Bouygues Bâtiment France lance la première cloison séparative à ossature bois

Conçue avec plusieurs partenaires, cette innovation vise à réduire l'empreinte carbone des bâtiments tout en répondant aux exigences techniques et réglementaires du logement collectif et des bâtiments tertiaires.

Développée par WeWood, le pole d'expertise bois de Bouygues Bâtiment France, en partenariat avec Siniat (groupe Etex), cette cloison séparative à ossature bois réduit l'empreinte carbone des bâtiments, grâce à l'intégration du bois et d'isolant biosourcé. Cette solution est déployée pour la première fois sur le chantier NEOZ à Castelnau-le-Lez (34), l'un des premiers projets de logements "augmentés" développés par Linkcity et réalisé par Bouygues Bâtiment Centre sud-Ouest en région Occitanie. Le programme NEOZ doit servir de démonstrateur afin d'évaluer la solution à l'échelle d'une opération complète. 

Pour Bouygues Bâtiment France, cette première application s'inscrit dans sa stratégie climat et vise à apporter une réponse concrète à la décarbonation du second œuvre. Elle participe également à l'objectif fixé par Bouygues Construction de réduire de 30 % l'empreinte carbone de ses activités bâtiment à l'horizon 2030.

Batirama s'est rendu sur place. 

 

Le NEOZ de la banlieue montpelliéraine sera le 4e de France, après celui de Rouen, Bagneux, Dijon et Champ sur Marne. C'est un concept Build to Rent (BTR) – ou parfois B2R –, un modèle immobilier consistant à concevoir et construire des logements spécifiquement destinés à la location avec une approche intégrée plaçant l'expérience résidentielle au cœur du projet. Les résidences Build to Rent sont généralement exploitées par un gestionnaire unique, chargé aussi bien de la commercialisation que de l'entretien et des services aux occupants. Les immeubles intègrent fréquemment des espaces partagés, ainsi qu'une offre de services destinée à simplifier le quotidien des locataires. Les résidents bénéficient également d'espaces communs accessibles gratuitement, pouvant être privatisés pour des événements. Si le Royaume-Uni constitue aujourd'hui le marché de référence du Build to Rent, l'une des premières initiatives sur l'hexagone a été lancée par Linkcity, filiale de Bouygues Construction, en partenariat avec Keys Asset Management. © Laure Pophillat

 

 

Livraison prévue en avril 2027 poour ce programme de 112 logements locatifs, développé par Linkcity, conçu par RCA-Architectes et réalisé par Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest, qui totalisera 7 435 m² de surface de plancher (SDP). La résidence comptera 112 logements libres du T1 au T4, avec des extérieurs généreux – Sud oblige ! – ainsi que les futurs bureaux de Linkcity et Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest. © Laure Pophillat

 

 

Deux fois moins de carbone à performances identiques

Cette cloison présente plusieurs atouts environnementaux et opérationnels. Constituée de matériaux entièrement réemployables, recyclables et valorisables énergétiquement, elle affiche un faible impact carbone grâce à un recours important aux matériaux biosourcés. WeWood / Bouygues Bâtiment France met également en avant un rapport coût/réduction des émissions de CO actuellement disponibles.

Sur le plan technique, le système conserve les mêmes performances mécaniques, acoustiques et de résistance au feu que les cloisons traditionnelles, à épaisseur identique. Son caractère non structurel lui permet d'être intégré sans contrainte particulière dès la conception ou en cours de chantier. Enfin, sa mise en œuvre reprend les techniques habituellement utilisées par les entreprises : "nous cherchions à décarboner un lit du second œuvre qui restait dominé par l'ossature métallique, sans complexifier le travail des plaquistes ni faire de compromis sur l'aspect du bâtiment livré ou les surfaces disponibles. La cloison séparative à ossature bois remplit exactement cette promesse : la mise en œuvre reste familière pour les équipes chantier et l'impact carbone des cloisons en question est divisé par deux" explique Christelle Atié, la chargée de proejts bio et géosourcés WeWood / Bouygues Bâtiment France. 

Au-delà de son caractère innovant, cette cloison à ossature bois cible un poste encore peu exploré dans les stratégies de décarbonation des bâtiments alors même que le lot cloison-doublage représente 10 à 15 % du bilan carbone d’un bâtiment – et 100 % des projets utilisent des cloisons à ossature métallique. Dans le détail, une cloison séparative traditionnelle génère entre 20 et 25 kgCO2eq/m2, dont près de la moitié est imputable à son ossature métallique, tandis qu'en substituant celle-ci par une structure en bois, son empreinte carbone descend à environ 12 kgCO2eq/m2.

 

La cloison est composée d'ossature bois, d'isolants minéraux ou en fibre de bois, et de plaques de plâtre de la marque Siniat. © Laure Pophillat

 

 

 

 

La solution a obtenu une Atex de cas A délivrée par le CSTB en novembre 2025. Elle satisfait aux exigences réglementaires en matière de résistance mécanique, de performances acoustiques et de sécurité incendie, tout en conservant une épaisseur comparable à celle des cloisons traditionnelles. Non structurelle, elle peut être intégrée aussi bien dès la conception du projet qu'en cours de chantier. Elle peut également être déployée sur tous types de projets, en neuf comme en rénovation. © Laure Pophillat

 

 

Jusqu'à 10 kg de CO2 évités par mètre carré habitable

L'intérêt de la solution prend toutefois toute son ampleur lorsqu'elle est déployée à l'échelle d'un bâtiment car "en cumulant le remplacement des ossatures métalliques sur les cloisons séparatives et distributives, un projet de logements peut économiser de l’ordre de 10 kgCO2eq/m2 de surface habitable (SHA), sans modification des usages ni des surfaces", détaille Christelle Atié. À cette réduction des émissions prises en compte par la RE2020 s'ajoute un autre bénéfice : le stockage de carbone biogénique dans le bâtiment grâce au bois utilisé pour les ossatures. Il atteint 1 à 1,5 kg par mètre carré SHA pour chaque famille de cloisons, un atout qui contribue également à l'obtention du label Bâtiment biosourcé.

Les simulations réalisées sur l'étage pilote (R+6) du projet NEOZ font apparaître un gain de 3 à 5 kgCO2eq/m2 de surface habitable pour les cloisons distributives et de 5 à 8 kgCO2eq/m2 pour les cloisons séparatives, selon la proportion de séparatifs conservés en béton. À l'échelle de l'opération, le stockage de carbone biogénique atteindrait ainsi entre 2 et 3 kg par mètre carré de surface habitable.

 

200 m2 de cloisons seront installés afin d’évaluer les conditions réelles de pose, l’intégration des réseaux et la coordination entre corps d’état. © Laure Pophillat 

 

 

Le programme InnoCup de Bouygues Construction

À l'origine de cette cloison figure une idée issue d'InnoCup, le concours d'innovation organisé tous les deux ans par Bouygues Construction afin de faire émerger les projets portés par ses collaborateurs. Lauréate de l'édition 2023 dans la catégorie "Environnement et Durabilité", la solution a été développée par les équipes de WeWood, la structure de Bouygues Bâtiment France dédiée à l'accélération de l'utilisation du bois dans la construction.

Pour transformer ce concept en un système constructif industrialisable, Bouygues Bâtiment France s'est donc appuyé sur un partenariat avec Siniat, filiale du groupe Etex et spécialiste des solutions en plâtre. Cette collaboration a permis de qualifier les performances de la cloison comme de valider son comportement sur les plans technique, acoustique, mécanique et réglementaire. 

À ce stade, le système affiche un surcoût compris entre 15 et 20 % par rapport à une cloison traditionnelle. Un différentiel que Bouygues Bâtiment France estime amené à se réduire avec l'industrialisation comme la montée en puissance des volumes. À l'échelle d'une opération, son incidence reste toutefois limitée, représentant environ 1 % du coût global de construction. Selon le groupe, son principal atout réside dans le rapport entre l'investissement consenti et les gains carbone obtenus.

 

De gauche à droite : Nicolas Reculeau, responsable d’opération, Bouygues Bâtiment Centre Sud-Ouest ; Fabien Grau, dirigeant de Siap ; Vivien Bonnelles, directeur marketing produits et innovations, Siniat (groupe Etex) ; Christelle Atié, chargée de projets bio-géosourcés, WeWood Bouygues Bâtiment ; Franck Martinelli, responsable développement commercial, Siniat (Groupe Etex) lors de la visite de chantier de NEOZ. © Laure Pophillat

 

 

Et demain ?

Bouygues Bâtiment France a fait le choix d'une solution directement compatible avec les pratiques actuelles du chantier, en privilégiant une mise en œuvre traditionnelle plutôt qu'une préfabrication hors site. Cette dernière constitue néanmoins une perspective d'évolution. Son déploiement supposerait en effet des développements complémentaires, tant sur le plan des études techniques que de l'organisation des chantiers et des méthodes d'intervention.

Le potentiel de réduction de l'empreinte carbone pourrait également être renforcé par l'évolution des composants utilisés. Parmi les pistes étudiées figure notamment l'intégration de nouvelles plaques de plâtre développées par Siniat :

– la plaque VivaCycle, fabriquée à partir de 100 % de matière recyclée, et qui répond d'abord aux enjeux de circularité, de réemploi et de valorisation des déchets ; son intérêt réside principalement dans la réduction de la consommation de ressources vierges, un matériau recyclé n'offrant pas systématiquement un meilleur bilan carbone qu'un produit conventionnel ;

– La plaque VivaPure, incorporant des fibres de bois (c'est-à-dire des matériaux biogéniques capables de stocker du carbone) – 500 gr sur une plaque de 9 kg –, est l'autre option envisagée : selon Siniat, ce produit présente un bilan carbone négatif en sortie d'usine et génère environ 25 % d'émissions de CO2 en moins qu'une plaque de plâtre standard.

 

L'association d'une de ces deux plaques Siniat avec la cloison à ossature bois permettrait ainsi de poursuivre la démarche de décarbonation engagée, tout en compensant une partie des émissions liées à la fabrication des matériaux, conformément aux méthodes de calcul environnemental actuellement en vigueur.

 


Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Laure Pophillat

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