif opposé au projet, leur action a contribué à ralentir son avancement. Dans un communiqué, les élus écologistes du Conseil régional des Hauts-de-France qualifient la décision de "victoire historique des écologistes pour le climat, la biodiversité et les Hauts-de-France". Ils saluent "l'engagement remarquable des associations (GDEAM 62 et le Collectif Non à Tropicalia), des citoyennes et citoyens, des scientifiques, des lanceuses et lanceurs d'alerte et de tous les élus qui, avec détermination et constance, ont refusé de céder face à un projet présenté comme écologique, mais qui incarnait en réalité une vision profondément artificielle de la nature". Selon eux, Tropicalia constituait "un projet en totale contradiction avec les exigences climatiques et environnementales de notre époque".
Mais Catherine Zambon, membre de "Non à Tropicalia", reconnaît également que les difficultés financières comme les facteurs extérieurs ont joué un rôle déterminant dans l’abandon dudit projet.
La fin d’un projet… mais pas forcément de Tropicalia
L’abandon du projet dans le Pas-de-Calais ne signifie toutefois pas nécessairement la disparition du concept. Tropicalia cherche désormais des repreneurs à l’étranger susceptibles de développer le projet sur un autre territoire. Selon Cédric Guérin, le concept suscite notamment de l’intérêt en Asie, où des opportunités auraient été identifiées auprès d’acteurs du secteur des parcs touristiques à la recherche de nouvelles attractions. La péninsule arabique ferait également partie des marchés où Tropicalia aurait reçu un accueil favorable.
L’objectif est clair : ne pas laisser disparaître dix années de travail consacrées à la conception du projet.
Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / Tropicalia