Volets, protections solaires, pac, climatisation ou encore ITE : les Architectes des Bâtiments de France (ABF) entendent démontrer qu’adaptation climatique et préservation du patrimoine peuvent avancer de concert.
Volets, pompes à chaleur, climatisation, isolation par l’extérieur… Un guide interministériel publié cet été précise les solutions à privilégier pour améliorer la performance énergétique des bâtiments d’intérêt patrimonial tout en préservant leur architecture. Une manière aussi de répondre aux critiques récurrentes visant les ABF (Architectes des Bâtiments de France).
Publié le 31 juillet 2026 par les ministères de la Ville et du Logement et de la Culture, avec la coordination du Cerema, le Guide de réhabilitation énergétique du bâti d’intérêt patrimonial s'adresse aux propriétaires, maîtres d'ouvrage, architectes, artisans, bureaux d'études mais aussi aux services instructeurs, dont les ABF. Il doit notamment apporter un cadre commun pour concevoir et examiner les projets de rénovation énergétique dans les secteurs protégés.
La compétence des ABF concerne près d'un tiers des logements français, alors que les espaces protégés ne représentent qu'environ 8 % du territoire national. © Laure Pophillat
Les volets ne sont pas interdits, mais le volet roulant pose problème
Avec les canicules à répétition, installer des volets ou des occultations extérieures devient une question de confort, mais aussi de prévention de la surchauffe. Le principe retenu par les ABF est simple : la protection solaire doit s'inscrire dans les caractéristiques architecturales locales. Volets pleins, persiennes, stores en toile ou autres dispositifs peuvent être envisagés selon le type de bâtiment, les usages régionaux et l'environnement immédiat.
Le ministère de la Culture entend ainsi mettre fin à une idée largement répandue : celle d'ABF qui interdiraient par principe les volets. © Laurer Pophillat
Nuance importante : ce sont surtout les volets roulants rapportés sur les façades traditionnelles qui posent problème, en raison de leur impact visuel comme de leurs coffres. Pour autant, le ministère estime qu'il existe "toujours une solution acceptable", et ne reconnaît pas de "blocage avéré" sur les protections solaires.
PAC et climatisation : cacher plutôt qu'interdire
La logique pour les équipements de refroidissement est identique puisque le guide recommande de rechercher la meilleure dissimulation possible des unités extérieures des pompes à chaleur et des climatiseurs. Cour intérieure ou toiture sont privilégiées lorsque la configuration du bâtiment le permet. Sur un balcon, des caissons ou des grilles peuvent permettre de réduire l'impact visuel de l'installation.
Toutefois, le guide laisse subsister une difficulté concrète : tous les bâtiments patrimoniaux ne disposent ni d'une cour intérieure, ni d'un toit permettant d'accueillir discrètement une unité extérieure, ni d'un balcon pouvant être équipé d'un caisson. C'est précisément là que les prescriptions générales rencontrent la réalité des chantiers. Une façade sur rue, sans espace technique disponible, oblige alors à trouver une solution au cas par cas.
Isolation par l'extérieur : le point dur reste la façade
L'isolation thermique par l'extérieur (ITE) constitue l'autre sujet sensible. Sur un bâtiment patrimonial, envelopper la façade d'un complexe isolant peut modifier ses proportions, ses modénatures, ses encadrements de fenêtres ou encore la perception des matériaux anciens. Le guide privilégie donc une approche architecturale permettant de conserver au maximum l'aspect et les caractéristiques originelles du bâtiment.
Le ministère de la Culture rappelle d'ailleurs qu'il faut éviter les solutions systématiques : remplacer toutes les fenêtres, isoler systématiquement par l'extérieur ou multiplier les équipements techniques peut, dans certains cas, dégrader le bâtiment au lieu de l'améliorer. Chaque construction doit être analysée en fonction de son histoire, de ses matériaux, de son fonctionnement thermique et de son contexte.
Cette approche est particulièrement importante pour le bâti ancien, dont les performances ne peuvent pas être évaluées uniquement à travers les standards appliqués aux constructions contemporaines.
Seulement 7 % de refus
Reste une question : les ABF constituent-ils réellement un obstacle majeur à la rénovation ? En 2023, les services des ABF ont traité environ 489 000 demandes d'autorisation. Les avis défavorables ou refus d'accord représentaient 7 % des dossiers, une proportion stable depuis 2010.
Dans le détail communiqué par le ministère de la Culture, 22 % des avis sont favorables sous réserve de prescriptions, obligeant le porteur du projet à faire évoluer sa proposition, tandis qu'environ deux tiers des avis sont favorables sans modification majeure.
Le chiffre est important pour comprendre la philosophie du nouveau guide : l'objectif n'est pas de supprimer l'intervention des ABF, mais de réduire les incompréhensions en amont comme de favoriser des projets conçus dès le départ avec les contraintes patrimoniales à l'esprit.
Le guide comporte ainsi une méthodologie de projet et des fiches consacrées à la toiture, aux planchers, aux murs, aux fenêtres et protections solaires, ainsi qu'à l'intégration des systèmes énergétiques – chauffage, refroidissement et panneaux solaires. Le ministère recommande d'étudier les qualités intrinsèques du bâti – inertie, ventilation, matériaux, ponts thermiques – et de privilégier des interventions aussi peu invasives et réversibles que possible. Le choix des professionnels doit également tenir compte de leur expérience du bâti d'intérêt patrimonial.
Dans les secteurs protégés, mieux vaut désormais penser simultanément protection solaire, confort d'été, performance énergétique et intégration architecturale, plutôt que d'arriver devant l'ABF avec une solution technique déjà figée. © Laure Pophillat
Source : batirama.com / AFP / Laure Pophillat / © Laure Pophillat